[Dossier] Curiosity II : ces entreprises propulsées sur Mars

SYL jtoul-16-04-14

 

ESPACE. Alors que Curiosity boucle sa seconde année martienne* d’exploration de la planète rouge, son petit frère se fait une beauté aux quatre coins du monde, et tout particulièrement dans la ville rose. Sur place, plusieurs entreprises sont déjà largement impliquées dans l’aventure extraterrestre. Nom de code : MARS 2020.

 

Voilà donc déjà 4 ans que le Cnes vit à l’heure martienne. Le rover Curiosity a débarqué sur Mars en aout 2012 avec pour mission initiale de savoir si la planète rouge a été habitable. Pour réaliser ses analyses, le petit robot dispose de plusieurs outils pour son exploration, dont une caméra chimique, la « Chemcam », dont le but est de faire des mesures sur mars grâce à un laser. Des dix instruments dont dispose Curiosity c’est aujourd’hui l’un des plus utilisés. La contribution du Cnes à ce projet est double : d’une part pour la maitrise d’ouvrage de la contribution instrumentale française et d’autre part pour la gestion du centre d’opération -implanté à Toulouse- qui gère deux des instruments de Curiosity et exploite les données recueillies.

« Un tel concentré de technologie en 4 ans c’est un record de vitesse ! »

 « Aujourd’hui nous travaillons sur Supercam, est une version améliorée de Chemcam, détaille Sylvestre Maurice, astrophysicien, planétologue à l’IRAP (Institut de recherche en astrophysique et planétologie) et père de Chemcam et Supercam. Le CNES est à nouveau maitre d’ouvrage, mais le labeur se partage entre les labos qui ont une jambe au CNRS et une autre dans une université française et les industriels qui fournissent le matériel. » Un montage somme toute classique pour un projet d’une telle envergure, piloté par l’IRAP en collaboration avec la NASA. « L’IRAP se concentre sur un petit morceau du robot : 6 kg qui s’associeront à 4 autres kg fabriqués aux Etats-Unis. Le tout représentera seulement ¼ de la charge utile du rover », mais Sylvestre Maurice a espoir que Supercam prenne une place aussi prépondérante que son prédécesseur… En tout ce sont 200 personnes qui se penchent sur Supercam dans l’hexagone dont plus de la moitié, à Toulouse. « Tous les projets spatiaux mettent en avant l’excellence, on est habitués à travailler avec des équipes aux quatre coins du monde. » En tout ce sont donc une cinquantaine de partenaires industriels dont une jolie poignée en région toulousaine : « On parle d’argent public, des entreprises répondent à un appel d’offre. Le critère régional n’est donc pas décisif, mais il pèse dans la balance, car c’est pratique d’être sur place… Il fallait donc idéalement nous apporter une réponse technique, financière et cerise sur le gâteau…locale ! » Et s’il n’y a pas eu de logique particulière pour conserver les mêmes interlocuteurs entre Chemcam et Supercam, il se trouve que la plupart des entreprises qui avaient remporté les appels d’offres du premier outil l’ont aussi remporté la seconde fois : « psychologiquement pour nous c’est clairement un avantage de savoir avec qui nous travaillons », poursuit l’astrophysicien. Il faut dire que mars 2020 relève du défi. Parce qu’il s’agit d’envoyer du matériel de pointe sur Mars, mais aussi parce qu’il faut fabriquer ledit matériel en un temps record. « Nous devrons tous être fin prêts en juillet 2020, pour ceci on doit livrer Supercam en 2018. Produire en quatre ans un tel condensé de technologie c’est quasi un record de vitesse ».

« Montrer au reste du monde les savoirs faire toulousains ! »

Suite à l’appel d’offres lancé par l’Irap, plusieurs sociétés toulousaines ont été retenues. En tête de liste sur le projet Supercam, la Comat, société du groupe Agora industries qui est maitre d’œuvre pour un marché à hauteur de 100 000 euros le modèle, en sachant qu’il en faut 4 en tout : « le 1er pour valider le fonctionnement, le 2d pour les tests mécaniques et thermiques, le 3e qui est une copie conforme de celui qui partira sur mars et le 4e élu pour explorer la planète rouge », explique Marius Ferry, chargé d’affaires chez Comat. La PME spécialisée dans le spatial, avait déjà travaillé sur l’instrument qui équipe Curiosity, retenue une seconde fois pour ce projet d’envergure internationale, elle n’a pas hésité à communiquer sur le sujet: « on n’avait pas beaucoup communiqué pour Chemcam, mais on est fiers de participer à cette aventure et de montrer au reste du monde les savoirs faire toulousains ! » En tant que maitre d’œuvre, Comat fait elle-même appel à plusieurs sous-traitants, dont 4 PME toulousaines à la pointe (MAP, GIT et Meca jet eau). Quant à l’Irap, il traite également directement avec d’autres entreprises locales comme Mecano ID, Microtec ou encore la Steel. « Nous sommes une PME indépendante d’une cinquantaine de salariés », explique Stéphane Galinier, responsable business-développement chez Mecano ID. Avec 5 millions de chiffres d’affaires à l’année la société gère tout ce qui concerne le dimensionnement mécanique et thermique ainsi que les essais environnementaux de Supercam (simulation en laboratoire d’un décollage de fusée.) « On accompagne régulièrement plus d’une dizaine de laboratoires du CNRS sur ce type d’activité pour des missions Russes, Chinoises ou Européennes. Mais ce projet est exceptionnel, c’est un contrat qu’on voulait à tout prix gagner. » Si la plupart des entreprises planchant sur Supercam restent pour le moment plutôt confidentielles sur le sujet, ce n’est que le début de la course, elles entendent bien faire parler d’elles au moment du lancement… RDV en 2020.

*Une année martienne est à peu près égale à deux années terrestres.

Et pendant ce temps-là sur Mars…

Curiosity en est à 32 500 tirs lasers. En attendant son frère jumeau, il continue à arpenter le sol martien et a déjà parcouru une douzaine de kilomètres. Le véhicule d’exploration de 900 kg (le plus gros robot jamais envoyé sur Mars) avance lentement au gré de ses analyses, il explore ce qu’il voit grâce à ses dix instruments et rapporte des données quant à l’histoire de Mars. Aujourd’hui Curiosity a pu découvrir le lit d’une ancienne rivière, ou encore l’existence de méthane et d’azote dans les nitrates, permettant d’affirmer la probable habitabilité passée de Mars. Mars. Sa mission : déterminer si la planète rouge a é

Curiosity

Date de lancement : Novembre 2011
Objectif : Détermination de l’habitabilité passée de Mars
Durée de vie : 2 ans (une prolongation a finalement été décidée)

Mars 2020

Date de lancement : Juillet 2020 (arrivée février 2021)
Objectif : Étudier la diversité géologique et détecter des traces d’éventuelles formes de vie passée
Durée d’exploitation : 1,5 année martienne (environs 1000 jours terrestres)

 

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