[Dossier] Cheffes d’entreprise : les femmes réseautent à Toulouse !

Dessin SylRelation’elles. Qui a dit que la solidarité féminine n’existait pas ? À Toulouse, les femmes cadres dirigeantes et cheffes d’entreprises ont leurs propres réseaux. Entraide, formation, échanges de compétences, soutien psychologique, valorisation de soi… Des outils précieux à la réussite !

 

Dans le domaine des affaires, les hommes ont encore la part belle. En France, 30% des femmes passent le cap de la création d’entreprise, selon l’INSEE. Un parcours semé d’embuches qui nécessite souvent un accompagnement et surtout des relations. « Toulouse est une ville où il faut absolument avoir du réseau, mais culturellement les femmes ont des difficultés à se tourner vers les réseaux », constate Laetitia Levarato, associée de SCOP toulousaine Egalitère, qui promeut l’égalité homme-femme dans l’entreprise et accompagne les femmes créatrices d’entreprise dans leur projet. Comment l’expliquer ? « Traditionnellement, la femme est tournée vers l’intérieur du foyer, et l’homme vers l’extérieur », répond-t-elle. Pour pallier à ce phénomène, Egalitère a créé en 2010 son propre réseau de femmes cheffes d’entreprise. « C’est une première étape pour inciter les femmes à adopter cette démarche, pour montrer qu’on peut être plus forte ensemble », précise Laetitia Levarato, « on essaye par exemple d’organiser la mutualisation de moyens ou de locaux ». Egalitère travaille en collaboration avec d’autres réseaux de femmes entrepreneures sur Toulouse, dont les Reizoteuses qui a vu le jour il y a 3 ans sous l’initiative d’Alexia Simonot.  Il rassemble aujourd’hui près de 300 cheffes d’entreprise, aux profils très variés, « de l’expert-comptable à la créatrice de bijoux, âgées de 25 à 65 ans », détaille-t-elle. L’objectif des Reizoteuses est simple : « Mettre en relation des femmes qui ont créé leur entreprise, pour leur permettre de faire du troc de compétences, voire de travailler ensemble sur des projets », explique Alexia Simonot. Il ne s’agit pas d’un accompagnement à la création, ni d’une structure de formation : « Nous sommes vraiment basées sur l’humain, sur l’échange, en restant dans un état d’esprit décontracté. » Un des thèmes phares développés par les Reizoteuses est la communication, que ce soit autour de l’entreprise de l’adhérente ou de sa propre histoire. Le ‘‘story telling’’ est important aujourd’hui quand on crée son entreprise. Pour cela, il faut savoir identifier ses atouts et valoriser ses compétences. « Mais on remarque qu’il y a un manque de confiance en soi chez les créatrices d’entreprises », constate Alexia Simonot.  Aujourd’hui, ce réseau « fonctionne tout seul » et ne prend plus d’adhésion pour l’instant. Un succès en partie dû au côté exclusivement féminin : « Je ne suis pas une féministe engagée, mais il y a quelque chose de naturel à se retrouver entre femmes, cela permet de parler sans tabou, de se lâcher plus facilement », explique la fondatrice des Réizoteuses, « de manière sous-jacente, on aborde d’autres sujets comme par exemple la manière de vivre son ambition sans pour autant écraser les autres ».

Sophie Nanin, qui a créé en 2015 le réseau ‘‘Entreprendre au féminin’’ dresse les mêmes constats : « Les femmes ne savent pas forcément se mettre en avant ; en tant que cheffe d’entreprise installée depuis 17 ans à Toulouse, je veux aujourd’hui transmettre un savoir et des informations qui peuvent intéresser les femmes entrepreneures. » Ce réseau est avant tout un page Facebook, qui compte aujourd’hui 600 membres, mais c’est aussi des ateliers et des conférences organisées régulièrement. En outre, via sa société de conseil en communication opérationnelle, Sophie Nanin propose également des formations sur divers aspects : « Optimiser ses réseaux, communication auprès des médias, marketing produit à l’ère digitale, créer un événement, rentabiliser sa participation à un salon professionnel, ateliers de prise de parole », détaille la cheffe d’entreprise. Sa cible, les « working mam », des femmes qui après une première vie professionnelle se sont reconverties en créant leur société et qui arrivent à un certain stade de développement. Sophie Nanin intervient auprès d’elles pour les aider à passer à la vitesse supérieure, mais « pour les jeunes créatrices, je préfère les renvoyer vers d’autres structures comme Egalitère, par exemple », explique-t-elle. Les réseaux d’entrepreneures sont complémentaires dans leur mission, mais ils sont confrontés aux mêmes problématiques.

L’entrepreneuriat, une reconversion professionnelle

Toutes les structures le constatent, les femmes qui montent leur société sont le plus souvent en situation de reconversion professionnelle. « 70% des Réizoteuses ont créé leur propre emploi », témoigne Alexia Simonot, « et beaucoup se sont reconverties dans l’univers du bien-être ». Il existe deux cas de figure : « Celles qui restent dans leur domaine et celles qui changent complètement de métier, mais souvent ces dernières finissent par renouer avec leur formation de base », constate Sophie Nanin, « elles se rendent compte que c’est là qu’elles ont une légitimité et des compétences ». C’est le souci des reconversions radicales : « Il faut travailler sur l’adéquation des compétences, mais aussi tout recommencer en termes de réseau », poursuit Laetitia Levarato. De plus, la problématique financière vient s’ajouter : « Entre les salaires moins élevés, les temps partiels subis voire les cessations d’activité, elles ont en général moins d’économies qu’un homme donc un apport moins important, voire inexistant. » Autre paramètre, les activités choisies sont souvent peu porteuses économiquement : « On a beaucoup de demandes pour les médecines douces, l’esthétique, les modelages, le soin aux autres, etc. Or, ce sont des secteurs d’activité hyper concurrencés où il est très difficile de faire sa place et aussi d’en sortir une certaine rentabilité. Malheureusement encore, peu de femmes se tournent vers les métiers techniques et à fort potentiel (métiers du numérique, techniques, artisan.es du bâtiment…). Les stéréotypes sont encore très ancrés », regrette l’associée d’Egalitère. La reconversion, une mauvaise idée ? « Il faut vraiment bien préparer son projet et ne pas négliger les formations », conseille Sophie Nanin. Le soutien de l’entourage est également un facteur clé dans la réussite : « Beaucoup de femmes nous affirment avoir le soutien de leur mari, mais parfois lorsqu’elles deviennent moins disponibles à cause de leur nouvelle activité, ça devient un problème », raconte Laetitia Levarato. Les freins à l’entrepreneuriat féminin sont encore nombreux. Les divers réseaux existants peuvent proposer des réponses à différents niveaux. Mais la première étape reste de « déconstruire les modèles établis, de les cibler, pour que chaque femme en prenne conscience et travaille dessus », conclut Laetitia Levarato.

 

Encadré :

Le rendez-vous : Profession’L

Le 5 juillet prochain, le salon Profession’L, axé que la reconversion professionnelle des femmes, se tient à l’Espace des diversités et de la laïcité à Toulouse (38 rue d’Aubuisson). Ce salon, créé par deux bordelaises, arrive pour la première fois à Toulouse. « Cette journée intervient au début de l’été, moment le plus propice pour prendre un virage professionnel, et où les responsables des ressources humaines lancent de nouveaux projets de recrutement. Quatre pôles seront à la disposition de celles qui souhaitent s’informer : Recrutement, Création d’entreprise, Formation et Accompagnement personnalisé », explique Sophie Nanin, ambassadrice l’événement au niveau toulousain.

 

 

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