[Dossier] Centre d’insertion Epide : En marche vers l’emploi

SYL jtoul-16-05-19Volonté. Un nouveau centre d’insertion vers l’emploi destiné aux jeunes en décrochage scolaire va ouvrir à Toulouse début 2017. Un centre ‘‘Epide’’ dont la particularité est de mêler une rigueur militaire à une méthode pédagogique pluridisciplinaire.

 

Nom de code : Epide. Mission : remettre sur les rails de l’emploi, des jeunes sortis du système scolaire et sans qualification. Les centres Epide, créés par le ministère de la Défense en 2005, aujourd’hui sous la tutelle des ministères de l’Emploi et de la Ville, appliquent une méthode ‘‘d’inspiration militaire’’. Dans ces internats, l’uniforme est de rigueur et les semaines sont rythmées par les marches en rang serré, la levée des couleurs, et la Marseillaise.

Ce jeudi 19 mai, le Conseil d’administration de l’Epide a validé la création d’un centre à Toulouse. « Il sera installé dans l’un des bâtiments du lycée Bellevue (quartier Rangueil) et les travaux vont commencer cet été », nous indique Nathalie Hanet, directrice générale de l’Epide au niveau national.  L’ouverture est prévue pour mars ou avril 2017 et les inscriptions seront ouvertes dès la fin de l’année aux jeunes qui entrent dans les critères d’admissions, c’est-à-dire qui ont entre 18 et 25 ans, sont sans diplôme, mais démontrent d’une volonté de fer. Ce dernier point est la condition sine qua non pour intégrer un Epide. Aucun jeune n’est placé d’office dans ces établissements. « Un contrat de volontariat est signé au départ, cela correspond à un dispositif exigeant », précise Nathalie Hanet. L’Epide toulousain aura une capacité d’accueil de 150 places. L’équipe est en cours de constitution et commencera à travailler en septembre pour approcher les futurs partenaires : missions locales, associations de quartier, Pôle emploi…  18 centres sont implantés en France, dont un seul dans le Sud-Ouest, à Bordeaux. Ce dispositif a-t-il fait ses preuves ?

« Un contrat de volontariat est signé au départ, cela correspond à un dispositif exigeant »

« Nous arrivons à insérer un peu plus d’un jeune sur deux, soit dans un emploi soit dans une formation qualifiante », répond Nathalie Hanet. Les résultats du centre bordelais, créé en 2007, se situent exactement dans la moyenne nationale. En 2014, sur 209 volontaires accueillis, 109 ont pu trouver une issue favorable. Un taux de réussite moins élevé que l’école régionale de la 2e chance, un dispositif similaire implanté à Toulouse depuis 2004, qui parvient à insérer 65 à 70% des jeunes accueillis. La principale différence réside dans la méthode. L’école de la 2e chance ne se caractérise pas par la discipline militaire et n’est pas un internat. Cela suppose que les jeunes inscrits rentrent chez eux tous les soirs. En Epide, de nombreux volontaires n’ont plus de lien avec leur famille et trouvent dans ces établissements un cadre qu’ils n’ont plus ou jamais eu. Mais la première cause d’échec de ces centres reste « le décrochage des jeunes en cours de parcours, soit par découragement, soit du fait d’un événement extérieur, certains nous disent qu’ils ont compris les valeurs qu’on souhaitait leur transmettre, mais préfèrent continuer tout seul », témoigne Pierre Poli, directeur de l’Epide de Bordeaux. Une part infime concerne également « ceux qu’on est obligé d’exclure car ils ont franchi la ligne rouge », précise Nathalie Hanet. La clé de la réussite en Epide reste la motivation.

Pour ceux qui vont jusqu’au bout du parcours (d’une durée de 8 à 10 mois en moyenne), ils bénéficient d’un accompagnement « très individualisé » pour élaborer leur projet professionnel, « avec un plan A et un plan B », indique Pierre Poli. Les Epide ne forment pas directement à un métier en particulier, mais préparent les jeunes à se diriger dans la branche choisie via des stages en entreprise, notamment. « On travaille beaucoup sur le savoir-être également », précise le directeur du centre de Bordeaux. Au-delà de l’insertion professionnelle, les Epide ont par ailleurs pour mission de former des citoyens. Les volontaires participent à des actions humanitaires et solidaires, se rendent aux cérémonies républicaines, entre autres. L’accompagnement est global et concerne tous les volets de la vie. Le fil conducteur de la méthode pédagogique n’est pas tant la rigueur militaire que l’objectif de redonner confiance à ces jeunes. « On les valorise beaucoup », affirme Nathalie Hanet, « Ils ne sont jamais notés, quand ils n’arrivent pas à faire quelque chose, on essaye de comprendre pourquoi et de trouver la solution ; puis une fois par semaine, on met en avant ceux qui ont réussi quelque chose lors d’une cérémonie où on lève les couleurs ».

 

 

Encadré Ludwig ValentinLudwig Valentin : De l’Epide à l’école de Xavier Niel

Ludwig Valentin est entré dans l’Epide de Bordeaux le 7 octobre 2014. Il avait arrêté l’école depuis un an, après un passage en seconde générale puis une tentative en seconde professionnelle. « Je ne voulais plus aller en cours, j’ai essayé de chercher du travail, mais j’étais mineur donc c’était compliqué », raconte-t-il. Il a entendu parler de l’Epide lors de la journée d’appel de la défense. « Les militaires m’ont donné un tract, j’ai trouvé ça intéressant puis j’ai postulé sur le site internet. » Séduit par le principe du « recadrage », l’Epide a été pour lui une expérience réussie : « Ils m’ont permis de trouver ma voix, m’ont fait passer le code et le permis de conduire ». Mais ce qu’il retient avant tout, « c’est la solidarité entre volontaires et les liens tissés avec les cadres, ils nous suivent de près, nous conseillent quand on a des problèmes », se souvient Ludwig. Alors qu’il est encore volontaire, il se renseigne sur l’École 42, fondée par Xavier Niel, qui forme aux métiers de l’informatique et du numérique. Pas encore tout à faire sûr de lui, il a eu besoin d’être « poussé » par les conseillers d’orientation du centre pour passer les tests d’entrée : « Il fallait aller à Paris pour un mois de tests intensifs, l’école m’a payé les billets de train et le logement sur place et j’ai été accepté ». Depuis novembre dernier, il a intégré cette école dans l’objectif de devenir programmateur. Il vit à Paris en colocation, et paye son loyer grâce à un prêt étudiant. « Je sais que je trouverai du travail en sortant, car il y a une grosse demande dans ce secteur et tous ceux qui sortent de cette école trouvent un emploi », assure-t-il confiant.

 

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