[Dossier] Affaiblissement des syndicats : info ou intox ?

dessin sylRumeurs. C’est un peu le marronnier du moment, contexte de crise oblige. Les syndicats sont régulièrement -dans la rue- mais aussi dans le viseur des médias et autres analystes et pâtissent du quelque peu rétrograde « c’était mieux avant ». À Toulouse, les représentants syndicaux réfutent cette idée de désyndicalisation. Rencontre et explications chiffrées.

 

« Nous comptons plus de 15000 adhérents en Haute-Garonne sur l’exercice  2014 », explique Cédric Caubert secrétaire général CGT31. S’il tempère ensuite son enthousiasme, il dépeint une « augmentation lente mais régulière». Et ajoute par ailleurs qu’avec le mouvement social actuel, la progression est « énorme mais qu’elle n’a pas encore été chiffrée ». Globalement la CGT version Haute-Garonne annonce déjà une décennie de « mieux ». Alors quid de la désyndicalisation qui noircit les colonnes des journaux de manière récurrente ? Toulouse serait-elle épargnée ? « L’idée de syndicats délaissés : ça veut tout dire et rien dire. En réalité ils ne le sont pas, on évoque le faible taux de syndiqués en France en comparant à d’autres pays européens, mais ce sont là d’autres manières de faire du syndicalisme. De plus, la CGT à elle seule avec ses 700 000 adhérents représente plus que l’ensemble des partis politiques… » Le syndicat revendique être une organisation « de masse » et dénonce « la criminalisation de l’action syndicale qui est actuellement faite ». Pourtant au niveau local, Cédric Caubert explique que la CGT est toujours numéro 1, et même plutôt en avance par rapport au national. « Ce qui est évident, c’est que le mouvement social démontre un fort besoin de démocratie dans le pays. Les syndicats du renoncement et de l’accompagnement, ceux qui ont abandonné la lutte, sont en train de se décrédibiliser, car le patronat n’a plus la moindre miette à donner. On est à un moment charnière. L’histoire du mouvement social montre que les salariés n’ont jamais rien obtenu dans se battre. »

« La seule région de France en progression constante depuis 10 ans » 

Pourtant la CGT n’est finalement pas au premier rang en matière de progression, à l’échelle locale. Il n’y a qu’à regarder de plus près les chiffres de ses analogues. À la CFDT c’est plutôt l’inverse : on craignait une baisse mais en finalement non. Et loin de là. « Au niveau national on était à 800 000 adhérents il y a quelques années, là on approche du million », explique Thierry Lataste, secrétaire général adjoint de la CFDT31. Sur Midi-Pyrénées la CFDT avance 21327 adhérents (16500 en 2002 et 14000 en 2006), et 9000 en Haute-Garonne. « Nous sommes la seule région de France où la CFDT progresse en nombre d’adhérents depuis 10 ans sans discontinuer. » Des chiffres qui semblent donc s’améliorer chaque année et que certains imputent aux méthodes des adversaires : « La CGT a fait son malheur dans son incapacité à faire vivre le dialogue social, avec des négociations inaudibles pour l’employeur et irréalisables. Il faut exiger des choses crédibles, nos réclamations doivent l’être pour que nous le soyons nous-mêmes. » À la CFDT on dit pouvoir mobiliser facilement, à l’image d’un congrès régional organisé la semaine passée : « On attendait 300 personnes, ce sont finalement 750 personnes qui ont signé. Il y a donc bien une attente ». Même s’il  convient pourtant que les syndicats sont à un tournant : « Il faut faire imaginer aux salariés le syndicalisme de demain. On rentre dans quelque chose de radicalement nouveau. Il faut laisser le temps au temps, on sera amenés à évoluer différemment d’une manière ou d’une autre. Le syndicat cible désormais particulièrement les jeunes et communique sur ses formations pour glaner de nouvelles adhésions. Gregory Martin, secrétaire général CFDT Midi-Pyrénées et membre de la direction nationale ajoute : « Le contexte est très particulier, on fait beaucoup d’adhérents sur la loi travail. Après, il faut tout de même relativiser le fait syndical, qui est très fragile. Il est très chaotique, voire mouvant, cela dépend toujours de l’actualité ».

« Un effet vases communicants entre les syndicats»

Quant au terme de désyndicalisation, il n’est d’après lui basé que sur une intox, voire un « fantasme : on peut utiliser ce terme pour les années 80-90. Aujourd’hui on n’a pas noté de grande phase de syndicalisation majeure, d’engouement disproportionné, du coup on parle d’abandon. Pourtant les chiffres augmentent et le comportement de la CGT nous aide clairement ! » plaisante-t-il. « Ce type de syndicalisation s’effrite de plus en plus et on le voit dans les résultats électoraux… » Fleuron de l’industrie locale par exemple, chez Airbus, la CGT n’existe plus depuis 2014, les syndicats majoritaires sont aujourd’hui FO et la CFE-CGC. Chez ce dernier, même constat : Marie-Line Brugidou, présidente de la section Haute-Garonne explique : « Les grands syndicats sont en perte de vitesse, car il y a des actions un peu compliquées et beaucoup rendent la carte. » Au niveau local le syndicat garde une faiblesse coté transport, mais a pu voir récemment de belles entreprises comme Renault ou Peugeot les rejoindre. « Il y a clairement un effet vases communicants entre les syndicats. On est en progression constante et on crée des sections tous les jours. Jusqu’en 2008 on stagnait, depuis on grimpe en flèche ». Par exemple, en 2015, une section CFE-CGC a été créée à la mairie.  « Nous sommes l’union départementale de France avec le plus d’adhérents après Paris et Marseille ». Entre 6500 à 7500 pour la Haute-Garonne (dont 80% à Toulouse), en progression de 8% en 2014 et 9% en 2015. Prochains objectifs : le conseil régional et départemental, et les établissements de santé. Côté patronat les comptes sont plutôt optimistes aussi. Comme l’explique Anouk Déqué, présidente de la CGPME31 : « On a près de 300 nouveaux adhérents depuis l’année passée et c’est constant sur les 7 dernières années, on n’a jamais noté un quelconque recul ». Elle poursuit l’analyse : « on pense surement a tort que les mouvements et autre collectifs citoyens qui se montent en marge remplacent les syndicats, mais a priori ce ne sont pas les mêmes publics ».

 

 

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