jeudi 3 décembre 2020
Actualités Dominique Bons. Témoignage de la maman d'un djihadiste

Dominique Bons. Témoignage de la maman d’un djihadiste

Nicolas Bons, quelques mois avant son départ en Syrie.

 

« J’ai rappelé le numéro syrien qui s’affichait et un homme parlant français m’a affirmé que mon fils était parti avec un autre combattant dans un camion bourré d’explosifs. Ils ont foncé dans le tas et sont morts. Nicolas était parti en Syrie 5 mois plus tôt avec son frère Jean-Daniel, 22 ans. Ils avaient transité via l’Espagne puis la Turquie. Nicolas a toujours eu un certain mal être, c’est vrai qu’il ne se plaisait pas en France, mis il était plutôt casanier. Il était très proche de moi. En 2010 il m’a annoncé sa conversion à l’islam, même si j’étais profondément choquée de la brutalité de cette annonce j’ai bien dû reconnaitre que cela lui était bénéfique : il avait arrêté de fumer, il était beaucoup plus serein, au début cela lui apportait beaucoup ! Il avait de nouveaux amis du monde musulmans, rencontrés à son travail et que je trouvais très sympathiques. Mais rapidement il a multiplié les propos radicaux, les filles en minijupe le dérangeaient… et il s’est mis à refuser toutes les idées différentes de la sienne. Un jour il m’a dit « tu sais maman ici ce ne sont pas de vrai musulmans, tu verras…». A partir de là j’ai eu peur, j’ai même contacté une connaissance dans la police pour le faire surveiller. Un jour il m’a dit très tranquillement qu’il partait en Thaïlande en stage sportif. J’ai su en avril par leur oncle qu’ils étaient en fait en Syrie, lui et Jean-Daniel. Il m’appelait environ deux fois par semaine. D’ailleurs je sais qu’il avait laissé une lettre à mon intention à un messager censé me la remettre, mais je ne l’ai jamais eue… Je le regretterai toute ma vie car il me disait peut-être des choses qu’il ne m’a jamais dites. Par téléphone il ne se plaignait jamais, il me disait qu’il était bien, il me disait qu’il s’était trouvé. Il disait qu’il avait rencontré avec ses « frères », une amitié qu’il n’avait jamais connue jusqu’alors. J’avais tellement peur qu’il coupe le lien, je ne le blâmais pas… Il y a d’autres parents ans mon cas à Toulouse, mais rares sont les personnes qui acceptent de témoigner de peur d’être stigmatisé ou de perdre le maigre lien qui les unis à leur enfant parti au djihad. Le 19 décembre, lors de notre dernier coup de fil, je lui ai justement demandé qu’il essaie de contacter le fils d’une toulousaine dans le même cas que moi, mais je n’ai plus eu de nouvelles. Cette autre maman toulousain ne veut pas témoigner car son fils là-bas lui assène sans cesse : « si tu fais quoi que ce soit, je ne t’appelle plus ». Noel est passé. Et un jour ce texto me disant que Nicolas était mort. Il m’avait dit : « maman s’il m’arrive quelque chose tu le sauras ». Et la personne par téléphone m’a dit : « Hallah le protège ». Mais qui sont ces gens ? Qui emmène nos enfants ? Ce numéro n’a plus jamais rien donné et là-bas je sais qu’ils s’échangent les portables. Depuis quand j’appelle sur le numéro de mon fils je tombe sur une femme de là-bas. Aujourd’hui je ne suis sûre de rien, un texto ne prouve rien. Sur la vidéo qui a circulé dans tous les médias, je pense qu’il n’était pas lui-même, on dirait qu’il lit un texte : peut-être qu’on les drogue ? Tout est envisageable. C’est pire qu’une secte, ils amènent nos enfants à la mort. Je veux qu’on reconnaissance que ce sont des victimes et non des terroristes. Les gamins qui en reviennent vivants sont choqués par tout ce qu’ils ont vu là-bas, il faut adapter ce qui se passe pour eux au retour : la garde à vue pourquoi pas mais pas la prison. Il leur faut une aide psychologique plutôt qu’un blâme. Attention à ne pas oublier qu’ils ont été endoctrinés. C’est mondial je vous l’assure. Il faut agir. Et vite. »

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