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[Débat de la rédac] Du grain à moudre

Didier Cujives (à gauche) et Philippe Robardey (à droite) ont débattu sur l’actu nationale

Nuances. Sur fond de commémoration des attentats de Charlie Hebdo, Philippe Robardey et Didier Cujives ont accepté notre invitation pour confronter leurs opinions autour d’un petit-déjeuner. Entre deux viennoiseries, ils ont tour à tour exposé leurs sentiments suite aux vœux du président de la République, donné leur avis quant à la déchéance de la nationalité française pour les auteurs d’actes terroristes, sans oublier bien sûr, la Une polémique de Charlie Hebdo.

Par Coralie Bombail et Séverine Sarrat

À huit heures tapantes, Philippe Robardey et Didier Cujives sont déjà en train de discuter à une table du Florida, l’illustre brasserie du Capitole, choisie pour être le théâtre de notre débat du jour entre deux présidents, l’un du Medef Midi-Pyrénées, l’autre du Comité départemental du tourisme. Et à notre grande surprise, les deux hommes se connaissent bien et même… depuis longtemps : « nous étions à l’école primaire Lakanal ensemble », se rappellent-ils. Nul besoin de passer par la phase de présentation donc, et le premier sujet est lancé… au détour d’une tartine de confiture. Comme il est de tradition, François Hollande a présenté ses vœux aux Français pour la nouvelle année en annonçant notamment un plan massif pour l’emploi visant à former 500 000 chômeurs aux métiers de demain. Mais est-ce un simple effet d’annonce ou une mesure efficace ? Car la vraie question est celle de la réduction du chômage. Pour Didier Cujives, « ce problème est gravissime et nécessite toute notre attention. Nous ne devons pas répondre par des postures politiciennes. » L’apprentissage et la formation sont donc pour notre homme politique du jour un sujet déterminant sur lequel la France a pris un retard considérable : « L’Allemagne, par exemple, a su prendre ce problème à bras le corps il y a plusieurs années, mais en France, nous avons été élevés avec l’idée que l’apprentissage et les cycles courts étaient réservés aux mauvais élèves, or c’est faux. Il convient maintenant de revaloriser les métiers techniques et manuels, car le pays a besoin d’hommes et de femmes qui produisent ! »

« Les formations doivent être adaptées aux besoins des entreprises »

En tant que chef d’entreprise et président du Medef Midi-Pyrénées, Philippe Robardey fait le même constat : « Depuis 40 ans, les hommes politiques disent faire de l’emploi leur priorité, mais les résultats sont de pire en pire. Le problème n’est pas le message, mais son exécution ! » Lui va plus loin en remettant en cause les méthodes utilisées par le gouvernement : « Effectivement, il est bon de vouloir développer la formation et l’apprentissage, mais encore faut-il le faire sur des métiers en tension, qui recrutent. Nous manquons cruellement de chaudronniers, de personnes qui travaillent dans l’hôtellerie et la restauration… Ainsi, les formations doivent être adaptées aux besoins des entreprises et non au système. 

Il dénonce surtout le manque de prise en compte des difficultés des entreprises : « ce sont quand même bien ces dernières qui créent les emplois au final, mais pour cela elles ont besoin de confiance, de compétitivité et d’agilité ce que ne permet pas le Code du travail français ! » Pour lui, le fait de ne pas pouvoir, ou avec difficulté, adapter sa masse salariale à son carnet de commandes reste un enjeu majeur. Si son vis-à-vis partage la globalité de son analyse, il nuance toutefois ses propos en rappelant que « ce n’est pas en baissant les charges sur les entreprises qu’elles gagneront des parts de marché, mais grâce à leur capacité à innover ! » Son raisonnement insinue que l’effort pour améliorer la compétitivité des entreprises ne doit pas être demandé aux salariés, mais « plutôt que les entreprises s’adaptent aux marchés » De l’autre côté de la table, un chocolat chaud dans une main et un croissant dans l’autre, Philippe Robardey sourcille : « je n’ai jamais dit qu’il s’agissait de faire du beurre sur le dos des salariés, simplement qu’il fallait réfléchir ensemble à un résultat concret et surtout rapide ! » se défend-il, en soulignant que les salariés eux-mêmes pâtissaient de ces taxes : « En France le différentiel entre le coût salarial chargé et le net perçu est énorme ! » Mais la formule interrompt Didier Cujives, sirotant tranquillement son jus d’orange fraichement pressé. Il reconnaît que le différentiel est réel, mais interroge son voisin de table quant à l’utilité de ces charges : « c’est cela qui permet aux Français de bénéficier d’une protection sociale, de la gratuité des écoles et des soins… Ne l’oublions pas ! »

 « En quoi retirer quelque chose dont ils se fichent constituerait une punition ? »

Sur cette conclusion, nous décidons d’aborder le sujet suivant sans transition, le temps venant à nous manquer. Et le ton change immédiatement. C’est de la colère que ressent Didier Cujives face à la proposition de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, d’élargir la déchéance de la nationalité française à toute personne auteur d’un attentat, binationalité ou pas. Pour lui, « ce sujet est suffisamment grave pour que l’on débatte de mesures inefficaces ! » Car, finalement, il ne voit là qu’un « débat stérile » et reste consterné que l’on discute de la déchéance de la nationalité « pour des gens qui ne sont déjà plus Français au moment où ils commettent leurs crimes, qui rejettent d’eux-mêmes la France. En quoi retirer quelque chose dont ils se fichent constituerait une punition ? » En revanche se pose la question suivante : faut-il se concentrer sur la punition ou le moyen pour empêcher ces actes ? « Bien sûr, c’est la phase d’écoutes, de renseignement, voire de combats armés qu’il faut développer », explose Didier Cujives, suivi de Philippe Robardey : « nous devons trouver le moyen de lutter contre les intégrismes pour éviter la répétition de ces actes ! En cela, les entreprises peuvent avoir leur rôle à jouer en s’interrogeant sur la place de la religion, voire du fanatisme, sur le lieu de travail», explique-t-il, faisant notamment référence à l’aéroport de Paris qui « a retiré l’accès à certaines zones à une centaine de salariés qui pouvaient représenter un risque pour la population. »

Ce qui est sûr en revanche, c’est que l’objectif ultime poursuivi par les terroristes n’est pas atteint, pour preuve la parution hier de Charlie Hebdo, tiré à 1 million d’exemplaires, arborant un ‘’Un an après, l’assassin court toujours !’’ Ou plutôt, comme le souligne Didier Cujives, « le simple fait qu’elle soit publiée est une victoire ! » En janvier dernier, de nombreux Français ont défilé pour défendre le droit de la presse et d’expression… « et même celle d’entreprendre » surenchérit Philippe Robardey qui rappelle que le journal est également une société. « Félicitons-nous de voir qu’un an après les attentats à Charlie Hebdo, l’on puisse encore laisser libre cours à nos idées », s’émeut le président du Comité départemental du tourisme, dont la pensée est poursuivie par son homologue du Medef Midi-Pyrénées qui lui, ne pourrait « pas vivre dans un pays où cela serait interdit ! » Quant au contenu de la Une en lui-même, elle n’a pas été forcément appréciée par nos invités, mais a prêté à sourire et à s’interroger : « Pourquoi pourrait-on se moquer des représentants politiques et pas des représentants religieux ? » Philippe Robardey nous donne ainsi à méditer avant de terminer notre petit-déjeuner et de nous rappeler à nos obligations respectives.

 

 

 

 

Mini-bios

Philippe Robardey : Après des études de commerce à Paris, il travaille dans le secteur électronique grand public, pour rejoindre ensuite l’entreprise familiale Sogeclair qu’il dirige depuis 20 ans. Parallèlement, président du Medef Midi-Pyrénées depuis un an, il a d’abord dirigé le syndicat patronal au niveau départemental pendant 6 ans. Il y occupe également des fonctions nationales en étant membre du Conseil exécutif.

Didier Cujives : il créé son entreprise de communication et marketing à 27, après avoir réaliser des études de droit à Toulouse, mais il cesse son activité en 2014 pour se consacrer à son mandat de conseiller régional auquel il sera élu à deux reprises. Actuellement conseiller départemental et président du Comité départemental du tourisme, il est également maire de Paulhac, vice-président de la communauté de communes des Coteaux du Girou, président du PETR de Pays tolosan.

La rédaction

Le Journal toulousain est un média de solutions hebdomadaire régional, édité par la Scop News Medias 3.1 qui, à travers un dossier, développe les actualités et initiatives dans la région toulousaine. Il est le premier hebdomadaire à s'être lancé dans le journalisme de solutions en mars 2017.

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