samedi 5 décembre 2020
Actualités Les apiculteurs d’Occitanie s’inquiètent du retour des néonicotinoïdes

Les apiculteurs d’Occitanie s’inquiètent du retour des néonicotinoïdes

Le ministère de l’Agriculture engage un plan de soutien à la filière betteravière qui permettrait à celle-ci d’utiliser à nouveau des pesticides néonicotinoïdes interdits en France depuis 2018, ce qui met les apiculteurs d’Occitanie vent debout.

Christel Bonnafoux

« Monsieur le Président de la République et Monsieur le Ministre de l’Agriculture, si, au petit déjeuner de vos enfants, vous aviez le choix de leur verser dans leur yaourt du sucre bio ou du sucre aux néonicotinoïdes, lequel choisiriez-vous pour leur santé chaque matin ? » Telle est la question que pose Olivier Fernandez le président du syndicat des apiculteurs d’Occitanie à Emmanuel Macron et Julien de Normandie. Ce dernier a fait savoir dans un communiqué qu’il allait engager un plan de soutien aux betteraviers français, qui « font face à une crise inédite : le virus de la jaunisse transmis par les pucerons s’est développé massivement sur l’ensemble des régions productrices (…) Cette maladie peut entraîner des pertes de rendements pouvant atteindre entre 30 et 50 % ». Le ministère rappelle que la France est le premier producteur de sucre européen et que le secteur concerne 46 000 emplois dans le pays, dont 25 000 agriculteurs et 21 sucreries. Par conséquent, des dérogations pourraient être accordées pour protéger les plantations des ravageurs, au moyen d’insecticides néonicotinoïdes interdits en France depuis janvier 2018, au grand dam des apiculteurs d’Occitanie. À ce jour, seules les cultures de figues, de navets et de noisettes bénéficiaient d’une telle dérogation.

« Tout le monde est touché »

Inventée au début des années 1990 par des chercheurs japonais, cette famille de pesticides a l’avantage d’être systémique : il est inutile de traiter plusieurs fois la plante. « L’inconvénient c’est que 95 % du produit se retrouve absorbé au final par la terre et l’eau », ajoute Olivier Fernandez, qui détaille sa nocivité : « Il y a eu 1100 études qui ont montré les conséquences néfastes des néonicotinoïdes sur la biodiversité et sur la santé humaine. Ils s’attaquent au système nerveux des insectes, comme au nôtre. C’est pourquoi ils ont été classés comme perturbateurs endocriniens par l’Union européenne ». L’impact sur les insectes pollinisateurs n’est plus à démontrer, puisqu’en deux décennies, la production des apiculteurs tricolores a été divisée par deux. Le taux de mortalité des abeilles occitanes est de 40 à 60 %, l’un des plus forts du pays, ce qui peut s’expliquer par l’importance du secteur agricole dans la région. « Et on devrait aussi parler des amphibiens, des poissons ou des oiseaux… tout le monde est touché », insiste le président du syndicat des apiculteurs, qui est par ailleurs chercheur au CNRS.

« Les ministres de l’Agriculture privilégient toujours les firmes pétrochimiques »

Ce dernier se désespère du « jeu du chat et de la souris » auquel il s’adonne depuis des années avec le gouvernement : « Après une victoire, comme celle de l’interdiction des néonicotinoïdes en France, en 2016, il s’ensuit toujours des reculs. C’est quelque chose de courant chez les macroniens, en dépit des consultations citoyennes et du verdissement de leur discours. Les ministres de l’Agriculture jouent en permanence avec les règles et privilégient toujours l’intérêt des firmes pétrochimiques, aux dépens de celui des agriculteurs ou des consommateurs ». Olivier Fernandez annonce, au passage, qu’il présentera en 2021, comme il le fait chaque année, sa candidature spontanée au poste de ministre de l’Agriculture.
Le texte législatif autorisant provisoirement les betteraviers à utiliser des néonicotinoïdes devrait être examiné à l’automne au Parlement. « Vu la longueur de l’article, il pourrait être très vite adopté, surtout si, comme elle en a l’habitude, la majorité vote en bloc », redoute Olivier Fernandez.

Philippe Salvador
Philippe Salvador a été reporter radio pendant quinze ans, à Toulouse et à Paris, pour Sud Radio, Radio France, RTL, RMC et BFM Business. Après avoir été correspondant de BFMTV à Marseille, il est revenu à Toulouse pour cofonder le magazine Boudu.

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