[Dossier] Andromède : un quartier en quête d’identité

Photo : Franck Alix

Essor. Le premier éco quartier de l’agglomération toulousaine se développe peu à peu à Blagnac. Alors que les premiers habitants ont aménagé en 2009, les impressions sont mitigées quant à la vie dans ce quartier. Calme et agréable d’un côté, manque de commerces et de services de l’autre. Andromède tâtonne.

Le projet est ambitieux. 10 000 habitants à terme doivent s’installer dans ce quartier à l’architecture ultra-moderne qui pousse au nord de Blagnac. La réalisation des travaux, qui se déroule en trois phases distinctes, suit son cours. Après les ‘‘couacs’’ du début (malfaçons dans les bâtiments, constructions retardées), Andromède doit sortir aujourd’hui du cercle vicieux ‘‘les commerces attirent les habitants, les habitants attirent les commerces’’. En effet, environ 3000 personnes ont pris place dans les ‘‘ilots’’ du quartier, mais les commerçants tardent à s’installer. « Les commerces ne peuvent pas venir trop tôt, car s’il n’y a pas assez de population, ils vont fermer boutique rapidement », explique Fatima Abdelkader, chef de projet Andromède pour Oppidéa (l’aménageur de Toulouse métropole). « On est dans une phase intermédiaire », reconnait l’adjointe au maire de Blagnac en charge du quartier, Stéphanie Sense. Aujourd’hui, le quartier compte, un restaurant, une pizzeria, une poste et une boulangerie. Et encore, cette dernière n’a ouverte qu’en novembre 2014 : « Cela a mis du temps car nous avions un critère de qualité à remplir, et on souhaitait une  boulangerie pâtisserie qui fasse également des formules midi pour les entreprises », explique Stéphanie Sense.  « C’est vrai que pour les premiers habitants arrivés en 2009, ça fait long, mais d’autres enseignes ne vont pas tarder à arriver », annonce-t-elle. Un supermarché Casino doit effectivement ouvrir dans les prochains mois, un coiffeur également.

« C’est aux habitants de s’approprier le quartier »

La commercialisation des locaux commerciaux a été confiée en quasi-totalité au Groupe Financier Teychené (spécialisé dans l’immobilier d’entreprise), « mais ils doivent respecter des critères de diversité pour ne pas qu’on se retrouve avec 3 banques et 4 pizzerias », précise l’adjointe, qui habite le quartier (avant d’être élue en 2014, Stéphanie Sense était la présidente du conseil de quartier). Mais pour développer les commerces, il faut résoudre le problème du stationnement. « Le nombre de places a été sous-évalué », signale Marc Pozza, élu de l’opposition à Blagnac, qui a acheté une maison dans le quartier en 2011.  « J’ai vu plusieurs personnes venir visiter des locaux, notamment un boucher, mais ils ont renoncé à cause du manque de places de parking devant les commerces », confirme le boulanger. Pour Fatima Abdelkader, le problème n’est pas tant le nombre de places de stationnement que l’usage des habitants : « Les logements ont été prévus avec des parkings souterrains, mais par facilité, on constate que les gens se garent plutôt en surface », explique-t-elle. La municipalité de Blagnac est en train de mettre des zones bleues pour favoriser les rotations.

« Nous sommes soumis aux aléas du marché »

Le développement du quartier prend du temps. La crise économique a ralenti la commercialisation des lots : « Les banques ont exigé un tôt de commercialisation à 70% pour valider les projets de construction, du coup nous avons découpé les opérations en plusieurs phases pour permettre de les financer, mais nous n’avons jamais arrêté », tient à préciser Joseph Carles, premier adjoint maire de Blagnac. Celui-ci ne s’aventure pas à donner une date de fin de projet pour Andromède : « Nous sommes soumis aux aléas du marché, mais un quartier comme cela, il faut 20 à 25 ans, pour dire qu’il est vraiment terminé, on l’a vu avec le Grand Noble (autre quartier blagnacais, ndlr) ». Pas de panique du côté de la municipalité. Mais en attendant, Andromède peine à trouver son identité, entre les travaux et le manque de services, les rues sont peu animées et la vie de quartier en pâtit. « Il manque d’espaces où les gens puissent se retrouver », remarque l’élu Marc Pozza, « dans notre programme pour les municipales, nous avions prévu des salles pour les associations, notamment ». Pour l’instant, ‘‘L’espace Andromède’’, qui était réservé aux porteurs du projet avec un point information pour les habitants, a été reconverti à cet usage. Le conseil de quartier et quelques associations se sont installés dans les quelques préfabriqués mis à disposition. A priori, aucun aménagement n’est prévu pour améliorer l’endroit. « C’est aux habitants de s’approprier le quartier, il y a déjà quelques projets d’associations en cours, on ne va pas imposer des usages mais plutôt s’adapter à la demande », explique Stéphanie Sense.  L’espace vert central avec ses jeux pour enfants est devenu l’endroit le plus prisé des habitants. Il faut dire que le quartier a attiré pour l’instant des jeunes couples avec enfants. A côté de la balançoire, deux mamans discutent : « Ici, tout le monde se retrouve, l’ambiance est agréable, on est ravi d’avoir aménagé dans le quartier », témoigne l’une d’elle. Une grand-mère venue garder sa petite fille n’est pas du même avis : « Il est pourri ce quartier, il n’y a rien à part les jeux pour enfants, et puis tout le Mirail est venu habiter ici… » Le pari de la mixité sociale est effectivement un des enjeux du quartier et il semble réussir à entendre les différents témoignages d’habitants. «Mais Andromède a une mauvaise image, notamment auprès des habitants de Blagnac, qui pensent que ce quartier est en rupture avec l’esprit ‘‘petit village’’ du centre-ville », affirme Marc Pozza. Il est vrai que l’architecture détonne dans le paysage, « mais chaque quartier est marqué par son époque, dans quelques années, quand on se promènera à Andromède, on saura qu’il date des années 2000 », relève le premier adjoint Joseph Carles. Le petit nouveau doit se faire adopter pour devenir plus attractif. Les sociétés Safran et Aka technologies qui vont bientôt s’installer dans le quartier vont certainement lui donner un coup d’accélérateur.

 

Andromède en chiffres :

 210 hectares de superficie

4000 logements collectifs et individuels

70 hectares d’espaces naturels et parcs

11 000 m² de commerces de proximité

200 000 m² de bureaux et activités

 

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