vendredi 4 décembre 2020
Actualités Alain-Jean VARET écrit à Emmanuel Macron

Alain-Jean VARET écrit à Emmanuel Macron

Expéditeur : Alain-Jean VARET 

Avocat à dominante pénaliste depuis 35 ans, Alain-Jean VARET a notamment représenté l’Ordre de Toulouse, à la conférence de la francophonie à Versailles. En droit, il fut l’élève de Pierre Devolve, Jean-Arnaud Mazeres, Jean-Louis Gazzaniga et François Sabiani. Diplômé de l’IEP Toulouse, il suit parallèlement un DEA de vie politique et administrative et une licence d’histoire ainsi que les enseignements d’un certificat de sociologie politique et administrative.

Destinataire : Emmanuel Macron

Cet ancien banquier d’affaires chez Rothschild & Cie est nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la république auprès de François Hollande entre mai 2012 et juin 2014. Le 26 aout 2014 il devient ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement Manuel Valls II.

 

Monsieur le ministre de l’Economie,

 

Qu’il est difficile d’être avocat à Toulouse, ville qui symboliquement est pour l’éternité celle de Jaurès. Qu’il est difficile d’avoir l’obligation d’écouter, de travailler, encore et encore, pour permettre que la position et les convictions de son client soient admises et respectées. Ai-je le droit comme avocat de province de dire Monsieur le Ministre « vous exagérez » ? En reprenant la réforme Darrois qui fut abandonnée pendant un temps, les préconisations du rapport Attali sous la mandature Sarkozy, je pense Monsieur le Ministre que vous vous attirez des foudres qui doteront votre patronyme d’un goût d’éternité. C’est peut-être ainsi qu’on écrit les dictionnaires avant de rédiger ses mémoires. Quand je m’adresse à vous Monsieur Macron, la question que je me pose est simple : avez-vous d’autres ambitions que celle de laisser votre nom à l’Histoire dans la mesure où jeune et courageux, vous savez que le temps est bien choisi de faire aboutir ce qui était en germe ? Avez-vous senti, au-delà de l’apparence et des cris entendus lors d’une manifestation, que derrière votre réforme, c’est en fait le doublement immédiat d’une profession -qui devient misérable- qui était en germe ? Vous qui avez connu la même carrière qu’un précédent Président de la République, vous a-t-on dit, que ce doublement des effectifs d’une profession allait encore l’appauvrir et bien au-delà que ce que l’aide juridictionnelle actuelle apporte aux avocats de plein exercice actuellement en fonction. Vous a-t-on dit, que l’appauvrissement de certains conduit à l’appauvrissement de tous, et qu’en particulier pour les plus pauvres des justiciables, le fait que cette aide ne couvre pas tout, en particulier les droits de plaidoirie et les sommes qui sont exclues des dépens, et que cette situation actuelle prive déjà les plus pauvres de l’accès à une justice équitable et respectueuse de nos principes républicains essentiels ? Vous a-t-on expliqué qu’aujourd’hui, défendre un client avec l’aide juridictionnelle, ne prend pas en compte les déplacements ni les frais fixes d’un cabinet? A ce stade de cet écrit, je m’interroge si ce qui est en germe, au-delà des cris entendus, n’est pas l’instauration de l’Ordre des Avocats parisiens, face à tous les avocats de province, grande couronne y compris. Ne vaudrait-il pas mieux tenter par nos organisations professionnelles de renouer un dialogue que de continuer à crier haro sur le baudet. Ne vaut-il pas mieux expliquer à nos clients que si nous nous battons, c’est pour eux ? Ne vaut-il pas mieux combattre ce qui est en train de poindre à l’horizon -le tout numérique- que de se battre contre un texte dont les contours sont si imprécis et si généraux, qu’ils ne peuvent être discutés aujourd’hui à partir d’un support écrit, même si celui-ci compte 144 articles, articles dont certains ont permis au Maire de Lille de faire une entrée politicienne, en prêchant pour des villes frontalières qui ne se verraient pas toucher par la réforme. Pouvons-nous revenir en l’évoquant au serment que nous prêtons en entrant dans cette profession. Pouvons-nous évoquer l’importance de nos Ordres, qui bien qu’ayant été rétablis par Napoléon, ont su rester garant de la liberté et de la défense de nos clients. La profession d’avocat est, ce qu’elle doit rester, une profession libre et indépendante. C’est pour cela que nous la choisissons, et c’est pour elle que nous devons combattre, pour qu’elle le reste loin des enjeux économiques.

 

La rédactionhttps://www.lejournaltoulousain.fr
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