[100%investigation] La Cartoucherie : un quartier dans le doute

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Le quartier de la Cartoucherie, en plein chantier, devrait accueillir ses premiers habitants en 2015. Pourtant le projet est loin d’être fini et peut encore être modifié par la nouvelle municipalité. Quid de l’écoquartier ?

 

La reconversion du site de la Cartoucherie en écoquartier est un défi d’envergure. Initié sous l’ancienne municipalité, ce projet devrait permettre d’accueillir environ 7000 habitants, dans le respect de l’environnement. « On a mené une réflexion très poussée sur la mobilité non polluante afin de privilégier les modes de transport doux », explique Régis Godec, élu EELV d’opposition à la mairie de Toulouse, ex adjoint de Pierre Cohen en charge de l’urbanisme et des écoquartiers.  Le quartier étant desservi par le tram et de nombreuses pistes cyclables, la voiture devient quasiment un dernier recours… Par conséquent, le nombre de places de parking a été réduit au minimum… Premier hic pour la nouvelle majorité qui veut revenir sur ce point : « Il faut faciliter la venue des habitants en augmentant autant que possible les possibilités de stationnement », soutient Jean-Luc Lagleize, adjoint au maire en charge de l’urbanisme. Le débat autour de la place de la voiture dans la ville devient un marronnier à Toulouse. « L’usage du véhicule individuel reste important, notamment pour le week-end, interdire la voiture est trop dur », martèle l’adjoint. S’il n’était pas vraiment question d’interdire la voiture, « le nombre de place par logement était au plus bas par rapport aux exigences du PLU », précise-t-il. Initialement, le système avait été pensé de manière à optimiser le stationnement : « Une place devait être utilisée en journée par les commerçants, qui viennent travailler sur le site et en soirée par les habitants, qui rentrent du travail », explique Régis Godec. Dans le quartier, la nouvelle est accueillie de manière mitigée. Plus de parking, signifie plus de voitures donc plus de circulation… « L’accès à cet écoquartier va être très problématique depuis Purpan et je ne parle pas des soirs de concert au Zénith », lance Gérard Sauton, président du comité de quartier Fontaine-Garonne.

« Nous savons peu de choses sur la vision de la nouvelle municipalité »

Les inquiétudes sont nombreuses quant à l’arrivée des 7000 nouveaux habitants, notamment par rapport aux infrastructures prévues. « Il devait y avoir un groupe scolaire, une crèche, un relai assistante maternelle, un centre social », énumère Régis Godec, « aujourd’hui, il n’y a aucune communication de la mairie sur le projet, il n’y a pas eu de présentation officielle ni de délibérations en conseil municipal », regrette-t-il. Gérard Sauton confirme : « Pour l’instant nous savons peu de choses sur la vision de la nouvelle municipalité, mais c’est normal qu’il y ait un délai de réflexion », concède le président du comité de quartier. Deux points ont néanmoins été explicités lors d’une réunion, en présence de Marthe Marti, maire du quartier : « L’école sera ouverte à l’horizon 2019 et le projet d’accueillir l’association Mix’art Myrys dans les halles de la Cartoucherie sera revu », rapporte Gérard Sauton, un peu préoccupé par ces nouvelles. « Les premiers arrivants vont arriver en 2015-2016, les deux écoles que nous avons sont déjà saturées, donc je ne sais pas comment ça va se passer », souligne-t-il. Quant à Mix’art Myrys, le comité de quartier favorable à l’idée d’accueillir le collectif, milite pour une offre culturelle forte « qui puisse attirer au-delà de nos murs ». Selon Jean-Luc Lagleize, l’association « devrait bien s’installer aux halles comme prévu, mais il faut réduire le budget du déménagement qui s’élève à 9 millions d’euros, c’est trop dispendieux ! » Comment ? « Francis Grass (adjoint à la culture) et son équipe y travaillent», répond-t-il.

 

« L’arrivée de commerces et de services va faire du bien au quartier »

L’implantation du collectif culturel permettrait de créer du lien social dans ce quartier en mutation : « Il ne faut pas que la cartoucherie soit fermée sur elle-même, car l’avenue Grande-Bretagne a tendance à être une frontière naturelle entre l’écoquartier et le reste du secteur. » D’autant que certains habitants redoutent l’arrivée d’immeubles sociaux de 15 étages… « Il n’y a pas d’engouement pour le projet, car certains redoutent la mixité sociale, mais tout nouveau quartier qui sort de terre suscite des inquiétudes », précise Bernard Chincholle, directeur de l’agence immobilière Booster, près de Saint-Cyprien. « C’est vrai qu’il y a une hantise du Mirail », reconnait Gérard Sauton, « il y a des gens qui vivent ici depuis très longtemps, c’est un quartier à la base résidentiel où il ne se passait pas grand-chose ; nous on veut qu’il se passe des choses, il faut s’ouvrir sereinement », poursuit-il.  Pour Bernard Chincholle, « l’arrivée de commerces et de services va faire du bien au quartier ». « Les commerces, a priori ils sont prévus mais on ne sait ni qui, ni quand, ni comment », rétorque Gérard Sauton.

Le comité de quartier va rester vigilant sur l’ensemble de ces questions. Fort de ses 150 membres répartis en commissions thématiques, dont une sur « la Cartoucherie », le comité se voit « force de proposition » lors des prochaines réunions prévues avec la mairie. La question cruciale est : qu’est-ce qui peut changer à ce stade ? « Beaucoup de choses », répond Régis Godec, « sur les 3000 logements prévus, nous avons délivré (sous l’ancienne municipalité, ndlr) entre 500 et 600 permis de construire. » Les règles du jeu peuvent encore bouger, d’autant que le temps est aux économies, à la mairie comme à la communauté urbaine (la ZAC appartient à la municipalité mais l’urbanisme est une compétence communautaire). Pour l’heure, Jean-Luc Lagleize affirme qu’il n’y aura pas de modifications, mise à part l’augmentation du nombre de places de stationnement. Un argument phare selon lui, «pour concurrencer avec d’autres quartiers de Toulouse ». Sachant que la priorité aujourd’hui est d’accélérer la commercialisation des logements… Annoncer une refonte du projet pourrait freiner les investisseurs.

 

Prochaines étapes du projet :

  • 94 logements vont être livrés en 2015
  • L’école régionale de santé va ouvrir en 2015
  • Le groupe scolaire est prévu pour la rentrée 2019
  • La dépollution du site se poursuit sur le reste du site
  • Fin des travaux en 2024

 

 

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