[100% investigation] Trafic aérien : la santé publique en jeu ?

©Montage: Ville/Pistolero31, avion/M. Peinado
©Montage: Ville/Pistolero31, avion/M. Peinado

MESENTENTE. Il y a quelques jours l’Observatoire du bruit en Ile de France Bruitparif publiait une étude pointant l’importance des nuisances sonores liées au trafic aérien à Toulouse. Une étude qui fait écho à un travail de longue haleine mené par le CCNAAT*, celui-là même qui s’est battu bec et ongles contre la privatisation de l’aéroport.

Selon l’étude de Bruitparif, menée de février à avril 2015, les nuisances sonores de l’aéroport de Toulouse-Blagnac dépassent les seuils fixés par l’Organisation Mondiale de la santé. « On a développé pas mal d’expertise sur le bruit aéroportuaire avec les aéroports en Ile de France, explique Fanny Mietlicki directrice de l’observatoire, nous avons élaboré des techniques de surveillance avec des stations pour connaitre l’impact du survol d’avion en terme de bruit. » Récemment Bruitparif a été  impliqué dans l’étude épidémiologique nationale DEBATS (Discussion sur les Effets du Bruit des Aéronefs Touchant la Santé) : « nous avons été amenés à venir à Toulouse dans ce cadre, et en avons profité pour faire quelques mesures… complétement indépendantes de l’étude, cela nous semblait pertinent vu l’actualité autour de l’aéroport ». Deux stations expertes de mesures du bruit en continu sont alors installées à deux points stratégiques, de part et d’autre du couloir aérien : « l’un à Cornebarrieu dans le Plan de Gêne sonore (PGS* voir plan), proche de la zone2, l’autre à Ramonville à la limite du PGS ». Les résultats sont sans appel. Sur la période de mesure, à Ramonville 51% des jours ont connu un dépassement de la valeur de référence avec plus de 100 évènements par jour dépassant les 65dB. Par ailleurs 19% des nuits sont dans le même cas. Côté Cornebarrieu, 80% des jours ont connu un dépassement des normes établies par l’Autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires (ACNUSA) avec plus de 100 évènements de plus de 65dB, la nuit elles montent à 30% avec plus de 10 cas de plus de 70 dB. « Cela confirme les crainte du collectif CCNAAT et des riverains, les indicateurs qui servent à établir le Plan de gêne sonore ne sont pas révélateurs, ce sont des calculs numériques : on entre des données dans un ordinateur, un logiciel fait le calcul et on imprime un plan », indique Fanny Mietlicki.

« Les nuisances aériennes provoquent une mortalité accélérée »

Un calcul bête et méchant qui s’oppose sur le terrain à une toute autre équation, comme l’explique René Boudet qui a prêté son jardin pendant deux mois pour l’étude BruitParif : « officiellement nous sommes en dehors de la zone qui donne droit à une indemnisation au titre du PGS, elle s’arrête à 300 mètres de chez nous ». Pas de chance finalement. Car les résultats de l’étude montrent que les nuisances connues par la famille sont les mêmes… « C’est un peu comme le nuage de Tchernobyl qui s’est arrêté aux frontières françaises », plaisante-t-il. Au quotidien, aux heures de pointe c’est un avion toutes les trois minutes qui vrombit au-dessus de sa tête : « J’habite ici depuis 1977, à cette époque on entendait passer un avion par jour, un trafic qui s’est intensifié dans les années 90 et qui ne s’arrête plus ». Ce qu’il craint comme les 100 000 toulousains concernés par les nuisances ariennes c’est de voir Toulouse devenir un Hub aérien (une plateforme de correspondance) suite au rachat par le consortium chinois. Une habitante du quartier Mermoz, en plein milieu de la zone 3, décrit la situation actuelle comme « supportable, à la rigueur plus qu’un autre type de nuisance qu’on peut trouver à Toulouse comme habiter en bord de périphérique ou le trafic ne s’arrête jamais ! » Pourtant si le trafic devait tripler comme annoncé avec le projet Symbiose, les choses seraient différentes pour elle. Elle explique que « les avions les plus gênants sont ceux du soir (entre 22h et minuit) et les premiers du matin (à partir de 6h30 environ) car ce sont ceux qui passent pendant les périodes de repos.» Un sujet que connait bien Chantal Beer Demander, présidente du CCNAAT : « les gens sont malades du bruit, un jour il y aura un procès pour avoir laissé faire ça. L’enquête DEBATS a été lancée par la France mais va corroborer les résultats de toutes les autres et qui prouvent que les nuisances aériennes provoquent une mortalité accélérée ». En cause, le manque de sommeil et les réveils nocturnes qui changent le rythme cardiaque, augmentent la pression artérielle, déclenchent parfois du diabète et une mutation de certaines hormones. « L’aéroport de Toulouse-Blagnac est enclavé, au niveau national c’est la pire des situations, exactement comme à Orly », indique Chantale Beer-Demander. Sauf qu’à Orly un couvre-feu a été instauré, aucun avion ne vole entre 23h30 et 5h.

*Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine

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