lundi 30 novembre 2020
Actualités L’ASU : le panier percé de L’Union est liquidé

[100% investigation] L’ASU : le panier percé de L’Union est liquidé

Syl

Imbroglio. Avec 6000 adhérents, 23 activités, 32 salariés et près de 1,2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, l’ASU (Association Sportive de L’Union) était la plus grosse association de Midi-Pyrénées. Liquidée en juillet dernier, sa dégringolade en chute libre pose de nombreuses questions, dans un contexte politique unionnais tendu.

 

Depuis 57 ans, l’ASU était un phare dans la petite ville de L’Union. L’association sportive a permis son rayonnement, autant au niveau sportif avec une équipe de volley féminin en national 1, qu’au niveau des infrastructures capables d’attirer des adhérents au-delà de L’Union.

Mais depuis quelques années, l’association subventionnée par la mairie à hauteur de 300 000 € par an, peine à boucler les exercices en solde positif.Malgré les rallonges accordées par la municipalité, malgré les cotisations et autres recettes. Alerté, l’ancien maire Georges Beyney, lance un audit en mars 2013. Pendant dix mois, le cabinet Accord.S épluche les comptes et le fonctionnement de l’ASU. En octobre dernier, le rapport est édifiant. Il estime le résultat 2013 à – 310 000€.

Comment la mairie a-t-elle pu passer à côté et continuer à verser une subvention ? « Les derniers comptes certifiés datent de 2012, avec un résultat à – 43 000 € et avant, on s’est toujours maintenu en positif », se rappelle Richard Cancel, directeur sportif et salarié de l’association pendant 27 ans. « –43 000€, c’est rattrapable.» Sauf que, selon le cabinet Accord.S, le chiffre est faux. Selon les comptes « corrigés » du rapport, le déficit atteint en réalité -166 958€. « Si on avait su ça, on n’aurait jamais continué à verser la subvention », se défend Nicolas Tomasi, ancien premier adjoint. Aujourd’hui, « selon le mandataire, on arrive à – 700 000€ », indique Richard Cancel.

Entre 2010 et 2012, les charges augmentent considérablement (+250 000€) : investissements en équipements sportifs, frais de réception, frais de déplacement… L’ASU vit au-dessus de ses moyens, et embauche des personnes supplémentaires, dont… la fille du président de l’association, Philippe Thévenet. « Elle a été embauchée à un poste de secrétaire dont on n’avait absolument pas besoin », estime l’ancien directeur sportif.

En période électorale, l’affaire fait des remous à L’Union. Malgré le rapport alarmant, l’ancienne municipalité décide de soutenir l’ASU en votant une aide supplémentaire remboursable, de l’ordre de 250 000€. « En pleine campagne pour les municipales, c’est dur de voter contre une subvention pour l’ASU », avoue Nadine Morin, alors candidate. Ce montant devait être versé en deux fois : 100 000€ ont été débloqués en janvier. Restait 150 000€…

 

” On va arrêter d’arroser le sable “

Entre temps, la mairie change de camp. Marc Péré, fraîchement élu, doit gérer le dossier épineux. Il commande un deuxième audit qui révèle de nouvelles dérives : des frais d’alcool, des notes de restaurants, des billets d’avion pour la Pologne. De manière générale, les frais de réception explosent, en passant de 45 000€ en 2011 à 81 000€ en 2013. La nouvelle majorité décide de bloquer toute aide. « On va arrêter d’arroser le sable », aurait dit le maire. L’association est placée en redressement judiciaire en avril.

Certaines dépenses restent injustifiées, mais elles-mêmes n’expliquent pas grand-chose. L’addition de ces sommes est dérisoire, comparée au déficit de l’association. « L’audit pointe du doigt ces abus, mais ils ne représentent rien. Les frais de convivialité ont toujours existé », souligne Richard Cancel, alarmé par d’autres faits : «Cette année, on n’a rien payé, ni les fournisseurs, ni les licences. On a planté la moitié des commerçants de L’Union, on a fait la même recette, et on a eu 100 000€ en plus de la mairie, alors qu’est-ce qu’on a dépensé pour arriver à – 700 000€ ? »

Difficile d’y voir clair dans les comptes d’une association « qui n’a pas fait d’AG depuis 2012 » selon l’ancien salarié. Lui-même affirme avoir été écarté par le bureau directeur : « Avant on faisait un point trimestriel sur la comptabilité, mais depuis novembre, je n’y ai été plus invité.» Le premier audit avait déjà soulevé le problème de l’opacité : « Nous émettons des réserves sur la qualité des comptes de l’ASU (…) en raison de la rétention de certaines pièces comptables. »

 

“La liquidation de l’ASU arrange tout le monde” 

Le bureau directeur, composé de douze membres, est pointé du doigt. Dix d’entre eux ont démissionné dans l’année. Pour Richard Cancel, ami de longue date du président, « Philippe ne savait pas dire « non », il accordait des choses pour faire plaisir, mais je n’ai jamais voulu mélanger l’amitié et le boulot et aujourd’hui je paye trente ans d’amitié », regrette-t-il. L’ancien directeur sportif fait partie des salariés qui ont perdu leur emploi. La plupart des sections de l’ASU vont se recréer en associations indépendantes à la rentrée, ce qui va permettre de sauver la majorité des emplois. Mais tous les postes administratifs et techniques de l’association ne sont pas repris. Amer, Richard Cancel constate que la liquidation de l’ASU « arrange tout le monde » : « Les dirigeants voient les dettes effacées, la mairie se débarrasse de ce vestige de l’ère Beyney, d’autant que Philippe Thévenet a soutenu son dauphin Jacques Dahan aux municipales, et les sections voulaient depuis un moment devenir indépendantes

La mairie contre cette théorie : « Nous avons tout fait pour sauver l’ASU », affirme le premier adjoint Yvan Navarro, « mais de semaine en semaine, on était de plus en plus catastrophés. Au vu du bilan financier, c’était irresponsable de continuer à aider l’association.» Aujourd’hui, la mairie attend « la mise en route d’une procédure judiciaire pour savoir où est parti l’argent. » Elle-même n’aurait d’ailleurs pas tout révélé de l’affaire : « Le deuxième audit n’a pas été publié en entier, il manque des choses », accuse Richard Cancel. Une source proche de la municipalité confirme que « la version publique n’est pas complète, des informations mettant en cause l’honneur et la dignité de certaines personnes ont été enlevées.» La mairie, qui s’est entourée des conseils d’un avocat spécialement pour cette affaire, garde les bombes pour la justice…

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