[100% investigation] Arnaud Bernard dans le viseur du Capitole

PHOTO ENQUETE ARNAUD BERNARDNostalgie. Quartier populaire et festif, Arnaud Bernard a souvent fait parler de lui. Historiquement quartier d’accueil, il symbolise pour beaucoup la mixité culturelle, à mi-chemin entre l’Italie et l’Espagne. Rejoint dans les années 60 par une vague d’immigration nord-africaine, il symbolise alors le quartier de référence pour les maghrébins, on vient y retrouver les produits du pays, s’y réunir en famille…

À l’ombre de la basilique Saint Sernin, Arnaud Bernard, pionnier du concept dE repas de quartier, a cette image de quartier bon enfant, convivial et accueillant : « c’est un village dans la ville, il y a de tout, on n’a pas besoin d’en sortir », explique Waheb Beloucif, président du comité de quartier. Un quartier cosmopolite, une référence pour beaucoup d’étudiants qui y découvrent « l’ambiance du sud… Jusqu’à récemment la cohabitation entre des publics très variés en termes de culture, d’âge et de niveau social se passait sans encombre. C’était même devenu un repaire pour les étudiants étrangers qui venaient s’installer à Toulouse. Mais en 25 ans ça a bien changé : le mixage culturel vire au communautarisme. » Waheb Beloucif tient le petit café à la devanture bleue de la rue Saint-Charles, estampillée « Ali Bernard ». Dans le quartier depuis 25 ans, il ne cache pas sa colère : « On dirait qu’ici on n’applique pas les mêmes règles qu’ailleurs, le trafic ça a toujours été mais la délinquance, les agressions, ça augmente depuis une dizaine d’années… pour moi ce ne sont pas les mêmes, car ceux qui font du trafic protègent presque la rue c’est un peu leur fonds de commerce… » Il dit avoir perdu 70% de la clientèle et avoir subi pas mal de casse côté vitrine. La délinquance à Arnaud Bernard n’épargne personne. La préfecture garde d’ailleurs bien au chaud les chiffres concernant le quartier. Mais ce problème n’est pas le seul. Dans le quartier, beaucoup ont l’impression que le commerce « végète ».

 « Une grande remise en ordre »

Pour le président du comité de quartier, « On ouvre un kebab parmi tant d’autres… ces commerces sont les nouveaux mercenaires, ils viennent faire leur beurre et se fichent du reste ». Constat partagé par l’association des commerçants, dont le président, Philippe Delbos explique : « Depuis 10 ans, la mauvaise ambiance fait déserter le quartier, la profusion de commerces ethniques, qui ne s’adressent qu’à une population ciblée, pourrit littéralement le quartier, maintenant il faut en sortir pour acheter du pain ou de la viande… » Le problème ne date pas d’hier, sous son premier mandat, Jean-Luc Moudenc avait d’ailleurs déjà attaqué la préemption de certains locaux du quartier (voir encadré). Plus largement Philippe Delbos accuse certaines vitrines de complicité objective avec les trafiquants du quartier : « on ne dit rien donc on cautionne, voire on s’habitue et on participe… » Pour lui, l’urgence est à la reconstruction d’une diversité sociale et commerciale du quartier. « Avec les élus, on a notamment abordé l’idée de reconstruire une halle  – à l’ancienne – sur la place pour abriter diverses foires et marchés. Le quartier doit redevenir une porte d’entrée sur le centre-ville. Aujourd’hui les gens l’évitent». Samuel a 27 ans, il est en colocation dans le quartier depuis 6 ans, un quartier qu’il connaît bien puisqu’il y est né : « ce qui a changé c’est que les familles partent. Maintenant c’est plutôt un quartier étudiant qui bouge tout le temps, car personne ne s’y installe vraiment ».

Olivier Arsac, adjoint à la sécurité, entend bien lui « entamer une grande remise en ordre » dans ce quartier considéré comme « une priorité ». À l’ordre du jour : l’installation de 12 caméras de surveillance : « nous avons pris du retard suite à quelques difficultés techniques, mais fin mars les 6 caméras de la place seront installées et 6 autres sont à venir pour les rues adjacentes d’ici la fin d’année. » une initiative qui semble plutôt bien accueillie par le quartier, commerçants et riverains compris. Tout comme l’augmentation des patrouilles de police : « depuis le 1er janvier, 13 motard sont destinés au centre-ville, une brigade qui devrait être portée à 25 avant fin 2015, les résultats sont tellement bons que je me réserve la possibilité de la monter à 40. Le problème, ce sont les effectifs de nuit, on en manque cruellement ». Actuellement ce sont 8 à 20 personnes sur tout le centre-ville : « Je remercie mon prédécesseur de m’avoir laissé cette patate chaude » termine l’élu.Arnaud Bernard est clairement une des priorités du projet municipal actuel. Un défi annoncé pour redonner ses lettres de noblesse à un quartier moins jovial qu’il n’y paraît.

 

 

Le mot de Jean-Jacques Bolzan, adjoint à la démocratie locale, à la citoyenneté et à la coordination des maires de quartier.

« On continue l’opération  « Commerces Avenir » lancée en 2013 qui consiste à préempter certains commerces pour redynamiser le quartier en réimposant une diversité. On travaille beaucoup avec les associations de commerçants. Mais aussi -via la réadaptation de certains locaux insalubres- avec les bailleurs sociaux. À ce sujet, une étude est en cours dont nous aurons les résultats d’ici une quinzaine. Et la Chambre des métiers étudie en parallèle quels sont les commerces nécessaires, nous met en relation avec des porteurs de projets en phase avec cet objectif de diversité. D’autres pistes sont prévues comme un travail sur l’éclairage, par exemple, afin de rendre le quartier plus agréable de jour comme de nuit mais aussi des idées concernant les moyens d’occuper la place Arnaud Bernard de manière attractive ».

 

Info +

Porte nord de la ville, le quartier Arnaud Bernard a une ancienne vocation d’accueil. Les travailleurs italiens puis les réfugiés espagnols s’y sont installés dans les années 30, suivis par les maghrébins dans les années 60. Arnaud Bernard est historiquement un quartier tampon entre la ville et la campagne. Et c’est justement dans les années 60 que le fameux marché aux primeurs qu’il abritait, a été délocalisé vers Lalande. Les anciennes caves des primeurs ont alors été transformées en bazars et boucheries par les nouveaux arrivants.

 

 

 

[AS1]J’’ai supprimé comme devant à l’ancienne

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