samedi 31 juillet 2021

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SantéDes protections réutilisables pour lutter contre la précarité menstruelle à Toulouse

Des protections réutilisables pour lutter contre la précarité menstruelle à Toulouse

À l’occasion de la journée internationale du droit des femmes, ce lundi 8 mars, l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (ISAE-SUPAERO) de Toulouse a organisé une distribution de protections hygiéniques gratuites et réutilisables. L’objectif est de pallier la précarité menstruelle de ses étudiantes, alors qu’une enquête interne révèle que 9 % d’entre elles y ont déjà été confrontées.

Distribution de protections menstruelles
© Lucien Bonhomme

L’ISAE-SUPAERO, établissement d’enseignement supérieur en ingénierie aérospatiale, a organisé aujourd’hui une distribution de protections hygiéniques réutilisables. Les étudiantes présentes ont pu choisir entre trois kits, comprenant : pour le kit 1, deux serviettes lavables et une culotte menstruelle en coton biologique. Pour le kit 2, deux serviettes lavables et une coupe menstruelle en TPE hypoallergénique. Et pour le kit 3, trois serviettes lavables multi-tailles. Au total, 271 kits ont été fournis par l’entreprise Dans Ma Culotte.

À travers cette distribution, l’objectif de l’Institut est de lutter, sur le long terme, contre la précarité menstruelle de ses étudiantes, mais aussi, « de leur faire tester les protections hygiéniques réutilisables, qui sont assez méconnues, et souvent chères », explique Lucien Bonhomme, en charge du projet avec Cécile Geslin. Étant bien plus onéreuses à l’achat que les protections jetables classiques, leurs prix est un frein pour les étudiantes déjà confrontées à la précarité. Une culotte menstruelle coûte en moyenne 25 euros, une coupe menstruelle 20 euros et une serviette lavable entre 5 et 15 euros, alors qu’une serviette ou un tampon jetable coûte entre 10 et 50 centimes.

Une enquête révèle la précarité menstruelle des étudiantes

En janvier 2021, le pôle “Développement durable et responsabilité sociétale” de l’ISAE-SUPAERO lançait deux enquêtes auprès de ses 270 étudiantes, portant sur leur accès aux protections hygiéniques. Celles-ci ont révélé que 9 % des étudiantes de l’Institut ont déjà été confrontées à la précarité menstruelle et que 6 % ont déjà dû rater un cours, car elles ne disposaient pas de protections.

Le rapport souligne également que 25 % d’entre-elles ont déjà dû garder des protections trop longtemps (plus de 4 à 6 heures, ndlr), faute d’en disposer d’autres. Or, ce geste peut engendrer des risques pour leur santé. Le plus connu : le choc toxique, où la stagnation du sang entraîne la multiplication de toxines bactériennes qui, une fois dans l’organisme, peuvent s’attaquer à différents organes comme le foie, les reins ou les poumons. Aussi, 13 % des élèves ont déjà eu recours à des protections de fortune, c’est-à-dire l’utilisation d’autres matières absorbantes, pour tenter de remplacer les protections classiques. Ceci peut entraîner de fortes irritations ou des intolérances en fonction des produits.

Des protections alternatives moins toxiques et moins polluantes

L’enquête montre que 75 % des étudiantes de l’ISAE-SUPAERO utilisent des serviettes jetables. Or, l’Institut distribue aujourd’hui des protections réutilisables. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces protections alternatives sont plus durables, plus responsables, et moins dangereuses pour la santé.

« Le sondage nous révèle que les trois-quart des filles souhaitent faire attention à la composition de leurs protections. Mais dans les faits, seules 33 % ont les moyens de s’acheter des protections de qualité », souligne Lucien Bonhomme. En France, la production de protections hygiéniques classiques ne bénéficie d’aucun contrôle. La plupart des produits contiennent des composants chimiques toxiques ou des matériaux irritants. Le plus souvent, on y trouve des traces de pesticides utilisés dans les champs de coton, des perturbateurs endocriniens, des agents chlorés pour donner une couleur blanche ou encore du parfum, pour qu’elles sentent bon. Les protections réutilisables, elles, favorisent les composants sains, tels que le coton biologique ou le silicone platine médicale.

Selon l’entreprise Dans Ma Culotte, une femme jette en moyenne 290 serviettes hygiéniques chaque année. Aussi, la plupart des protections classiques contiennent du plastique qui ne peut être recyclé et qui met du temps à se dégrader. L’ISAE-SUPAERO souligne qu’adopter des protections réutilisables, qui peuvent être conservées de 5 à 10 ans, permet donc de réduire considérablement les déchets.

Des distributeurs de protections hygiéniques dès septembre

Dès le mois de septembre 2021, l’ISAE SUPAERO a pour ambition d’installer, dans les toilettes du campus, des distributeurs de protections jetables en coton biologique. « On aimerait aussi améliorer les aménagements pour les personnes menstruées. Par exemple : mettre en place des poubelles adaptées. Le but est qu’elles vivent au mieux leurs règles », explique Lucien Bonhomme. Ces actions devraient d’ailleurs se multiplier dans les mois à venir. La présidente de Région Carole Delga a annoncé aujourd’hui que des distributions de « protections jetables, bio et respectueuses des normes sanitaires » s’effectueront dès le mois de mai, dans les lycées, auprès des 30 000 élèves boursières d’Occitanie.

La mise en service des distributeurs au sein du campus de l’ISAE SUPAERO s’accompagnera d’actions de sensibilisation. Et elles commencent aujourd’hui, avec une visioconférence organisée par l’association toulousaine Menstruation And You (M.A.Y), intitulée “Et toi, tu ferais quoi avec 5 000 € ?” (somme moyenne dépensée pour les protections menstruelle au cours d’une vie, ndlr). Dès 17h15, les étudiantes de l’Institut pourront, par le biais d’un salon virtuel, échanger sur différents sujets : les règles, les protections et la précarité menstruelle.

Alix Drouillat

La rédactionhttps://www.lejournaltoulousain.fr
Le Journal toulousain est un média de solutions hebdomadaire régional, édité par la Scop News Medias 3.1 qui, à travers un dossier, développe les actualités et initiatives dans la région toulousaine. Il est le premier hebdomadaire à s'être lancé dans le journalisme de solutions en mars 2017.
 

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