UMP : la guerre, c’est aussi à Toulouse !

Moudenc choix UMP retouché FOREST

Ambiance. Deux échéances se télescopent pour l’UMP : la présidence du parti et la future primaire pour la course à l’Élysée. Des campagnes qui pourraient mettre à mal l’ambiance de la fédération départementale.

 

Une fédération hier Copéiste ! Aujourd’hui Sarkozyste ?

Depuis sa prise en main en 2010 par Jean-Luc Moudenc (président) et Laurence Arribagé (secrétaire départementale), la fédération de l’UMP 31 a été souvent présentée comme plutôt proche de Jean-François Copé, et soutien de Nicolas Sarkozy. La preuve par les chiffres : En novembre 2012, Jean-François Copé y triomphe dans le duel interne qui l’opposait alors à François Fillon. 62,38 % des militants haut-garonnais s’étaient en effet prononcés pour celui qui allait être pris dans le tourbillon Bygmalion quelques mois plus tard… Dans le même temps, la motion, portée par le courant très sarkozyste de la Droite Forte, claironnait également en terres toulousaines, y arrivant largement en tête devant tous les autres courants.Pierre Lattard, maire de Pouze et proche du sénateur Alain Chatillon, est le référent départemental de la campagne de Bruno Le Maire pour la présidence nationale du parti ; il admet que le combat est plutôt difficile pour son poulain en Haute-Garonne : « C’est clairement compliqué, car ici la base est tout de même très sarkozyste. On ne change pas du jour au lendemain une fédération qui a été sous influence Copéiste… » Le constat est posé même si Pierre Lattard dit très bien s’entendre avec Laurence Arribagé : « Elle a été honnête en présentant clairement son soutien à Nicolas Sarkozy et n’empêche personne de soutenir Bruno Le Maire. » Car aujourd’hui, la vraie patronne de l’UMP 31, c’est bien elle, Laurence Arribagé. Députée et adjointe au maire, celle qui se considère toujours « comme une militante », est en effet devenue la responsable de la campagne de Nicolas Sarkozy dans le Sud-Ouest. Un affichage qui confère à une promotion. À Toulouse, elle a laissé son collègue au Conseil municipal, l’espoir Maxime Boyer, le soin de porter le comité de soutien à l’icône Sarko. « Ici, il y a clairement une base sarkozyste très forte avec un certain nombre d’élus qui sont derrière », nous confirme d’ailleurs ce dernier. Pour le moment, la campagne pour la présidence nationale du parti se déroule plutôt bien dans la ville rose, même si le 29 novembre (date du scrutin) est encore loin : « Avec l’équipe de Bruno Le Maire, tout se déroule cordialement. Ce n’est absolument pas la guerre. On a presque envie de dire que pour une fois, les choses se passent bien… Avant, tout aurait été à feu et à sang », confie Maxime Boyer. Pourtant, devant l’engagement sarkozyste de Laurence Arribagé, la question de la neutralité de la fédération est bien à l’ordre du jour pour Jean-Marie Belin, représentant local du courant Filloniste : « À peine la secrétaire départementale a-t-elle annoncé son soutien à Sarkozy qu’un comité de soutien était créé. Ce n’est tout de même pas venu du Saint-Esprit ! Non, la fédé n’est pas forcément neutre. »

La Présidentielle en ligne de mire

La candidature de Bruno Le Maire vient de recevoir en Haute-Garonne un soutien qui risque de faire parler. Celui de Jean-Marie Belin (qui était le numéro quatre de la liste UMP aux dernières Européennes), par ailleurs donc référent départemental d’un certain François Fillon via le mouvement « Force Républicaine ». Car à l’UMP, une campagne en cache une autre. Personne n’ose faire l’innocent, et si Nicolas Sarkozy souhaite reprendre en main l’appareil UMP c’est bien en vue de la prochaine élection présidentielle. Une échéance pour laquelle Jean-Marie Belin prend fait et cause pour François Fillon : « C’est une personnalité pointue et rigoureuse qui me rappelle celle de Raymond Barre. C’est le profil qui convient à cette période de crise. Il représente incontestablement une droite moderne. » Pour Pierre Lattard, l’histoire qui voudrait qu’une fois à la tête de l’UMP, Sarko soit ensuite désigné pour la Présidentielle n’est pas écrite : « Ce qui vient de se passer au Sénat avec les défaites des Sarkozystes, Raffarin (pour la présidence de la Haute-Assemblée) et de Karoutchi (pour la présidence du groupe UMP), est une alerte sérieuse. Cela prouve que rien n’est fait et que la base pourrait bien devenir comme les élus, désobéissante. » Sarkozy, Juppé, Fillon, le combat risque d’être terrible en interne à l’UMP. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, en est d’ailleurs parfaitement conscient. S’il doit beaucoup de choses à l’ancien président de la république, y compris professionnellement (en 2008 le Conseil des ministres le nommait contrôleur général et financier), l’édile se sentirait plus proche idéologiquement et humainement de son homologue bordelais. Par ailleurs, en tant que maire il sait que ce choix-là serait sans nul doute beaucoup plus fédérateur que celui de Nicolas Sarkozy. L’homme se veut être « le maire de tous les Toulousains », et n’oublie jamais de calibrer ses postures en fonction de l’identité profonde de sa ville. Aujourd’hui, il ne prend pas position et s’accommode volontiers du choix de la fidèle Laurence Arribagé. Car demain, s’il était amené à soutenir une candidature Juppé, avec sa deuxième adjointe derrière Sarko, ils couvriraient ainsi tout le spectre de la droite toulousaine… C’est aussi ça, la stratégie politique.

L’avenir de la fédération

« À la fédé, il ne se passe plus rien », l’aveu est signé René Giès, référent départemental de « la Droite Forte. » « Tout ça est vrai », confirme Guillaume Brouquières, ancien président des « Jeunes Populaires 31 » : « C’est malheureux mais factuel ; beaucoup de militants le regrettent. » En janvier prochain, l’UMP 31 désignera d’ailleurs son nouveau président, le successeur de Jean-Luc Moudenc. Laurence Arribagé est annoncée comme grandissime favorite, jouissant d’une réelle côte d’amour auprès des militants. Pourtant, tout ne sera pas forcément un long fleuve tranquille. La conseillère régionale Élisabeth Pouchelon semble réfléchir à l’échéance, et commence à attaquer le bilan Moudenc/Arribagé : « Nous avons énormément de possibilités qui n’ont pas été, et qui ne sont toujours pas exploitées et encouragées. Nous n’avons quasiment plus de réunions au niveau des cadres, et on agit qu’avec du coup par coup. Nous avons encore beaucoup de territoires à conquérir, et il ne faut certainement pas s’arrêter à Toulouse. » Cela sonne presque comme une déclaration de candidature, non ? Chaud devant à l’UMP 31 pour les semaines qui viennent.

 

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