Romain Cujives : « L’épargne est le dogme de la municipalité toulousaine »

Romain Cujives

Intraitable. Alors que les élus de la ville ont commencé à étudier le budget primitif de 2016, Romain Cujives, conseiller municipal de l’opposition à Toulouse au sein du groupe socialiste, revient sur les choix budgétaires réalisés par la majorité. Il en profite pour répondre à Sacha Briand, adjoint au maire en charge des Finances, qui a participé à l’interview XXL de la dernière édition…

 

L’opposition dénonce la hausse des tarifs municipaux et la hausse des impôts, notamment. Pour Sacha Briand si la majorité n’avait pas pris ces mesures, le déficit de la ville atteindrait 34 millions d’euros. Que répondez-vous à cela ?

On assiste à un double vote du budget : celui de la ville et de la métropole et on constate que l’atteinte au pouvoir d’achat des Toulousains atteint un niveau sans précédent et sans commune mesure en France. Sont en cause, l’augmentation des impôts pour les particuliers et pour les entreprises, la hausse des tarifs municipaux dans les cantines et les CLAE notamment, la future hausse des tarifs des transports en commun que l’on voit venir, le fait que les associations devront désormais payer pour la location des salles municipales… D’un autre côté, on remarque l’arrêt de plusieurs projets. Si la majorité prenait ces mesures pour mettre en place une politique volontariste et porter de grands projets, on pourrait en discuter. Mais là, on ne sait pas où l’on va. La ville est à l’arrêt.

 

Vous faites référence à quels projets qui ont été arrêtés ?

Je pense à l’abandon du prolongement du tramway jusqu’à la gare, à l’abandon programmé du prolongement de la ligne B de métro jusqu’à Labège, à l’arrêt du projet de la Maison pour l’image. J’ai la sensation que tout cela est fait en vertu d’un dogme : l’épargne. La majorité veut constituer une cagnotte. Mais si elle n’a pas de projets à mettre en œuvre, elle ne peut pas se permettre de taxer les Toulousains ! L’épargne pour l’épargne n’a pas de sens. Dans la période de crise actuelle, il est impensable de ponctionner les revenus des gens pour épargner. On n’est pas élu pour mettre de l’argent en banque.

 

«  Je ne me rangerai pas derrière les adversaires de principe de la 3e  ligne »

 

Qu’est-ce que vous auriez fait, si la gauche avait été élue, pour faire face à la baisse des dotations de l’État ?

Cela doit se prévoir en amont, lors de l’élaboration du programme électoral. Avec Pierre Cohen, nous avions mis en place un programme qu’on pouvait tenir : les financements pour le PLB, le prolongement du tramway et la maison de l’image étaient bouclés. Jean-Luc Moudenc ne peut pas faire croire qu’il ne savait pas que les dotations de l’État allaient baisser. Ce processus a été engagé sous Nicolas Sarkozy et poursuivi par la gauche, ce que je dénonce. Donc pourquoi Jean-Luc Moudenc est-il le champion de France de la hausse des impôts ? Parce que c’est un choix idéologique. Pour faire face à la situation, il y a deux solutions : soit augmenter les impôts, soit faire preuve d’innovation dans le fonctionnement de l’institution, en mutualisant des actions avec Toulouse métropole, ou en dématérialisant certaines procédures par exemple.

 

Vous reprochez à Jean-Luc Moudenc, l’absence de projets structurants. Si la 3ème ligne de métro voit le jour, ce sera une infrastructure d’envergure pour la métropole. Soutenez-vous ce projet ?

 

Si Jean-Luc Moudenc porte la 3e ligne au bout, ce sera un grand projet qui va être important pour Toulouse. Je ne me rangerai pas derrière les adversaires de principe de cette ligne. Elle peut être l’une des solutions pour sortir Toulouse et sa périphérie des embouteillages. Mais je suis inquiet, pour plusieurs raisons. Le tracé est beaucoup trop toulousain, alors que la 3e ligne a vocation à être une ligne d’agglomération. La présentation du plan de financement a été repoussée, à ce jour nous ne savons toujours rien à ce niveau. Le calendrier qui fixe la mise en service en 2024 est impossible à tenir, donc il ne faut pas que ce projet se substitue aux autres solutions de transports en commun. C’est la raison pour laquelle la réalisation PLB est importante dans le Sud-est toulousain où chaque jour des milliers de personnes sont coincés dans les bouchons. Ils ne peuvent pas attendre quinze ans de plus, l’arrivée du métro.

 

Dans ce contexte de restrictions budgétaires, la municipalité affirme préserver deux secteurs : la sécurité et l’éducation. Est-ce que vous le constatez dans les faits ?

Ce sont deux sujets majeurs. En ce qui concerne l’éducation, est-ce vraiment une priorité quand on augmente les tarifs des cantines et des CLAE, quand on baisse les dotations d’un certain nombre d’écoles, quand on ferme l’école de Limayrac-Pugens ? L’éducation est davantage attaquée que défendue. Sur la sécurité, j’appartiens à une ligne minoritaire dans mon parti : je suis intraitable. Je crois que la gauche, c’est l’ordre, contrairement aux idées reçues. Mais je remarque l’incapacité de la majorité à régler ce problème. On a fait croire aux Toulousains que c’était une compétence de la ville. On a besoin de policiers supplémentaires, mais des policiers nationaux et non municipaux. Il faut renforcer le partenariat avec l’État sur ce point. Quant aux caméras de vidéosurveillance, je n’ai pas de problème de principe avec ce dispositif, mais cela coûte très cher alors que ce n’est pas une solution miracle. Le bilan de Jean-Luc Moudenc est catastrophique sur la sécurité.

 

 

CV express :

 

Né le 12 octobre 1984

À Toulouse

Profession : Directeur de cabinet adjoint du président du Conseil départemental et formateur dans l’enseignement supérieur

Fonctions politiques : Conseiller municipal d’opposition et conseiller métropolitain

Militant au PS depuis 2004

 

 

 

 

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