Région : les jeux de pouvoir commencent  

SYL jtoul-15-12-17

Pouvoir. Carole Delga a remporté une bataille, elle n’a pas encore gagné la guerre. La tête de liste socialiste doit encore passer l’épreuve du troisième tour, puis en cas de victoire, arriver à gouverner une majorité de gauche complexe. Dans l’opposition, c’est le Front national qui va mener la danse pendant que la droite se remet en question… Les futurs rapports de force se construisent aujourd’hui.

 

Les élections régionales n’ont pas sonné le glas des batailles de chapelles. Bien au contraire.  Qui aura vraiment le pouvoir dans cette future assemblée régionale ? Tel est l’enjeu des tractations actuelles. Le 4 janvier prochain, aura lieu le troisième tour, c’est-à-dire l’élection du président du Conseil régional. Logiquement, cette étape est une formalité pour la tête de liste qui a remporté les élections, en l’occurrence Carole Delga. Mais dans le cas présent, la situation s’avère plus compliquée que prévu. Les alliés d’entre-deux tours menés par l’écologiste Gérard Onesta, qui pèsent près d’un tiers des sièges de gauche, revendiquent la présidence de la future assemblée. Le leader de la liste ‘‘Nouveau Monde’’ préconise la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, qui serait présidé par Carole Delga, et l’assemblée, qui pourrait être présidée par lui. Pour l’heure, Carole Delga rejette l’idée en bloc, au risque de se mettre à dos une partie de ses alliés sans lesquels elle n’a pas la majorité pour gouverner. « Carole Delga n’a fait qu’exprimer le droit, ce que demande Gérard Onesta n’existe pas dans le droit français, on ne va pas changer la Constitution », défend Nadia Pellefigue, conseillère régionale sortante réélue aux côtés de Carole Delga.  Le Parti socialiste, qui a obtenu 49 sièges, pourra compter sans souci sur ses amis radicaux, qui n’ont aucun intérêt à se mettre à dos Carole Delga (d’autant qu’il ne faut pas ruiner les chances de Jean-Michel Baylet d’obtenir un poste au gouvernement). Mais cela fait un total de 66 voix, alors qu’il en faut 80 pour obtenir une majorité de votes. « Le PS doit comprendre ce qu’il pèse dans l’hémicycle et envisager une autre façon de faire », persiste Gérard Onesta, qui révèle que pour l’instant, il n’en a jamais encore parlé avec la socialiste. « Certains propagent des rumeurs selon lesquelles je veux diriger l’administration, ou créer un poste avec des émoluments supplémentaires, tout cela est faux ! » clame-t-il, « ces informations erronées sont peut-être savamment distillées pour empêcher tout accord… » Si celui-ci ne voit pas le jour, que se passera-t-il ? « Ce sera très compliqué pour Carole Delga, du 4 janvier au matin, et ce, pour 6 ans, car nous irons à la confrontation à chaque fois que quelque chose ne nous convient pas », prévient Gérard Onesta, « je suis tout à fait prêt à redevenir un conseiller régional de base, mais cela va libérer ma parole et elle peut porter. » Coup de bluff ? Gérard Onesta en a l’habitude. Lui qui criait à qui voulait l’entendre qu’il ne se rallierait pas si facilement à une représentante de la « gauche libérale gouvernementale », pour au final prendre cette décision « en une demi-seconde » au soir du premier tour. Le risque du FN est bien sûr l’explication, mais rappelons que Louis Aliot a réalisé le score qui était annoncé par tous les sondages depuis des mois…  Pour certains observateurs de la vie politique toulousaine, « Gérard Onesta est en train de faire beaucoup de mal à la gauche, cette attitude prouve qu’il n’a pas pris la mesure de la montée du FN. Il est arrivé derrière au premier tour, il doit rester derrière. Point. » Peut-il vraiment faire peur aux socialistes ? « On présente cette situation comme inédite et singulière, mais le PS n’avait déjà pas la majorité sans ses partenaires de gauche, lors de la dernière mandature », rappelle Nadia Pellefigue, « on va faire ce qu’on a toujours fait c’est-à-dire travailler ensemble en bonne intelligence », poursuit-elle, confiante. À noter que le groupe Nouveau Monde pourrait également se diviser en chapelles : « On ne sait pas encore si on constitue un seul groupe avec une sous-composante ou un intergroupe qui représente les deux principales tendances, EELV et le Front de gauche, mais notre idée est de continuer à travailler en commun, ceux qui comptent sur notre division vont être déçus ! » précise Gérard Onesta. La décision sera prise « dans les prochains jours ».

« Le PS n’avait déjà pas la majorité sans ses partenaires de gauche, lors de la dernière mandature »

Pendant ce temps à droite, la cuisante défaite de Dominique Reynié réveille les divisions internes. Ce qui est fréquent après un échec électoral. Avec 25 élus à l’assemblée, la droite pourrait pâtir de ces querelles, qui commencent par le choix de la présidence du groupe d’opposition. Dominique Reynié serait a priori le candidat naturel en tant que tête de liste. Mais il est contesté par certains barons du parti, dont le maire de Lavaur Bernard Carayon qui n’a pas mâché ses mots au lendemain du second tour : « La défaite de Dominique Reynié est humiliante. Son score traduit bien l’échec personnel de notre candidat. C’est aussi l’échec d’un représentant de la société civile à laquelle certains prêtaient la vertu de la nouveauté et la capacité à mobiliser les abstentionnistes, visiblement ignorées par les électeurs. » Celui-ci ne cache pas sa volonté de prendre le leadership de l’opposition, mais Dominique Reynié ne va pas lâcher le morceau comme ça. Au risque qu’il y ait deux groupes ? « Cela ne doit pas arriver, on va être ridicules. On doit régler cette histoire par un vote interne pour choisir le président et le perdant devra se plier au résultat », plaide un membre des Républicains 31. Les modalités pratiques du choix du président de groupe n’ont pas encore été définies. De même, on ne connait pas encore le nombre minimum d’élus nécessaire pour constituer un groupe. Ce sera déterminé par le futur président de l’assemblée régionale, qui peut décider « d’instaurer un seuil bas pour favoriser la diversité d’expression, mais aussi la division de l’opposition… », remarque un fin connaisseur de l’institution régionale. La division de la droite en deux groupes aurait une conséquence directe sur son poids politique, car les moyens accordés à un groupe et sa visibilité dépendent directement du nombre d’élus, que ce soit la possibilité de salarier des collaborateurs, le temps de parole dans l’assemblée, le droit d’expression dans le magazine institutionnel, le droit à la formation, la mise à disposition de locaux… Rester unie est un enjeu primordial pour la droite régionale. Celle-ci a déjà été divisée par le passé, mais elle restait malgré tout la principale force d’opposition. L’entrée des 40 élus FN à l’assemblée régionale change la donne…

Du côté du Front national, pas de querelles, pas de voix dissonantes. Grâce à son score historique, ce parti prend une place de choix dans l’hémicycle. « Le ou la futur(e) président (e) devra faire avec le FN et être attentif à nos remarques », prévient Julien Léonardelli, secrétaire départemental du FN 31 élu conseiller régional. 40 élus, cela ne suffit pas, pour mettre à mal à la majorité. Mais le FN compte sur la division de la gauche pour s’imposer : « Ils ne s’entendent pas sauf sur le fait qu’il faut faire barrage au FN », lance l’élu FN. Sinon, il suffira d’associer leurs voix à celles de la droite pour faire échouer une mesure. « Mais lorsqu’on nous présentera un projet intéressant qui ira dans le bon sens, on votera pour », nuance Julien Léonardelli. Il reste tout de même un point à régler : qui prendra le leadership du groupe FN ? Louis Aliot ne siégeant pas dans l’opposition, il faut désigner une autre personnalité : « nous allons réunir nos élus autour de Louis Aliot pour en décider », explique Julien Léonardelli, qui compte bien également présenter un candidat pour la présidence de l’assemblée.

 

 

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