[Politic portrait] Pierre Trautmann dans la lumière malgré lui

Pierre Trautmann ®franckalixCaractère. Quand on est passionné par la politique, il y a des rencontres que l’on attend plus que d’autres. Celle avec Pierre Trautmann en fait partie … Quelques lignes ne suffisent pas, car les pages de cette vie méritent un livre. L’adjoint de Jean-Luc Moudenc (en charge des marchés publics) se livre.

L’homme est souvent craint et admiré à la fois. Il a même cette particularité dans le milieu politique de préférer l’ombre à la lumière. Répondre aux journalistes n’est d’ailleurs pas son rendez-vous préféré : « Je me méfie toujours », nous lance-t-il avec franchise. Dans un premier temps, l’intéressé avait même hésité à nous répondre, le service presse de la mairie nous informant de son retour : « Pourquoi moi ? N’y a-t-il pas des élus plus importants que moi dans cette maison ? » Avec notre photographe nous entrons donc sur la pointe des pieds dans un bureau dépouillé au troisième étage du Capitole.  Si Pierre Trautmann est allemand de naissance, « un pur hasard car ma mère s’y trouvait pour des raisons professionnelles », l’enfance, vécue dans un milieu modeste, est alsacienne (Strasbourg) et heureuse. Nous sommes là encore dans l’introduction de notre échange avec l’ancienne éminence grise de Dominique Baudis … L’armure est encore loin d’être fendue. L’homme n’aime pas forcément parler de lui et des siens. Est-ce une protection ? L’envie de préserver un jardin secret ? Une vraie pudeur ? Une humilité sincère ? Il y a sans doute un peu de tout ça dans l’écorce de ce pan de l’histoire politique de notre ville. Mais dans la chair de cet homme, on ressent une profondeur qui vient sans doute de loin : « J’ai vécu mon enfance dans un orphelinat dans lequel mes parents travaillaient. » Le temps des études vient ensuite. Elles seront scientifiques pour Pierre Trautmann, sans doute pour justifier sa rigueur connue de tous. Polytechnicien, il arrive ensuite à Toulouse via l’ENAC (école nationale de l’aviation civile) … : « C’est là que je suis tombé amoureux de cette ville ! » Tout un parcours qui emmène notre cible de la semaine au Ministère des transports puis dans un SGAR (secrétariat général aux affaires régionales.)

« Baudis : Une largeur de vue rarissime »

En 1984, la rencontre qui fait basculer sa vie a lieu … Dominique Baudis cherche un nouveau Directeur général des services pour la mairie de Toulouse : « Un homme avec une largeur de vue rarissime. À chaque grande décision qu’il devait prendre, il ne se posait qu’une seule question : « Est-ce dans l’intérêt de ma ville ? » C’est toujours très agréable de travailler avec des élus qui savent autant transcender les clivages politiques. » Suivent alors trois mandatures d’une connivence rare entre les deux hommes, « il y avait une confiance réciproque entre nous, et tout le monde le savait. » À tel point que Pierre Trautmann devient alors l’homme par qui tout passe au Capitole, la fameuse éminence grise  à l’influence certaine : « Je savais qu’il ne se représenterait pas en 2001, j’étais dans la confidence depuis longtemps. Il a choisi Philippe Douste-Blazy après avoir commandé des sondages de notoriété … Il ne laissait rien au hasard. » À l’arrivée de Pierre Cohen en 2008, l’homme plie bagage, « logique » selon lui. Il débarque alors à Nice, et collabore ainsi aux côtés  d’un autre maire charismatique, Christian Estrosi : « Il est d’un dynamisme incroyable. Tous les matins il se réveille avec une nouvelle énergie à faire partager … Autant Baudis était l’adepte du consensus, autant Estrosi aime cliver. » L’heure de la retraite sonne et Pierre Trautmann rentre dans sa ville de cœur. Il décide alors de s’impliquer dès 2011 auprès de Jean-Luc Moudenc : « Je savais qu’il n’y aurait pas de parachutage dans cette ville et qu’il était donc l’homme de la situation. » Depuis le 4 avril de l’année dernière, Pierre Trautmann murmure de nouveau à l’oreille de l’édile … Mais cette fois-ci en tant qu’élu : « L’évolution de Jean-Luc me surprend énormément. Il bosse, se coltine les problèmes, va au-devant de la population, fait des discours sans notes … C’est un grand maire. » Cela tombe plutôt bien, car Pierre Trautmann est un grand monsieur.

 

3 années phares

1984 : 1ère rencontre avec Dominique Baudis

2008 : Départ de la mairie de Toulouse en tant que DGS, et arrivée à la mairie de Nice

2014 : Il devient adjoint de JL. Moudenc

 

Bonus Web :

L’affaire Alègre : « Triste épisode »

Pierre Trautmann se souvient avec une émotion certaine de l’éclatement de l’affaire en 2003 : « Avant la sortie de l’affaire dans La Dépêche du Midi il y avait eu les rumeurs, mais sans que le nom de Dominique Baudis ne soit cité. Puis un élu est venu me voir en me disant qu’il fallait que je prévienne vite Dominique, le scandale allait sortir. Même si c’était dans une période durant laquelle nous nous fréquentions beaucoup moins (Baudis était alors pdt du CSA, ndlr), j’ai pu constater que depuis cette affaire l’homme n’était plus le même. Je me souviens notamment d’un déjeuner avec nos épouses respectives en pleine affaire … Il n’avait pas mangé, et son téléphone sonnait en permanence. C’était un homme traqué ! »

 

 

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