Kader Arif : « La gauche doit incarner le progrès et la liberté »

Kader Arif

 

Vigilant.  Député de la 10e circonscription de Haute-Garonne, Kader Arif s’est impliqué récemment dans le dossier PLB (prolongement de la ligne B du métro jusqu’à Labège). À l’Assemblée, l’élu socialiste a pris des positions tranchées : il a voté contre la réforme constitutionnelle, et attend aujourd’hui des « améliorations » de la loi Travail.

 

La semaine dernière, vous avez été à l’initiative d’une réunion au ministère des Transports au sujet du PLB, à laquelle ont participé des élus régionaux de gauche. Pourquoi ?

C’est un projet qui me parait indispensable, pas seulement pour ma circonscription, mais pour toute la métropole. Il sert les intérêts des citoyens, qui en ont besoin dans leurs déplacements quotidiens. Il sert les intérêts économiques en favorisant l’attractivité des entreprises sur le secteur. Enfin, il sert les intérêts environnementaux en réduisant la part de la voiture dans les déplacements domicile-travail. Si on organisait un référendum, une majorité de citoyens se prononcerait pour la réalisation du PLB. Tout le monde se demande pourquoi il n’a pas vu le jour. Le financement était prêt, les études techniques ont été menées. Avec le changement de majorité à Toulouse, le projet a été bloqué au profit de la 3e ligne métro souhaitée par Jean-Luc Moudenc. Un choix irrationnel qui ne répond pas à l’urgence sur le terrain.

La majorité métropolitaine et de Tisséo n’étaient en revanche pas représentés lors de cette réunion. N’est-ce pas difficile de trouver un compromis dans ces conditions ?

Les élus du Département, du Sicoval et de la Région ont discuté avec la métropole toulousaine et ont accepté l’idée de la 3e ligne de métro. Ils ont essayé de trouver une solution, mais les portes se sont fermées les unes après les autres. Aujourd’hui, nous proposons une mouture du PLB à 3 stations de métro au lieu des 5 initialement prévues. Ce qui est encore une preuve de bonne volonté.  J’ai pris l’initiative de cette réunion afin de demander à l’État une aide supplémentaire pour réduire la part de Tisséo dans ce projet. Le ministre des Transports Alain Vidalies, qui s’était déjà engagé 20,5 millions d’euros, a proposé de verser 15 millions supplémentaires. Le Département et la Région sont également prêts à faire un nouvel effort financier. Il ne reste plus que 25 millions d’euros à la charge de Tisséo. Si la métropole et Tisséo ne souhaitent toujours pas faire ce projet, ce n’est plus une question de budget, mais de politique pure. Ils doivent être reçus par le ministre à la fin du mois. C’est à eux maintenant de prendre une décision. Soit, ils font preuve d’ouverture d’esprit pour trouver une solution, soit ils décident de ne pas prendre en compte l’intérêt général… Dans ce cas ils en porteront la responsabilité.

 

Au niveau national, le mouvement Nuit Debout prend de l’ampleur. En tant que parlementaire, que pensez-vous de ce soulèvement ?

Je respecte ce mouvement même si je regrette les derniers débordements qui ont eu lieu. Je crois qu’il y a une nécessité de s’exprimer, notamment chez les jeunes. Mais il faut également trouver une traduction politique à cela, comme on l’a vu en Espagne avec Podemos. J’entends ce qui est dit à travers Nuit Debout. Le monde d’aujourd’hui est fait de contraintes, de règlementations, d’inquiétudes, d’angoisses… Au-delà des difficultés économiques et sociales, je pense qu’il ne faut pas créer un pays anxiogène. On ne peut pas faire vivre une jeunesse sans espoir et sans rêve ! La gauche doit incarner le progrès et la liberté. Peut-être qu’elle n’y parvient pas totalement, il faut en prendre conscience et prendre ce problème à bras le corps. Je crois qu’il faut revenir à l’essentiel de notre République. De l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’est-ce qu’on met derrière le mot République ? Pour moi, qui suis issu d’une famille modeste, il a eu un sens dans ma vie. Elle doit permettre à chacun de trouver sa place dans notre société.

« Je tiens au Parti socialiste comme à la prunelle de mes yeux »

 

La loi Travail est à l’origine de cette contestation. Le projet initial a été en partie revu en commission parlementaire à l’Assemblée nationale. Qu’en pensez-vous à ce stade ?

Il y a un vrai travail mené par Christophe Sirugue, rapporteur du projet. Il doit arriver début mai à l’Assemblée nationale et d’autres amendements vont être déposés. Il faut aller plus loin afin de trouver un meilleur équilibre pour le droit des salariés. Il faut qu’on soit capable d’évoluer et d’écouter la nouvelle donne économique. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de la protection salariale. Je pense qu’on peut encore améliorer cette loi, mais je n’en demande pas le retrait pour autant.

En revanche, je suis pour le respect du Code du travail, donc pour que l’accord de branche reste au-dessus de l’accord d’entreprise (contrairement à ce que prévoit le projet de loi actuellement, NDLR). Si ce dernier doit amener plus d’insécurité au sein de l’entreprise, je ne suis pas d’accord.

 

Est-ce que vous pourriez être séduit par un mouvement comme En marche, lancé par Emmanuel Macron ?

Je tiens au Parti socialiste comme à la prunelle de mes yeux. Un nouveau mouvement est créé, mais quelle est sa philosophie, pour quoi faire, quel est le sens à mettre derrière ? Je ne suis ni dans la critique ni dans la séduction. Je ne crois pas que les partis soient dépassés. Ils sont à réformer, il faut changer leur mode de fonctionnement, leur mode de relations avec les autres, attirer plus de jeunes…

 

Vous avez signé une tribune dans Le Monde au sujet du traité transatlantique TAFTA, pouvez-vous nous expliquer ?

Les négociations sont menées dans le plus grand secret. Il y a un manque de transparence qui met à l’écart du débat les citoyens et les parlementaires. Cela m’insupporte. Cet accord va impacter la vie des gens. Est-ce qu’il va revenir sur l’exception culturelle française ? Est-ce qu’il va permettre une libéralisation de notre système éducatif ? Ce sont des sujets majeurs, les parlementaires doivent être associés aux discussions. D’autant que le Congrès américain est, lui, directement partie prenante. Ce texte nous sera tout de même soumis, et s’il ne faut pas le voter, on ne le votera pas.

 

Où en est l’affaire dite ‘‘AWF’’, dans laquelle vous êtes soupçonné de favoritisme envers des membres de votre famille ?

L’enquête est en cours. Je ne commente pas une affaire en cours. Je m’exprimerai le moment venu.

 

 

CV express

Né le 3 juillet 1959

À Alger

Profession : Cadre administratif

Fonction politique : Député de Haute-Garonne

Militant au PS depuis 1983

 

 

 

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