[Interview XXL] France Jamet : « Je n’ai aucun complexe, nous avons fait notre travail »

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VIRULENTE. Présidente du groupe FN au Conseil régional, France Jamet est une ancienne élue de la région Languedoc-Roussillon. Engagée au Front national depuis le plus jeune âge, elle a suivi les traces de son père Alain Jamet, proche de Jean-Marie Le Pen, qui a créé la fédération de l’Hérault. Aujourd’hui, elle mène le premier groupe d’opposition régionale face à la majorité menée par Carole Delga. 

Suite à l’assemblée plénière du 18 janvier, vous avez engagé deux recours contre la décision qui a acté les représentants du Conseil régional dans les organismes extérieurs. Pourquoi ? Où en sont ces procédures ?

J’ai posé deux requêtes au tribunal administratif de Toulouse. L’une en référé pour suspendre la décision, l’autre en annulation. Il n’y a aucun élu du Front national dans les organismes extérieurs, ce qui pose problème. Nous sommes le premier groupe d’opposition avec 40 élus, soit 9 de moins que les socialistes et deux fois plus que la droite ! La règle des équilibres politiques doit s’appliquer. Sur la forme, la décision a été prise de manière arbitraire par l’exécutif. Carole Delga a imposé un vote bloqué pour l’ensemble des organismes. Nous l’avons refusé, car nous souhaitions voter organisme par organisme. On nous a répondu qu’on allait y passer la nuit, mais c’est la loi. Nous avons également demandé un vote à bulletin secret, ce qui a été refusé. L’audience pour le référé se déroulera à Toulouse le 16 février prochain.

La majorité comme le groupe Républicain ont dénoncé une obstruction systématique du FN qui aurait ralenti les débats. Que répondez-vous à cela ?

C’est le degré zéro de la politique. Nous avons été constructifs du début à la fin. Nous avons déposé 20 amendements qui favorisaient tous une meilleure représentativité de l’institution. Par exemple, nous avons proposé de rendre la commission permanente publique, de l’ouvrir aux citoyens et aux journalistes. Carole Delga a renforcé les compétences de cette commission, ce qui s’y passe mérite une plus grande publicité. Cela nous a été refusé. Nous avons proposé la parité au bureau de l’assemblée. Gérard Onesta a précisé que c’était une de ses propositions de campagne, mais a voté contre, car la proposition venait de notre groupe. Je n’ai aucun complexe, nous avons fait notre travail.

 

Vous n’avez pas voté le maintien des indemnités des élus à leur niveau (alors que le plafond induit par le nouveau territoire était plus élevé), car vous souhaitiez un abattement de 30%. N’est-ce pas populiste, sachant qu’un territoire plus grand induit des frais de déplacement plus élevé ?

Nous ne voulons pas revenir sur les défraiements, car effectivement le territoire est très grand et les déplacements d’un point à un autre sont plus coûteux. Par rapport aux indemnités, il est cohérent de tenir compte de la difficulté des gens et de s’imposer à nous-mêmes l’austérité. Mais il est nécessaire de revoir le statut de l’élu. À part les fonctionnaires qui peuvent se mettre en disponibilité, il est très difficile de mener une activité professionnelle et une vie d’élu. Cela demande de plus en plus de temps et de travail. Si l’on veut que la société civile soit mieux représentée, il faut lui donner la possibilité de s’engager et de reprendre une activité par la suite.

« La guerre Toulouse-Montpellier n’a pas eu lieu, elle était perdue d’avance »

L’une des premières mesures phares annoncées par Carole Delga est le plan Marshall pour l’emploi qui a pour objectif de relancer le secteur du BTP. Qu’en pensez-vous ?

Nous ne savons absolument rien de ce plan. Pour l’instant, c’est un effet d’annonce. Quand il s’agit de favoriser l’emploi, tout est bon, et on a besoin du BTP. Mais d’où vient l’argent ?  Il sort forcément de la poche de quelqu’un, c’est-à-dire du contribuable. Les subventions que les responsables politiques se targuent d’avoir obtenues auprès de fonds européens, elles viennent de la poche de la France qui a donné 21 milliards d’euros à l’Europe. Cet argent, il est à nous. Ce n’est pas un cadeau. Pour revenir au BTP, c’est un secteur qui subit l’austérité et la crise économique qui n’en finit plus… Ce sont les conséquences de la politique gouvernementale qu’a soutenue Carole Delga lorsqu’elle était secrétaire d’État.

Vous êtes une élue issue du Languedoc-Roussillon, est-ce que vous avez des inquiétudes quant à l’équité des territoires entre les deux anciennes régions ?

Il y a une concurrence déloyale entre Toulouse et Montpellier, dont on va souffrir. J’ai toujours été contre cette réforme qui a été faite dans un souci d’économies, mais on sait aujourd’hui qu’elles ne seront pas eu rendez-vous. J’avais averti Philippe Saurel (maire de Montpellier) de l’importance qu’allait prendre Toulouse dans la nouvelle région. En Midi-Pyrénées, Toulouse a happé toutes les forces et a créé une désertification du territoire. Nous serons très attentifs à ce problème.

Philippe Saurel et Jean-Luc Moudenc ont pourtant signé un accord de partenariat pour que « la guerre entre Toulouse et Montpellier n’ait pas lieu »…

La guerre n’a pas eu lieu, elle était perdue d’avance. Philippe Saurel le sait, mais c’est un communicant. Quand on sent que les choses nous échappent, il faut donner l’impression de les accompagner, de les maitriser. Carole Delga a bien annoncé que l’assemblée plénière se déroulerait à Montpellier. Nous allons faire une ou deux expériences au Corum ou au Parc des expositions, puis on va nous expliquer le coût exorbitant que cela engendre et on finira par revenir à Toulouse. Nous n’avons aucune illusion là-dessus. Mais le plus important, ce n’est pas l’endroit où l’on se réunit, mais les centres névralgiques. À ce niveau, rien n’accompagne les déclarations de Carole Delga.

CV express :

Née le 5 février 1961

À Paris

Profession : a été secrétaire juridique et secrétaire de rédaction pour le journal syndical Le Légitime (de la Confédération de défense des commerçants et des artisans)

Fonction politique : Présidente du groupe FN au Conseil régional

Militante au FN depuis l’âge de 12 ans

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