[Interview XXL] Dominique Reynié : « la vraie opposition, ce sera nous »

©Franck Alix/JT
©Franck Alix/JT

VOLONTE. Le candidat de la droite aux dernières élections régionales, Dominique Reynié, est aujourd’hui président du groupe d’opposition LR-UDI-Modem au Conseil régional de Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Entre la majorité de gauche et les 40 élus du FN, Dominique Reynié va devoir trouver sa place tout en tenant son camp uni… Un défi de taille pour un premier mandat.

Avec le recul, comment analysez-vous aujourd’hui les résultats des élections régionales en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées ?

On entend souvent parler de la large victoire de la gauche, mais elle est en recul de 20 points par rapport aux dernières élections régionales sur les deux anciennes régions. Bien sûr, je regrette de ne pas avoir été premier, mais le territoire n’est plus électoralement à gauche, car il a basculé vers le FN. Le drame du 13 novembre a favorisé la mobilisation de l’électorat de gauche. Mais ces résultats sont fragiles, artificiels. J’ai le sentiment qu’on nous a empêchés de faire de campagne. Elle a été perturbée par le gouvernement depuis de début, dès le choix du calendrier électoral, puis par des thématiques imposées comme le réchauffement climatique, le Front national, l’union républicaine… La campagne a été nationalisée, ce qui profite toujours au FN qui a un discours de généralités. On n’est pas arrivés pas à avoir une vraie discussion sur le fond, et je continue à penser que nous avions le meilleur programme, le seul qui était chiffré et réaliste. Mais nous n’avons pas pu le faire vivre. Les tensions internes ont également joué un rôle très important. La polémique sur mon éligibilité lancée par mon propre camp a été très coûteuse.

Certains contestaient votre légitimité pour présider le groupe de la droite. Comment s’est passée votre nomination en interne ?

J’ai organisé une réunion à Carcassonne, le 19 décembre dernier pour revenir sur la campagne et désigner le président du groupe. Il fallait absolument éviter le spectacle de la division après la défaite. Je me suis présenté pour occuper cette fonction, car cela me semblait logique et cohérent par rapport à la campagne. Personne d’autre n’a candidaté. Maintenant, je dois m’attacher à ce que le groupe reste uni. Je l’espère, mais je ne peux pas le garantir. Ce serait présomptueux de ma part. Nous avons réussi à nous mettre d’accord sur les élus qui participeront à la commission permanente, ce qui nous a permis d’obtenir 8 sièges, le maximum qu’on pouvait avoir.  Ce n’était pas gagné d’avance, donc c’est un bon début.

Le principal groupe d’opposition au Conseil régional est le Front national. Comment comptez-vous faire peser la voix de la droite ?

On a des idées à faire valoir. Je suis particulièrement préoccupé de la situation de l’emploi et on fera des propositions sur ce plan. Je compte sur l’absence d’idées du FN, qui va mettre en place une opposition procédurière, systématique, politicienne. Cela a un effet dans l’hémicycle, mais c’est inaudible et stérile à l’extérieur. Le rôle de l’opposition est d’être très ferme, mais lorsque nous serons d’accord avec certaines propositions, nous voterons pour. Quant à la gauche, Carole Delga va être en négociation permanente avec certaines composantes de l’extrême gauche. Il va y avoir des tensions notamment sur l’agriculture, sur les transports et sur le soutien aux grandes filières économiques.

« La polémique sur mon éligibilité lancée par mon propre camp a été très coûteuse »

Sur quels points en particulier allez-vous focaliser votre vigilance ?

Nous serons vigilants sur tout ce qui entravera l’activité des artisans, des commerçants et des agriculteurs, mais également sur l’équilibre des territoires dans la fusion et sur l’aide apportée aux zones rurales. La Lozère, par exemple, est très peu représentée dans l’assemblée régionale. Puis, nous veillerons à ce que la fusion soit rapidement une source d’économie et pas de dépenses supplémentaires. Carole Delga a annoncé un plan pour l’emploi qui coutera 800 millions d’euros en 2016. D’où vient cet argent ? Est-ce qu’on va emprunter ? À qui ? À quel taux ? Nous ne savons pas. Et de manière générale, nous n’avons aucune évaluation du coût de la fusion. Pourtant la gauche est au pouvoir, elle a l’appareil d’État qui lui permet de réaliser ce travail.

Il est possible que sur certaines délibérations, le vote de votre groupe et celui du FN se rejoignent contre une politique proposée par la majorité. Est-ce un souci particulier ?

Oui, il se peut que nous arrivions à la même opposition face à la gauche, mais ce n’est pas un problème. Cela ne signifie pas autre chose. Il n’y a aucune raison de penser que nous nous associerons avec le FN. La vraie opposition, ce sera nous. Tandis que le Front national agira comme un trublion, de manière outrancière et bruyante.

 

Que pensez-vous de la fonction de président du Bureau de l’assemblée, une nouveauté de la gouvernance Delga, qui est attribuée à Gérard Onesta (EELV) ?

Je ne sais pas à quoi servira le président du bureau de l’assemblée. Gérard Onesta en a parlé lors de la première assemblée plénière, mais il resté très vague en affirmant vouloir ‘‘réinventer la démocratie’’. J’y ai vu une sorte de président délégué. Il faudrait qu’on nous explique, en pratique, quel sera son rôle.

 

CV express

Né le 17 juin 1960

À Rodez

Profession : Professeur d’université à Sciences Po

Fonction(s) politiques(s) : conseiller régional en LRMP et président du groupe LR-UDI-Modem

Militant aux Républicains depuis avril 2015

Signe distinctif : Karatéka

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