[Interview XXL] Christophe Lubac : « L’urgence est de décongestionner le Palays »

Portraits Mr Lubac
Christophe Lubac, maire de Ramonville ©VincentLaratta

CONTRE-ATTAQUE. Le maire de Ramonville s’est exprimé publiquement, la semaine dernière, sur le sujet épineux du PLB (prolongement de la ligne B jusqu’à Labège). Un dossier éminemment politique qui oppose le Sicoval à Toulouse métropole. Christophe Lubac a souhaité mettre les points sur les i et apporter une proposition au débat.

Pourquoi avez-vous décidé de vous exprimer en votre nom au sujet du PLB ?

Le maire de Toulouse a mis en cause la mairie de Ramonville en affirmant que nous n’avons pas défendu le PLB sous la mandature de Pierre Cohen. C’est faux ! En aout 2010, le conseil municipal a affirmé que le métro était la meilleure solution pour desservir Labège. Nous avons confirmé notre position en 2011 en proposant de participer financièrement au PLB à hauteur de 4 millions d’euros. Visiblement, Jean-Luc Moudenc a oublié de préciser ce détail. Le débat entre 2008 et 2010, c’était la question du financement, car le SMTC était au bord de la faillite. L’amendement Payet a fait sortir le conseil départemental du SMTC, et il a fallu revoir tous les projets en cours, dont le PLB qui était à l’époque financé à 100% par Tisséo. Il y a eu un débat pour faire tomber sa participation à un tiers. La gauche a permis de financer le PLB, on ne peut pas faire fi de l’histoire !

Vous avez pris position contre la proposition de Jean-Luc Moudenc de desservir Labège via la 3e ligne de métro et un téléphérique entre Ramonville et cette future ligne. Pourquoi cette solution ne vous convient-elle pas ?

Ce n’est pas sérieux au regard de l’urgence de la situation dans le Sud-est toulousain. La 3e ligne ne sera pas en service avant 2028 ou 2030 (le calendrier officiel prévoit la date de 2024, NDLR). Si on se réfère à la ligne B, les travaux ont duré 14 ans. Sachant que pour la ligne TAE, Jean-Luc Moudenc a annoncé qu’il faudrait 2 ans pour boucler le budget. Pendant ce temps, les Toulousains restent coincés dans les bouchons au Palays. Quant au téléphérique, une connexion à l’INPT est envisagée, mais tant que la 3e ligne de métro n’y arrive pas, il ne débouchera sur rien. Et il va se passer 6 ou 7 ans entre la mise en place du téléphérique et l’arrivée de la 3e ligne. Décongestionner le Palays permettrait de fluidifier le trafic sur l’ensemble des rocades toulousaines et le téléphérique ne répond pas du tout à cette problématique.  À l’approche de l’échangeur du Palays, on comptabilise 54 000 véhicules par jour. 80% de ce trafic passe par le Palays et 20% se dirigent vers Montaudran. Jean-Luc Moudenc propose de mettre en place un téléphérique pour les 80% du flux et un métro pour les 20%. D’ici l’arrivée de la 3e ligne, le flux va encore augmenter et la situation empirer. Le Parc technologique du Canal, qui serait desservi par le téléphérique de Jean-Luc Moudenc, va passer de 34 à 61 hectares sur les 10 prochaines années. Cet équipement ne sera plus adapté aux besoins au vu du développement du parc.

« La gauche a permis de financer le PLB, on ne peut pas faire fi de l’histoire ! »

Qu’est-ce que vous proposez ?

Si on considère que les 145 millions du PLB remettent en cause le financement de la 3e ligne, estimé à 1,7 milliard d’euros, ce dont on peut douter, je propose de réaliser le PLB comme prévu puis de connecter la 3e ligne à l’INPT par un téléphérique. C’est une question de logique puisque ça correspond au flux de voitures. C’est une proposition de compromis. Mais si Jean-Luc Moudenc faisait preuve d’une vraie vision pour le territoire, il connecterait les deux lignes à l’INPT.

 

Cela reviendrait à réaliser deux lignes de métro à Labège, n’est-ce pas un problème du point de vue de l’équité des territoires ?

Cet argument n’a aucun sens. Il faut regarder quels sont les besoins de nos concitoyens. Dans la grande région, si ceux qui viennent de l’Aude ou de l’Hérault posent leur voiture à la sortie de Toulouse, on a gagné le combat des transports en commun.  Ramonville a toujours souhaité un PDU (plan de déplacement urbain) équilibré. Mais le flux extérieur à l’agglomération toulousaine se concentre essentiellement sur l’axe Bordeaux-Montpelier. L’objectif n’est pas de faire arriver deux lignes de métro à Labège, mais de décongestionner le Palays, ce qui aura des répercussions le trafic dans le Sud-Ouest toulousain. Tout est lié.

Ce dossier est l’objet d’un ping-pong politique entre Jean-Luc Moudenc et la gauche toulousaine. Qui porte la responsabilité du fait que Labège attende toujours son métro ?

Jean-Luc Moudenc a soutenu le PLB quand il était infinançable et il devient contre ce projet le jour où il est possible de le réaliser. Les socialistes n’ont jamais été contre le prolongement de la ligne B. Le maire de la quatrième ville de France devrait prendre de la hauteur et rassembler les élus métropolitains pour trouver une solution, au lieu d’avancer des arguments fallacieux contre le PLB.

CV express

le 26 avril 1977

À Toulouse

Profession : Fonctionnaire territorial

Militant au PS depuis 2000

Fonctions politiques : Maire de Ramonville, vice-président du Sicoval en charge de l’évaluation des politiques publiques

1 COMMENTAIRE

  1. Je partage évidemment le diagnostic sur l’urgence de décongestionner le Palays.
    Mais arrêtons ces polémiques politiciennes. Voyons les choses en face, les travaux n’ont pas été lancés avant la date limite : le PLB ne se fera pas dans la configuration souhaitée initialement par le Sicoval.
    C’est évidemment une déception pour le transport dans le Sud-Est Toulousain car ce projet devait voir le jour en 2020.
    S’il faut trouver des responsabilités, cherchons les des 2 côtés. M. Lubac n’a-t-il pas soutenu, il y a quelques années, une liaison Ramonville – Labège sans métro ?
    Sa toute dernière proposition (réaliser le PLB et relier Labège à Montaudran en téléphérique) relève davantage d’une ultime tentative de politique-spectacle que d’une preuve de bon sens.
    En effet, raisonner sur les flux routiers du Palays seuls, sans prendre en compte les points de départ et d’arrivée des automobilistes est une erreur technique flagrante.
    Aujourd’hui, la priorité doit être de favoriser le dialogue entre le Sicoval et Toulouse Métropole et de s’assurer que la 3ème ligne (Toulouse Aerospace Express) arrive bien à Labège.
    A plus court terme, travaillons avec Tisséo pour trouver des solutions concrètes aux problèmes liés au terminus de Ramonville-Buchens : accès routiers saturés et stationnements sauvages.

    Patrice BROT
    Conseiller Municipal à Ramonville
    Conseiller Communautaire au Sicoval

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