Haute-Garonne : Ces maires indétrônables

jtoul-16-03-04

Barons. À l’heure où le renouvellement politique est sur toutes les lèvres et semble être une aspiration de la population, certaines villes sont dirigées par le même maire depuis 20 ou 30 ans. Élus de manière démocratique, comment expliquer leur longévité ?

 

Déloger un maire sortant, mission impossible ? Les élections municipales de 2014 ont engendré un certain renouvellement des figures politiques haut-garonnaises. La ‘‘vague bleue’’ a fait tomber plusieurs villes de gauche, permettant à un Vincent Terrail Novès (LR) de prendre Balma, Alain Chaléon (Modem) Cugnaux, Dominique Faure (UDI) Saint-Gaudens… « C’est la défaite la plus lourde que la gauche ait connue », se souvient le député socialiste Christophe Borgel, qui est également secrétaire national du parti en charge des élections. Depuis, il y a eu quelques changements : le sénateur socialiste Claude Raynal a démissionné de son mandat à Tournefeuille, et Bruno Costes a remporté un recours administratif invalidant l’élection du sortant à Pibrac. Mais lorsque l’édile s’accroche à son fauteuil et enchaîne les mandats, les nouvelles figures peinent à émerger. Il reste aujourd’hui encore un certain nombre de maires élus depuis 20 ans ou plus dans leur commune, et ce, toutes tendances politiques confondues. À Labège, Claude Ducert (ex PS devenu EELV) a été élu pour la première fois en 1971, Raymond Roger Stramare (DVD) est en place depuis 1977 à Saint-Alban, le sénateur Alain Chatillon (UDI) tient la commune de Revel depuis 1989, année où également été élu Louis Escoula (PS) à Plaisance-du-Touch. On peut également citer Grégoire Carneiro (LR), élu depuis 1995 à Castelginest ou encore Bernard Keller (PRG) maire de Blagnac depuis 1996.

Autant de maires réélus à chaque élection par leur population. « Le rapport de l’électeur au non-cumul, que ce soit de plusieurs mandats simultanés ou dans le temps, est paradoxal. De manière générale, les gens sont contre, ce qui ne les empêche pas de voter pour un cumulard », remarque Christophe Borgel. « Pendant la campagne des municipales, on m’a fait remarquer sans cesse que j’étais jeune, alors que j’ai 42 ans, c’est très difficile de se construire une notoriété », raconte David Gerson, opposant républicain à Bernard Keller à Blagnac. L’élu reconnait qu’il n’existe pas un énorme clivage politique : « Nous sommes d’accord à 80% avec ce que fait la majorité, mais les 20% restants sont des points importants. Est-ce que les citoyens voient vraiment la différence ? Ils sont très peu à venir au Conseil municipal… » En outre, Blagnac est une ville prospère, qui compte d’importantes entreprises sur son territoire et donc d’importantes rentrées financières. Cela a permis au maire en place de porter des projets conséquents dont les exemples les plus récents sont l’éco quartier Andromède et le musée Aéroscopia.

« Le rapport de l’électeur au non-cumul est paradoxal »

À Labège, le développement de la zone Innonopole a permis d’asseoir la position de Claude Ducert. Il a su attirer les grandes entreprises sur son petit village, sans pour autant développer la ville elle-même. Claude Ducert a fait de Labège une ville riche grâce aux taxes versées par les entreprises, mais « en freinant le renouvellement de la population, il conforte sa position », remarque un habitant. « Il y a peu de monde à Labège qui ne doit pas quelque chose à Claude Ducert », se risque un autre. Père fondateur de la communauté des communes du Sicoval, qui est implanté sur la commune, ancien député, conseiller général, Claude Ducert s’est imposé au fil des ans comme une figure indétrônable. « Il est parti en 2008, mais il a été rappelé en 2014, les gens voulaient qu’ils reviennent », rappelle un de ses camarades écologistes. En 2014, il est donc réélu à la tête de la mairie. Il parvient à représenter un certain renouveau grâce une liste rajeunie et annonce qu’il passera la main au bout de deux ans. Ce qui sera chose faite le 8 mars prochain. Autre figure locale, qui s’est imposée depuis 1989 à Revel : le sénateur Alain Chatillon. « Au départ, on est venu le chercher en tant que chef d’entreprise, il n’était pas marqué politiquement et il a composé une liste qui a rassemblé toutes les sensibilités », raconte un proche de la droite régionale, « cela a tenu pendant trois mandats, aujourd’hui il y a une opposition de gauche, mais elle très faible ». Son image de chef d’entreprise, pragmatique et modéré politiquement a perduré jusqu’à aujourd’hui grâce à une communication maîtrisée : « Il prend très peu position dans les médias à part pour parler d’économie et d’agriculture. » Sa proximité avec la Dépêche du Midi (il est membre du conseil d’administration de la fondation Dépêche du Midi), mais aussi son entente avec l’ancien président de région Martin Malvy sont les deux atouts de poids d’Alain Chatillon. « En 1998, il fait partie du groupe régional les 3R qui a favorisé l’élection de Martin Malvy (contre le sortant Marc Censi, qui n’aurait pu avoir une majorité qu’en se ralliant au FN), ce qui lui valut d’obtenir toutes les subventions régionales qu’il souhaitait afin de développer son territoire », explique notre source. Revel reste un bastion quelque peu abandonné par la gauche, comme Castelginest ou le républicain Grégoire Carneiro est imbattu depuis 1995. Les stratégies des appareils politiques délaissent certains territoires, au profit d’autres bastions plus favorables.

Que font les partis politiques ?

Certains partis ont pris l’initiative d’inscrire dans leurs statuts, l’obligation de ne pas réaliser plus de 3 mandats successifs, à l’image du PS et d’EELV. « Nos statuts ne sont pas toujours suivis sur ce point, mais on n’empêche pas les élus de se représenter, car on sent que c’est ce que les gens souhaitent », argumente le socialiste Christophe Borgel, qui reconnait néanmoins que « c’est le rôle des partis d’assurer le renouvellement politique en cherchant de nouveaux talents. » Mais les appareils ne jouent pas forcément le jeu du renouvellement. « Face aux petits barons locaux, aucun parti du camp adversaire ne se risque à présenter une personnalité expérimentée, la stratégie est d’y placer un jeune pour qu’il se fasse les dents », remarque un observateur de la vie politique locale. En résumé, les partis ne grillent pas leurs meilleures cartes dans les citadelles imprenables. Conséquence, l’offre politique de ces communes est souvent faible, voire inexistante. « Il existe même des accords entre partis de camp opposé pour garantir à chacun des fiefs », ajoute notre source. Une réelle avancée sur le sujet ne pourra qu’être législative. « La loi sur le non cumul des mandats, qui s’appliquera en 2017 permettra déjà un renouvellement politique », rappelle Christophe Borgel, « nous n’avons pas intégré le nombre de mandats dans le temps, car cela aurait été considéré par le Conseil constitutionnel comme un cavalier législatif (soit une mesure qui ne correspondait pas l’objet de la loi, NDLR). » Un autre projet de loi sera donc nécessaire, mais « ce n’est pas prévu dans le calendrier législatif d’ici la fin du mandat. »

 

 

 

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