[Exclu] Malvy : passé, présent, futur

Martin Malvy (21-04-2015)┬®franckalix-10
Photo : Franck Alix/JT

Passage de témoin. En janvier dernier il annonçait qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession. Depuis, Martin Malvy s’est peu exprimé tout en continuant à sillonner cette région qu’il a su personnifier avec le temps. Aujourd’hui il a accepté de se livrer à notre rédaction. Retour sur un parcours politique hors du commun et sur une vision pour la Région de demain.

 

Nous sommes en fin de journée au dernier étage de l’Hôtel de Région situé en bords de Garonne. Nous ouvrons la porte du bureau du Président. Martin Malvy nous attend… Il sort à peine d’une réunion. À 79 ans l’homme est dans une forme qui force le respect. Il a accepté cette rencontre en fin d’après-midi pour nous permettre de prendre le temps de… Nous commençons par le shooting photos, et invitons Martin Malvy à prendre la pause sur son balcon qui surplombe Toulouse : « Je déteste toujours autant cet exercice », nous confie-t-il. Nous prenons ensuite place autour d’une longue table de travail. L’échange débute. L’occasion de prendre du recul sur une vie politique et sur une région encore en devenir. Martin Malvy, libre… comme il l’a toujours été.

 

Chez les Malvy, un héritage politique

Votre arrière-grand-père, puis votre grand-père, ont été des élus reconnus de la région. Avez-vous le sentiment d’avoir désormais participé à une histoire politique familiale ?

Je l’espère mais ce n’est pas à moi de le dire… Il m’arrive encore de trouver, assez souvent d’ailleurs, des hommes et des femmes qui me disent que leurs parents leur ont parlé de mon grand-père. Il y en a même qui m’envoient de temps à autre des lettres ou des documents qu’ils ont découverts dans un grenier. Pas plus tard qu’hier, un de mes amis est venu me montrer un diplôme qui lui avait été attribué en 1914, et qui était signé par mon grand-père. Incontestablement, l’histoire ne s’est donc pas arrêtée, et j’avoue que c’est important pour moi. Mais ai-je suivi une ligne politique par cet héritage ? Je n’en sais rien au fond. Mais ce qui est incontestable c’est que je suis resté attaché à la tradition républicaine qui était celle de ma famille, et qui l’est depuis plusieurs générations. D’ailleurs Souillac a une avenue qui porte le nom de mon arrière-grand-père, Martin, qui a été le maire de cette ville… Il y a donc une avenue qui porte déjà mon nom, cela évitera d’en mettre une autre plus tard (rires.) Je n’ai donc pas failli à la tradition militante familiale

Mais quelle était votre ambition, au fond ?

Je n’ai jamais eu de véritable ambition de politique nationale. Je n’ai jamais fondé ma vie politique sur le fait de courir après des portefeuilles ministériels… J’ai davantage été attaché à ce territoire qu’est Midi-Pyrénées. D’ailleurs dans mon passé de journaliste, j’aurais pu aller travailler dans d’autres titres que Sud-Ouest ou La Dépêche du Midi, mais la perspective de m’éloigner de cette région était inconcevable pour moi. Il faut savoir que même si je suis né à Paris, je n’y ai jamais vécu par choix. Ma terre c’est ici. J’ai toujours pensé qu’il valait mieux être premier chez soi que second à Rome.

Mis à part Matignon et l’Elysée, vous êtes passé par tous les mandats et fonctions, par tous les étages de notre système politique… Mais avez-vous des regrets ?

Matignon et l’Elysée ce n’est peut-être pas trop tard (rires.) Je n’ai pas de regrets ; toute cette expérience acquise au gré de ces nombreuses fonctions a fait l’homme que je suis aujourd’hui. Et puis je n’ai pas encore disparu, je coucherai mes regrets sur mon testament que je n’ai pas encore rédigé. Je n’ai pas le sentiment qu’en quittant la présidence de la région je vais me retirer pour autant dans un couvent pour y passer mes dernières années de vie en méditation.

En 2010 vous avez été réélu avec 67 % des suffrages exprimés. Avez-vous le sentiment d’avoir personnifié Midi-Pyrénées, à l’instar de Dominique Baudis avec Toulouse ?

Si c’est la réalité c’est une satisfaction. D’autant que je n’ai jamais dévié de ma ligne politique ancrée à gauche, mais sans pour autant avoir eu le sentiment d’être l’homme d’un camp qui aurait eu des œillères. Et si certains ont apprécié ce que je faisais sans être forcément du même bord politique que le mien, tant mieux ! Ce qui prouve d’ailleurs qu’il y a chez les citoyens une approche qui peut parfois dépasser les simples clivages politiques.

 

Midi-Pyrénées dans le rétro

Quelles sont les différences entre la Région de 1998 et celle de 2015 ?

Tout a profondément évolué… La Région de 1998 n’est pas celle de 2015. Vous savez en 1998, on considérait encore la Région comme le neuvième département de Midi-Pyrénées. Depuis, les régions se sont construites autour de politiques qui les distinguent des autres collectivités. On pourrait notamment parler ici du développement économique et de l’innovation. D’ailleurs depuis une quinzaine d’années, nous avons soutenu dans notre région beaucoup d’exemples d’entreprises qui sont nées par le mariage des mondes de la recherche et de l’entreprise. C’est une belle réussite, et j’en suis fier !

Justement quels sont les projets que vous avez portés dont vous êtes le plus fier ?

En 1998 j’avais fixé comme objectif que chaque chef-lieu de département devrait être relié à la métropole régionale par une deux fois deux voies. Nous y sommes presque désormais ! C’est inscrit dans les financements pour le Gers et l’Aveyron… Et ça l’est désormais quasiment pour l’axe Castres-Toulouse après les engagements du Président de la République. Tout ceci est une vraie réussite car les investissements routiers sont toujours longs à obtenir. Et je voudrais également vous évoquer le « plan rail », le plus important sur le plan national. Nous avons reconstruit une partie du réseau ferré, avec une multiplication du nombre des dessertes ferroviaires. On a plus que doublé le nombre de trains circulant en région.

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Photo : Franck Alix/JT

Votre maître mot n’a-t-il pas été tout au long de ces années l’équilibre entre les territoires ?

J’ai toujours voulu en effet respecter les équilibres entre les territoires, en utilisant d’une part les politiques que la Région mène seule (comme par exemple les lycées), mais aussi en menant des actions avec d’autres partenaires sur l’enseignement supérieur, la recherche, l’économie… Ainsi nous sommes présents autant sur la métropole que sur les neuf autres agglomérations de Midi-Pyrénées, mais nous signons également des contrats d’accompagnement avec les Parcs régionaux ou les Pôles de montagne. Nous devons donc avoir comme priorité un aménagement le plus équilibré possible du territoire, c’est-à-dire le soutien à la métropole pour son développement sans mettre de côté le reste du territoire qui représente tout de même 50% de l’économie de Midi-Pyrénées. De toute façon il n’y aura pas de métropole puissante sans une région forte.

Le nouveau statut de métropole ne met-il pas en danger cet équilibre ?

Je ne le crois pas car il ne s’agit là que d’une nouvelle appellation, et nous ne devons pas avoir la prétention de croire que ce nouveau périmètre statutaire va se substituer à la volonté des hommes ou à l’action des acteurs de l’économie. Il y a d’une part l’institution métropolitaine, et d’autre part l’élément de développement qui se situe géographiquement sur le territoire de la métropole… Ce n’est pas tout à fait la même chose. D’autant qu’hormis Lyon et Marseille, les métropoles françaises ne sont pas comparables aux autres métropoles européennes comme par exemple Milan, Turin, Munich ou Francfort. C’est pour cette raison que je crois davantage au développement économique par les filières, ce qui a été fait ici avec les Pôles de compétitivité et les clusters.

Comment jugez-vous votre opposition à la Région ? N’est-elle pas un peu plus agressive qu’auparavant ?

Je préfère parler de minorité que d’opposition, c’est plus conforme à l’idée que je me fais de la représentation démocratique. Dans une assemblée, il y a une majorité et une minorité. Le premier constat que je fais c’est que dans la plupart des délibérations que j’ai pu présenter, j’ai été soutenu par la minorité régionale. Je pense ici au plan rail, aux grands sites touristiques, à la formation, à la reconstruction des écoles d’infirmières, à l’enseignement supérieur, à la culture … Les élus de cette minorité sont donc dans la posture quand ils vont chercher à l’extérieur du débat régional lui-même, des occasions pour se distinguer.

Vous pensez ici à l’affaire AWF ou à TLT ?

Par exemple, et il est vrai que ces derniers temps la minorité régionale a dépassé les limites du débat démocratique tel que je l’entends. Dans le contexte actuel, l’exagération dans le combat politique devient malsaine pour tout le monde. Mais vous savez la calomnie ou l’opposition systématique, ça se retourne toujours contre vous. Tout dénigrer finit par vous desservir car tous les projets ne sont quand même pas mauvais… Finalement une majorité a raison de ne pas forcément tenir compte de la posture prise par les opposants, sinon beaucoup de projets ne verraient pas le jour. Il y a aussi parfois du courage dans l’action politique.

 

Une nouvelle région est née

Alors que vous aviez beaucoup travaillé depuis plusieurs années avec votre homologue aquitain Alain Rousset (pôles de compétitivité et création de la marque « Sud-Ouest France »), le mariage aura finalement lieu avec Languedoc-Roussillon en décembre prochain …

En effet le rapprochement aurait pu se faire avec Aquitaine, mais il aurait posé le problème de deux métropoles de même poids sur un même territoire. Cela n’aurait pas été facile à gérer. Mais quand on observe bien la carte de France on voit bien la logique d’une association entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Si on avait dû s’allier à l’Aquitaine, Languedoc aurait alors dû se tourner vers PACA… Et il n’était pas souhaitable non plus de rester seul. En fait, le rapprochement avec Languedoc-Roussillon nous ouvre les portes d’un équilibre nouveau, notamment avec la Catalogne. Nous allons ainsi devenir le pendant direct de nos amis espagnols, tant sur le plan de la population que d’un point de vue économique. Ceci étant dit, nous conserverons nos collaborations avec l’Aquitaine ; les coopérations inter régionales ne sont pas mortes avec cette réforme.

Que va donc être cette nouvelle région ?

Elle sera le plus grand territoire agricole français, le leader national de l’agriculture bio, le plus grand vignoble du monde, un territoire touristique d’excellence avec la montagne et la mer, un pôle de recherche et de santé de premier plan notamment sur le cancer… Cette nouvelle entité sera la vingtième région d’Europe. Je suis très optimiste sur le devenir de ce rapprochement, et notamment sur la question de l’équilibre entre Toulouse et Montpellier. Je comprends ceux qui craignent que Toulouse pourrait dominer cette nouvelle région, mais je pense que cette peur est infondée. La captation institutionnelle n’existe pas, ce sont les hommes et les femmes qui vivent le territoire qui en font le développement. Or, cette réforme va permettre aux hommes et aux femmes des deux régions de faire avec les moyens de l’autre. Autrement dit, une complémentarité va naître. Entre Toulouse et Montpellier, vous verrez donc avec le temps qu’il n’y aura pas de match.

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Photo : Franck Alix/JT

Pensez-vous que notre pays doit continuer sa décentralisation ?

Oui et je pense qu’il faut aller plus vite encore, même si je me range volontiers aux difficultés du législateur et du gouvernement pour réformer en la matière. À chaque étape de décentralisation, les oppositions et les conservatismes sont toujours très forts, car chaque collectivité craint de perdre de son influence. En réalité le centralisme français est toujours d’actualité, et pour les élites le salut doit toujours venir de la capitale. Il est difficile de bousculer les habitudes, mais ce pays a besoin de se réformer.

Vous ne serez donc pas candidat à votre propre succession en décembre prochain, avec une raison invoquée : votre date de naissance…

Elle est en effet largement responsable (rires.) J’ai en effet estimé après une longue réflexion, qu’il y avait un moment où il fallait savoir s’arrêter. Non pas que je me sente dans l’incapacité de le faire, tout du moins c’est mon sentiment, mais après trois mandats et avec l’âge qui était le mien, il était sans doute préférable d’envoyer au combat une personnalité neuve.

Carole Delga en l’occurrence ?

Au-delà du choix politique évident, je souhaite en effet que Carole Delga soit élue en décembre prochain et prenne ma suite. Je la côtoie depuis plusieurs années maintenant, elle connaît bien le mécanisme régional, elle le domine même… Elle a été vice-présidente et a même été fonctionnaire ici un temps. C’est une femme de caractère qui saura construire cette nouvelle région dans la durée.

Vous serez avec elle durant la campagne ?

Bien entendu. Elle peut compter sur moi. Je vais participer activement à sa campagne, mais je prendrai au fil du temps le recul nécessaire…

Cette campagne sera-t-elle difficile selon vous ?

Je vois bien que beaucoup craignent une triangulaire voire plus avec le mode de scrutin en vigueur, mais je ne crois pas vraiment en ce scénario. J’ai le sentiment que des listes vont se dégager, même s’il ne faut jamais anticiper le choix des électeurs. Ce que je souhaite moi c’est que la liste que je soutiendrai gagne, en étant une liste de rassemblement de la gauche. Ceux qui divisent jouent contre leur camp. J’ai tout au long de ma carrière politique œuvré pour l’union de la gauche, c’est une nécessité.

 

La suite …

En décembre prochain une page de votre vie va se tourner…

Mais je n’ai pas l’intention pour autant de me désintéresser du sort de la Région. Je vais rester un citoyen très attentif, tout en restant le président du Grand Figeac. C’est la résistance des communes qui est en jeu à cette échelle. Pour le reste je ferai ce que je n’ai pas eu le temps de faire jusqu’à maintenant. Je vais lire, écrire, dessiner, m’occuper de ma famille etc. Je n’ai absolument pas le souci de l’inactivité. Je ne vous dis pas que je vais me mettre au bricolage demain (rires), mais je n’ai pas le sentiment que je vais m’ennuyer après mon départ de ce bureau. Même si je le regretterai sans doute un peu… sans doute beaucoup.

 

CV EXPRESS

Martin Malvy est né le 24 février 1936 à Paris.

Fonctions exercées : Conseiller général du Lot, vice-président du Conseil général du Lot, maire de Figeac, président du Grand Figeac, député du Lot, vice-président de l’Assemblée nationale, secrétaire d’état, ministre du budget, porte-parole du gouvernement.

Il est président de la Région Midi-Pyrénées depuis 1998.

 

 

 

 

 

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