vendredi 4 décembre 2020
Politique Nouvelle Donne 31 mis à mal par des démissions successives

[Enquête] Nouvelle Donne 31 mis à mal par des démissions successives

Ecueil. Nouvelle Donne 31 a accusé deux démissions en moins d’une semaine. Le parti, qui restait discret depuis les européennes, est en proie à des querelles internes.

 

Il y a moins d’un an, Nouvelle Donne est apparu sur la scène politique avec des ambitions nobles et des idées plein la musette. Enfin un parti qui ferait de la vraie politique, avec de vrais gens. En février, Patrice Mur, ancien MoDem, devient « référent Midi-Pyrénées » et commence à organiser les forces en vue des européennes. A peine un trois mois plus tard, il quitte ses fonctions,  et aujourd’hui il quitte le parti, avec le sentiment d’avoir été « trahi ». « Un jour j’ai reçu un appel du national pour me dire qu’il ne pouvait pas y avoir de personnalités trop identifiables par les médias et le public et je commençais à en devenir une », raconte-t-il. Patrice Mur voit rouge « quand certaines personnes du bureau national me doublent en organisant des rendez-vous dans mon dos, en Midi-Pyrénées. »

Xavier Luchet, membre du comité Haute-Garonne confirme que « Patrice Mur s’était mis en avant comme référent Midi-Pyrénées. Or Nouvelle Donne est un parti collectif, on nemet personne en lumière.» Objectif atteint. Localement, le parti n’a aucun leader connu et communique très peu dans les médias. « Nous avons moins d’un an », se défend Xavier Luchet, « nous nous organisons pour nous présenter aux prochaines cantonales et régionales, voire législatives, si les choses se précipitent (si dissolution de l’Assemblée nationale, ndlr).» Pas aux sénatoriales, car « ce ne sont pas des élections à suffrage direct et nous n’avons aucun grand électeur en Haute-Garonne », explique Xavier Luchet.

Le couac des sénatoriales

Cet été, Richard Cuartero (adhérent ND sur la liste de Patrick Jiména à Colomiers aux municipales), annonce sa volonté de se présenter aux sénatoriales, avec le soutien de Patrice Mur. « Le comité de Haute-Garonne a rétorqué en réunion :  “Nous ne voulons pas du couple Mur”car ils craignaient que ma compagne et moi nous retrouvions sur sa liste », rapporte l’intéressé. « Nous ne savions pas avec qui Richard Cuartero allait s’acoquiner », préfère dire Xavier Luchet. Fin août, Richard Cuartero affirmait au Journal Toulousain avoir sinon l’investiture (impossible pour « des raisons matérielles » selon lui), le soutien de son parti. Mais un mail du comité local envoyé à notre rédaction a démenti tout rapport entre cette candidature et Nouvelle Donne… Et Richard Cuartero a été apparemment le premier surpris de cette nouvelle : « Lorsque nous nous sommes parlés, je pensais avoir leur soutien, mais visiblement ils n’ont pas apprécié que je me présente seul

« J’ai cru rejoindre un parti aux idées nouvelles et je me suis retrouvé dans une secte »

L’épisode se termine en pertes et fracas pour le parti, qui doit gérer deux démissions d’un coup : Patrice Mur (référent Muret/Comminges), la semaine dernière, et Richard Cuartero (référent Colomiers), mardi : « Après la réunion de juillet, j’ai pris mes distances avec le comité Haute-Garonne », explique ce dernier, « mais je n’ai aucune divergence de fond avec le parti, c’est un beau projet.» Pour le candidat aux sénatoriales, « la démission me permet d’être en phase avec ce que je présente, une liste sans étiquette. » Au comité de Haute-Garonne, l’ambiance est moins « fair play » : « Pour nous, ça représente surtout du temps et de l’énergie pour reconstituer le comité local de Colomiers qu’il (Richard Cuartero, ndlr) s’était approprié à des fins personnelles. » Entendez, pour mener sa campagne.

« Beaucoup de gens s’en vont », témoigne Patrice Mur. Françoise Castex, non investie aux élections européennes, est elle-même « en réflexion », ayant perdu toute perspective d’être élue. Elle ne souhaite pas s’exprimer pour l’instant sur le parti et se penche sur sa « reconversion professionnelle. » Pour Patrice Mur, le constat est sans appel : « J’ai cru rejoindre un parti aux idées nouvelles et je me suis retrouvé dans une secte.» Des mots forts qu’il explique par le fonctionnement interne du parti.

Le système Nouvelle Donne

Pour déterminer les candidats à une élection, Nouvelle Donne a imaginé un système plutôt novateur mais complexe. Dans un premier temps, le parti lance un « appel à volontaires » qui vont composer un « jury ». Les volontaires, tirés au sort par une main innocente, sont chargés d’auditionner les candidats, selon des critères bien précis définis au niveau national. « Le problème est que ces critères ne sont pas connus des adhérents », regrette Patrice Mur qui avait postulé (en vain) pour se présenter aux européennes. Il se souvient en revanche de certains détails marquants : « Par exemple, les membres du jury doivent dire si selon eux la personne qui se présente a porté préjudice à Nouvelle Donne, il faut choisir en priorité des jeunes, et de préférence des gens qui ne viennent pas d’autres partis.» Vu sous cet angle, il est évident que Patrice Mur, Françoise Castex et Richard Cuartero ne sont pas dans les clous pour représenter le parti. Xavier Luchet reconnaît l’existence de critères, mais ne s’attarde pas sur la question, « les européennes, c’est du passé », rétorque-t-il.

Résultat du casting : « Se retrouvent en têtes de liste des proches des dirigeants nationaux, qui eux n’ont pas été tirés au sort… Le bureau national s’est composé par copinage et cooptation. Tout est verrouillé. » Patrice Mur, amer et visiblement affecté par « toutes ses magouilles », compte se retirer de la vie politique, pour éventuellement se consacrer à une activité associative.

En fin de compte, on peut se demander quelles sont les réelles ambitions de Nouvelle Donne, ce parti qui fonctionne quasiment en autarcie et redoute toutes personnalités émergentes. Comment développer un parti sans leader ? « Nous ne sommes pas qu’un cercle d’idées », tient à préciser Xavier Luchet, « quand nous aurons défini notre programme, nous choisirons des têtes. » Le parti doit tenir un congrès en décembre, « on y verra plus clair à ce moment, mais je suis pour qu’on commence à s’ouvrir dès maintenant », estime-t-il. L’année électorale qui s’annonce, devrait faire office de test à ce parti encore balbutiant.

 

 

En chiffres : 600. C’est le nombre d’adhérents Nouvelle Donne en Midi-Pyrénées, dont environ 350 en Haute-Garonne (chiffres du comité départemental). Un nombre en progression. En février 2014, Patrice Mur (alors référent régional) annonçait 340 militants sur la région.

 

Qu’est-ce que Nouvelle Donne ?

Nouvelle Donne a été créé en novembre 2013 par l’économiste Pierre Larrouturou (ex du Parti socialiste et d’Europe Ecologie – Les Verts). Le parti ne veut pas se positionner sur l’échiquier politique mais revendique des idées de justice sociale et de progrès social, basées sur l’hypothèse économique que la croissance de la France (en constante baisse depuis 1960) ne devrait pas repartir à la hausse dans l’avenir. Dans son fonctionnement, Nouvelle Donne a affiché la volonté dès sa création, de donner la parole aux citoyens et de prendre les décisions de manière « sociocratique ». Soit, par le consentement de chacun (ce consentement est admis si la personne n’émet pas d’objection). Le parti s’est présenté aux élections européennes en mai 2014 et a obtenu un score d’environ 3% dans la circonscription Sud-Ouest.

4 Commentaires

  1. Ah la la mon pauvre Patrice, en arriver là quand même.
    Mais bon on va pas se battre, tu reviens quand tu veux.
    Et effectivement, les gens qui viennent pour avoir une place à la soupe font la queue derrière la démocratie interne du parti.
    C’est ça Nouvelle Donne, ce n’est pas se mettre en avant, c’est laisser la démocratie décider.

  2. Droit de réponse à l’article de Coralie Bombail sur les démissions à Nouvelle Donne
    Vous avez sans doute noté la différence fondamentale entre les 2 démissions que vous rapportez:
    Celle de Richard Cuartero pour “être en phase avec ce que je présente, une liste sans étiquette” sans “aucune divergence de fond avec le parti, c’est un beau projet”; et celle de Patrice Mur qui dit “j’ai cru rejoindre un parti aux idées nouvelles et je me suis retrouvé dans une secte “.
    C’est surtout ce 2ème exemple qui me fait réagir. Oui, c’est parce que Nouvelle Donne est un parti aux idées nouvelles que nous ne voulons pas de candidats autoproclamés qui, sous prétexte d’une notoriété antérieure, n’acceptent pas le mode d’investiture démocratique des candidats. Et ceux qui, comme Patrice Mur, ne l’ont pas compris, ou plutôt, l’ont justement bien compris, ont bien raison de nous quitter. Nous ne les regrettons pas.

  3. 2 démissions de 2 individualistes ne valent pas un tel titre raccoleur…à Nouvelle Donne, on ne s’autoproclame ni référent machin-bidule et encore moins “candidat à”! On est candidat à la candidature, on prépare son audition par une Commission électorale composée d’adhérents volontaires tirés au sort, qui notent ensuite les candidats par ordre de préférence, et celui ou celle qui a le plus de points est tête de liste, et ainsi de suite pour les autres, voire parfois avec une partie de tirage au sort….
    C’est ainsi que l’on a procédé dans les Bouches du Rhone pour la liste ND aux sénatoriales..et même si je visais la primale investiture, je suis honoré d’avoir été choisi comme 4ème (sur huit)

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