samedi 24 juillet 2021

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PolitiqueGénération politique désenchantée

[Dossier]Génération politique désenchantée

Désertion. Au niveau national, les partis politiques traditionnels sont en proie à la crise du militantisme et perdent des adhérents chaque année… Toulouse ne fait pas exception et compte son lot de déçus du système.

 

L’épidémie gagne du terrain et touche tous les partis. Les semaines récentes sont jalonnées d’annonces de départ de tel ou tel parti. Gérard Poujade, vice-président de la Région, quitte le PS, Rémi Vincent, élu à Colomiers, quitte le Parti de Gauche, David Saforcada, ex secrétaire départemental de Debout la France, a également quitté son parti… Il y a quelques temps, on a aussi assisté au départ de Danièle Damin de l’UMP, mais aussi de l’ancien élu Modem Jean-Luc Forget. Pour ne citer que quelques exemples. Les raisons diffèrent selon les cas et les contextes mais le constat reste le même : le parti n’a plus la cote. « Le combat politique est désormais à mener en dehors de ces appareils, et sans leurs notables parasites », selon Rémi Vincent, favorable au mouvement type ‘‘Alternative citoyenne’’.  « Je suis parti du PS car il y a un grand écart entre les textes internes du parti et ce qui est mis œuvre au gouvernement », explique Gérard Poujade. Tandis que David Saforcada avance un désaccord avec Olivier Arsac, président d’honneur de DLF 31 et adjoint au maire de Jean-Luc Moudenc : « Il est entré dans le système que l’on dénonce, et n’a pas été en cohérence avec la prise de décision de notre fédération lors des dernières élections départementales », dénonçait-il dans nos colonnes.

« Il y a une différence entre les militants de gauche et de droite », note un observateur proche de la droite locale, « les militants de gauche sont plus constants dans leurs engagements et partent parce qu’ils sont déçus par l’exercice du pouvoir ; alors qu’à droite les militants soutiennent les candidats susceptibles de servir leurs intérêts personnels et partent souvent suite une défaite électorale.» On observe actuellement plus de mouvements dans les partis de gauche « car la droite est en période de reconquête », poursuit notre source, « chacun cherche à se placer pour les primaires de 2016 ».

De manière générale, le militantisme politique a évolué, « c’est le fini le temps où quelqu’un adhérait à un parti et y restait toute sa vie contre vents et marées, aujourd’hui les gens se fédèrent ponctuellement autour d’une cause particulière», remarque Christophe Rudelle, membre du parti Nouvelle Donne à Toulouse. « Les gens ne s’engagent plus forcément dans un mouvement structuré », renchérit Xavier Bigot, militant EELV. Cela vaut également « pour les organisations syndicales et les associations, qui peinent à trouver des bénévoles », ajoute le conseiller régional  Jean-Paul Makengo, qui a décidé de faire « un break » dans sa vie d’élu en ne se représentant pas aux prochaines élections régionales. Néanmoins, il garde sa carte au Parti Socialiste en ayant en tête les élections législatives… Pour lui, le parti politique est « vieillot dans son fonctionnement » mais reste indispensable à la vie publique.

Y’a-t-il une vie politique après les partis ?

Une fois la porte claquée, que se passe-t-il pour ces militants ? Il y a ceux qui arrêtent tout du jour au lendemain et ceux qui tentent de trouver une autre voie pour faire vivre leur engagement. Le mouvement ‘‘Alternative citoyenne’’ notamment  en attire certains. Gérard Poujade, par exemple, qui ne compte pas adhérer à un autre parti d’ici tôt « se retrouve dans ce genre de mouvement et je souhaite y participer en vue des régionales. » Ce rassemblement de partis (EELV, Parti de Gauche, Nouvelle Donne) et de citoyens qui souhaite redonner la parole à la base, s’inspire des expériences réussies de Podemos en Espagne ou Siriza en Grèce. Sauf que… Les partis sont tout de même à l’origine du mouvement. Cela reste une tentative originale de contrer les logiques des partis traditionnels, qui ont tendance à rester fermer sur eux-mêmes. Les fonctionnements internes obscurs notamment pour la désignation de candidats ou de postes contribuent au désintéressement du citoyen et même des militants, qui sont de moins en moins nombreux à participer au congrès et aux élections internes. « Les partis sont des machines à triche », lance un ancien responsable politique local.  Alternative citoyenne s’est créée en opposition à ce genre de pratiques, mais risque d’y être bientôt confortée. «  Dès qu’on entre dans une dynamique de quête de pouvoir, on attire les ambitions personnelles de ceux qui n’ont pas réussi à se caser ailleurs donc nous devons rester vigilant par rapport à ça», reconnait Xavier Bigot, qui milite pour le mouvement Alternative citoyenne. « Le problème de ce genre de mouvement, c’est qu’ils ne sont pas réellement citoyen mais font du recyclage…» dénonce Jean-Paul Makengo, « donc il y a une confusion des genres ».

D’autres mouvements restent exempts de ce genre de logique, les think tank, notamment, qui accueillent également leur lot d’anciens militants. Exemple type : ‘‘Casa Nova Toulouse métropole’’ : « Au début, nous avions un certain nombre de militants de gauche, mais beaucoup ont abandonné leur carte en cours de route », explique Xavier Bigot, l’un des fondateurs de Casa Nova. Il fait référence à Laure Durand, qui a quitté le PS en septembre dernier et à Rémi Vincent qui vient de quitter le Parti de gauche. A leurs côtés, Jérôme Bonnemaison est un ancien du Parti socialiste. Leur principal objectif est de « produire du contenu sur la politique de la ville et de Toulouse métropole, apporter un point de vue critique sans tomber dans ‘‘l’anti’’ systématiquement ». Bref, les think tank apporte une réflexion politique en dehors des partis politiques « qui eux, ne sont plus des lieux de réflexion » tacle Gérard Poujade. A quoi sert un parti aujourd’hui ? « Il investit les candidats, finance les campagnes, tient les réseaux d’élus », répond notre source proche de la droite régionale, très pragmatique. Si le parti «n’est plus à l’avant-garde d’un certain nombre de combat », comme le constate Xavier Bigot, il reste le nerf de la guerre… Il n’y a qu’à voir le candidat de la droite aux régionales, Dominique Reynié. Issu de la ‘‘société civile’’, il a pris sa carte aux ‘‘Républicains’’ pour mener campagne…

 

 

Le + : Nouvelle Donne : le parti anti-parti ?

Nouvelle Donne a la particularité d’être un parti qui combat à l’extrême les logiques traditionnelles des partis. Né en 2013, il est porté par Pierre Larrouturou lui-même un ancien membre du PS. Au début, cette formation semblait recueillir les militants déçus des autres partis, « mais aujourd’hui nous avons une majorité d’adhérents qui n’a jamais milité ailleurs auparavant », rectifie Christophe Rudelle, animateur du comité territorial Nouvelle Donne du Sud-Ouest de la Haute-Garonne. « Nos pratiques ont déconcerté ceux qui venaient d’autres partis, et ceux-là ont quitté ND », précise-t-il. En effet, le premier référent départemental était Patrice Mur, un ancien militant Modem, mais il a démissionné du parti au bout de quelques mois. Ce jeune parti souhaite exister sans « l’émergence de leaders, sans personnalisation ». Ce qui complique la tâche lorsqu’on souhaite accéder à des fonctions électives… « C’est effectivement la question centrale, on n’a pas encore apporté la réponse », reconnait le militant. Pourquoi se constituer en parti ? « Nous sommes un parti et nous l’assumons, mais nous souhaitons être un catalyseur de toutes les énergies citoyennes et être ouvert aux non encartés ». Le parti était d’ailleurs membre d’Alternative citoyenne lors des dernières départementales : « Cela a été très critiqué en interne, c’est une erreur due à la jeunesse de notre formation… Ce mouvement s’est créé sur les ruines du Front de Gauche, il se veut citoyen mais les partis restent à la manœuvre ». Peu de chance qu’on les-y reprenne aux régionales…

 

 

Travail : Comment mettre le sexisme au placard ?

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