[Dossier] Deux ans au Capitole : Quel bilan pour Jean-Luc Moudenc ?

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En mars 2014, Jean-Luc Moudenc reprend les rênes du Capitole, après un premier mandat entre 2004 et 2008. Deux ans plus tard, le maire républicain réalise-t-il son programme de campagne ? De nombreux projets sont en cours de réalisation, mais l’augmentation des impôts n’est pas passée inaperçue… Le point sur les principaux dossiers, à un tiers du parcours.

 

« Notre premier engagement est la bonne gestion des finances communales », peut-on lire sur le programme de Jean-Luc Moudenc datant de 2014. Les objectifs sont alors de « reconstituer l’épargne », d’investir « sans emprunter » et surtout de ne pas augmenter les impôts. Si les préoccupations budgétaires sont bien au cœur de la politique municipale et métropolitaine, les promesses ont été bien dures à tenir à ce niveau. La nouvelle majorité n’a eu de cesse de marteler la difficulté du contexte budgétaire « entre la baisse des dotations de l’État sans précédent »  et « un budget 2014 truqué ». Dès 2015, la fiscalité a augmenté de 15% à la ville et de 7,5% à la métropole (renouvelé en 2016). Dans un même temps, la chasse aux économies a été entamée dans quasiment toutes les délégations ainsi que dans les services municipaux. « Notre programme d’économie de 105 millions d’euros est en bonne voie de réalisation, nous avons fait une partie significative du chemin », se félicite Sacha Briand, adjoint maire en charge de Finances. L’épargne va dépasser les « 50 millions d’euros lors du compte administratif de juin », mais devrait baisser d’ici la fin du mandat « à cause de la poursuite sur trois ans des baisses des dotations de l’État », précise l’adjoint aux Finances. En revanche, « l’objectif de la dette zéro était impossible à tenir, il était illusoire de ne pas avoir recours à l’emprunt pour réaliser notre programme d’investissement qui s’élève à 700 millions d’euros », reconnait-il. Le stock de dette devrait atteindre 200 millions d’euros d’ici 2020.

 

Sécurité et éducation, les deux piliers ?

À ce stade du mandat, la municipalité réaffirme ses deux priorités : la sécurité et l’éducation. Sur le premier point, la réalisation du programme est indéniable. Le doublement des effectifs de la police municipale est en cours. Avec les 75 recrutements en 2015 et les 75 prévus en 2016, l’objectif sera atteint. Idem pour les caméras de vidéosurveillance. 122 sont aujourd’hui opérationnelles sur le terrain, 234 devraient l’être d’ici la fin de l’année sur les 350 prévues sur l’ensemble du mandat. À côté de cela, la plupart des autres engagements sont tenus : la mise en place des patrouilles de nuit, d’une brigade d’intervention rapide, d’une brigade anti-marginalité, la transformation de l’office de la tranquillité en ‘‘Allo Toulouse’’, la signature d’une nouvelle convention avec la police nationale… Un arrêté anti-prostitution a été pris dès 2014 et reconduit en 2015, dans les quartiers Matabiau, Pont Jumeaux et Minimes.

« Inquiétude et incompréhension face à la nouvelle politique éducative »

En ce qui concerne l’éducation, « le premier budget de la ville », comme aime à le rappeler Jean-Luc Moudenc, le programme de rénovation des écoles existantes et de construction de nouveaux groupes scolaires se poursuit, pour un investissement total de 166 millions d’euros. Aucun objectif chiffré n’était mentionné dans le programme de 2014 à ce sujet, mais la municipalité affiche la volonté de construire 7 nouveaux établissements d’ici la fin du mandat. Deux chantiers ont été lancés en 2015, le groupe scolaire Niboul et celui de Guilhemery qui devrait être livrés pour la prochaine rentrée. En outre, l’école Anatole France a été inaugurée ce mois-ci. Malgré cela, le sujet de l’éducation reste sensible à Toulouse. Les parents d’élèves, qui ont subi de plein fouet les hausses des tarifs municipaux pour les cantines et les CLAE, dénoncent également le manque d’Atsem en maternelle. Le problème du non-remplacement des effectifs est également dénoncé par plusieurs syndicats municipaux. L’adjoint en charge des ressources humaines, Henri de Lagoutine a tout de même précisé dans nos colonnes (lors de notre dossier ‘‘Toulouse, le ras-le-bol des fonctionnaires’’, édition du 28 janvier 2016) : « Dans les écoles et dans les crèches, non seulement on remplace tous les départs à la retraite, mais on embauche lorsqu’il y a des créations de classes ou d’établissements. Près de 100 agents ont été recrutés en 2015 sur ces deux secteurs, donc les effectifs sont en hausse. » Néanmoins, la tension reste palpable. La FCPE a écrit ce mercredi 6 avril à Jean-Luc Moudenc pour exprimer leur « inquiétude et incompréhension face à la nouvelle politique éducative de la Ville de Toulouse ». Le bras de fer continue…

 

Transports : la 3e ligne au cœur des priorités

En matière de transport, le dossier brûlant qui agite la municipalité est l’abandon du prolongement de la ligne B de métro jusqu’à Labège au profit de la 3e ligne de métro (TAE), promesse de campagne du maire de Toulouse. Ce projet a été présenté en décembre dernier, « mais nous venons d’intégrer un nouveau périmètre d’étude qui va de la gare de Colomiers à la gare de Labège », indique Jean-Michel Lattes, adjoint en charge des Transports. Une évolution qui impacte directement le budget final : « Il passerait de 1,7 milliard d’euros à 2 milliards, mais cela reste à affiner », précise-t-il. Le financement, qui reste encore le point opaque du dossier, devrait être révélé en juillet prochain.

 

« Le budget de la 3e ligne va passer 1,7 à 2 milliards d’euros »

À côté de ce projet d’envergure, les travaux pour le doublement la capacité de la ligne A vont commencer en 2017 pour se terminer en septembre 2019. La ligne va en conséquence être fermée trois étés de suite. Le réseau Linéo continue son développement : « 10 lignes vont voir le jour d’ici la fin du mandat avec 2 ou 3 inaugurations par an », indique Jean-Michel Lattes. En revanche, ces lignes vont remplacer des lignes de bus existantes, avec des parcours revus afin d’être plus linéaires et directs. La création de nouvelles lignes n’est pas prévue, mais « nous allons rationaliser celles existantes en fonction du réseau Linéo ». L’Aérotram, qui n’était pas prévu dans le programme du candidat, va finalement être réalisé. Initialisé par l’ancienne mandature de Pierre Cohen, pour relier l’Oncopole à l’Université Paul Sabatier, « nous l’avons remis à l’étude pour un tracé plus étendu qui irait jusqu’à Basso-Cambo d’un côté et Montaudran de l’autre ». À Montaudran, l’idée est de coupler ce projet avec celui du téléphérique urbain sud proposé pour compléter la 3e ligne de métro. Mais rien n’est encore acté sur ce sujet, le Sicoval restant hostile au téléphérique.

La question du stationnement était également un point central en 2014 : «  Nous mettrons un terme à la « chasse à la bagnole », peut-on lire sur le programme du candidat, qui prévoit la création de « 5000 places de stationnement supplémentaires au contact du métro en doublant la capacité des parkings relais existants ». Sur ce point, « nous prévoyons l’extension des parkings Arènes et Ramonville et la création de nouveaux parkings au terminus Linéo », détaille l’adjoint. Pourtant au total, cela ne représente que 2000 places crées, auxquelles s’ajoute la libération de certaines places grâce à la « chasse aux voitures ventouses, qui représentent un potentiel supplémentaire de 900 emplacements ». Quant au reste des places promises, il concerne « les parkings de centre-ville », selon Jean-Michel Lattes.

Parmi les autres promesses, le développement du covoiturage se concrétise via une prise de participation supplémentaire de Tisséo dans l’entreprise d’autopartage Citiz, « pas encore tout à fait à l’équilibre », et par la création d’aires de stationnement dédiées dans certains parkings engorgés (Balma et Ramonville). Cependant, la plateforme de covoiturage mentionnée dans le programme ne sera pas mise en place car « l’application de Tisséo marche très bien ». Autre projet abandonné, la mise en place de ‘‘Scoot’lib’’, (location de scooters), « les études nous ont montré qu’il n’y aurait pas d’équilibre économique », explique Jean-Michel Lattes.

 

Urbanisme et grands projets 

Depuis son arrivée en 2014, la nouvelle majorité a affirmé sa volonté de poursuivre le plan Busquets, lancé sous la mandature Cohen. Vendredi 8 avril, le maire de la ville présente en présence de l’urbaniste le projet de ‘‘Ramblas’’ pour les allées Jean-Jaurès, qui s’intègrera au projet plus global de la nouvelle gare Matabiau. Les travaux de la gare doivent d’ailleurs commencer cette année, et le parvis historique devrait être livré en 2017.

De manière générale, la revalorisation du patrimoine du centre-ville est une des priorités affichées de la municipalité actuelle, qui a pour objectif l’inscription du cœur historique de la ville au patrimoine mondial de l’Unesco. Une ambition révélée en début de mandat, alors que le programme ne la mentionnait pas. En 2016, de nombreux travaux vont être lancés dans ce but : la rénovation des rues des Lois, Gambetta et Bayard (dans le cadre du projet Matabiau), mais aussi la rénovation des façades (quartiers Saint-Pierre et Daurade notamment) de certaines places, sans oublier le projet de la Basilique Saint-Sernin. Le nouveau port de la Daurade sera fini à l’été 2016, tandis que les travaux de restauration des murs de la digue Saget ont déjà débuté. Des premiers pas, dans la réalisation du projet Grand Parc Garonne, qui devrait quant à lui prendre fin en 2030.

En outre, les opérations ‘‘Cœurs de quartier’’ qui doivent permettre de redynamiser 33 quartiers toulousains prioritaires, via des aménagements et une commercialisation, sont lancées cette année.

Il reste encore 4 années à Jean-Luc Moudenc pour poursuivre la réalisation de son programme. À suivre.

 

Trois questions à Pierre Cohen

L’ancien maire de la ville, aujourd’hui président de l’opposition socialiste revient sur le bilan de Jean-Luc Moudenc.

La municipalité affirme que la sécurité et l’éducation sont ses priorités. Qu’en pensez-vous ?

La majorité axe son programme en matière d’éducation sur la rénovation et la construction d’écoles. C’est nécessaire, mais suffisant. L’accompagnement via les Atsem n’est pas de bon niveau. La hausse des tarifs des CLAE, comme de la cantine, prouve que l’éducation n’est pas une priorité pour la municipalité actuelle. La perte de qualité des services publics est un électrochoc, surtout au regard de l’augmentation des impôts ! Quant à la sécurité, Jean-Luc Moudenc a mis les moyens, mais il s’attaque davantage au sentiment d’insécurité qu’au fond du problème. Il essaye de faire croire qu’il peut rendre la ville plus sûre alors qu’il s’agit d’une compétence de l’État.

Est-ce que vous allez finir par vous rallier à la cause ‘‘3e ligne de métro’’ ?

Je n’ai pas de problème avec la 3e ligne, mais ce projet ne va pas régler le problème d’asphyxie de l’agglomération toulousaine, à court terme. Il a stoppé la logique que nous avions lancée basée sur trois axes principaux : le développement d’une infrastructure en site propre, le BHNS, et l’évolution du tramway jusqu’à la gare, et le PLB. À ce squelette, on rajoutait des lignes Linéo. Aujourd’hui, il n’a retenu que ces lignes qui perdu de leur intérêt sans le reste.

En matière d’urbanisme, de nombreux projets sont lancés et le plan Busquets est poursuivi. Une bonne chose ?

Jean-Luc Moudenc a une vision très patrimoniale de la ville. Mais la vision de Joan Busquets ne se retrouve plus aujourd’hui. Si nous avions choisi cet urbaniste, ce n’était pas seulement pour l’esthétisme de son travail, mais surtout pour l’esprit de partage de l’espace public, avec la piétonnisation et le développement des pistes cyclables. Jean-Luc Moudenc est en contradiction avec cette vision, car il renforce la place de la voiture en centre-ville.

 

 

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