lundi 2 août 2021

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Politique Dans les pas de Georges Méric

[dossier] Dans les pas de Georges Méric

©Coralie Bombail/JT

ARRIVEE. Peu de Haut-Garonnais connaissaient le nouveau patron du département avant son élection. En peu de temps l’homme de Nailloux a réussi à s’imposer, en tournant habilement la page Izard. Voici comment il a construit son parcours.

La politique est une affaire de famille chez les Méric. Son père, André, fut une figure socialiste de la politique de ce département. Sénateur de 1948 à 1988, maire de Calmont et même ministre sous François Mitterrand (secrétaire d’état aux anciens combattants, ndlr), André Méric a voué sa vie à la cause publique. Jusqu’à son dernier souffle … Puisqu’il décède dans un accident de voiture en se rendant à une fête locale.

Du médecin au patron

L’humain toujours l’humain. Un fil conducteur pour Georges Méric, cet enfant du Lauragais, qui pose très souvent devant la Déclaration des Droits de l’Homme … Médecin généraliste, qui s’est vite tourné vers la gériatrie, il officie à Nailloux dont il devient le maire en 1983 puis le conseiller général en 1988 ; une véritable histoire d’amour se noue alors entre le territoire du Lauragais et le médecin. Il deviendra même le président du Pays Lauragais (structure fédérant 162 communes de la Haute-Garonne et de l’Aude.) Toujours en pointe pour valoriser pour le Nord-Est de ce département, Georges Méric sera l’un des initiateurs du désormais célèbre “Village des marques de Nailloux” inauguré en 2011 : « Ici nous avons défini une politique de développement économique volontairement atypique. Nous avons regardé ce qui ne se faisait pas ailleurs pour tenter l’originalité … La finalité étant d’avoir des emplois in situ, et ainsi éviter le village dortoir. Le village de marques, c’est un début, un starter, qui a tout de même créé 350 emplois directs. C’est une image, une vitrine, pour ce territoire qui complète ainsi son offre en matière de tourisme », nous expliquait encore récemment Georges Méric dans un entretien qu’il nous avait accordé. Ce côté visionnaire “Jojo”, comme il est surnommé par ses amis et par le microcosme politique, l’a toujours eu. C’est une marque de fabrique puisque tout au long de son parcours l’homme est également devenu un chef d’entreprise avisé. A la tête de trois maisons de retraite il a su concilier son métier avec un véritable savoir-faire en matière de développement. Avec tout de même une ombre au tableau, que Georges Méric ne cache pas bien au contraire … Elle est pour lui une cicatrice indélébile. Nous sommes en 1996 et le journal satirique toulousain d’alors, “Le Satiricon”, dévoile  une affaire sur les comptes de la clinique de St Orens : « Motivée par un rapport confidentiel de la Répression des fraudes qui lui parvient en 1991, la Caisse Régionale d’assurance maladie (CRAM) de Midi-Pyrénées juge opportun de regarder d’un peu plus près dans la comptabilité … », ainsi démarrait cette enquête. Georges Méric l’avoue aujourd’hui avec une certaine humilité, il s’est fait floué par son associé de l’époque. Il s’est même livré il y a peu sur le sujet chez nos confrères de la Dépêche du Midi : «J’ai des regrets mais j’ai payé ce que j’avais à payer. J’ai tout remis en ordre. Cela fait 25 ans que je gère des maisons de retraite sans problème. Je suis un homme honnête. J’en ai fait la preuve. Je suis encore plus scrupuleux aujourd’hui.»

Un médecin peut en remplacer un autre

Les relations entre Pierre Izard, l’ancien président du département, et Georges Méric n’ont jamais été simples. Le second a souvent contesté les pratiques autocratiques du premier, une fronde a même été organisée en son temps via une motion qui avait été rédigé afin que Pierre Izard ne se représente pas à la tête de l’institution départementale. A l’origine de cette offensive, un trio dans lequel Georges Méric faisait partie avec à ses côtés Claude Raynal et Alain Fillola. L’homme de Nailloux nous résumait les choses ainsi quelques semaines avant les dernières élections départementales : « Nous avons une relation d’hommes de caractère. Mais vous savez, dans ma vie je reste un insoumis. J’adhère, et je respecte le leader politique, mais je ne suis pas pour autant un aligné. Il est donc vrai que ces dernières années nous avons eu des discussions qui ont fait du bruit et qui m’ont valu en retour des coups de règles sur les doigts. Si c’était à refaire, je le referais ! Le principal ennemi d’Izard c’est lui-même … Dans sa relation à l’autre. En revanche, il a souvent eu raison dans ses décisions politiques, et c’est à considérer dans son héritage » (Le JT, 05/03/15.) Et comme la roue tourne souvent, Georges Méric prend vite position à l’annonce, en novembre 2014, de Pierre Izard de tirer sa révérence : « Ma connaissance parfaite de l’institution et de ses rouages m’amènera à proposer ma candidature le moment venu. » Des paroles aux actes, Georges Méric mettra son plan à exécution. Son élection sur son canton étant presque une formalité, il peaufine déjà l’après et travaille ses réseaux en amont  … C’est ainsi que même avant le premier tour de l’élection départementale certains candidats socialistes n’hésitaient pas à nous dévoiler en off : « Je vais voter Jojo ! » Les concurrents annoncés (Jean-Michel Fabre, Jean-Jacques Mirassou ou Sandrine Floureusses) pour la présidence du département se sont donc retrouvés le soir du second tour sans réelle chance de l’emporter … La majorité des soutiens avait choisi son camp. Le paradoxe est donc parlant : Georges Méric, qui n’a jamais été un homme de l’appareil, qui n’a d’ailleurs jamais couru après les mandats, a su faire fructifier son ambition en additionnant les relais de poids en interne. Des relais qui ont su faire la différence tels Sébastien Vincini (premier fédéral du PS 31) et Claude Raynal (sénateur) … Résultat des courses : Georges Méric est bien devenu le nouveau boss du département. Un boss bien différent de son prédécesseur : « Un homme anormalement normal », comme le définit le conseiller départemental Didier Cujives.

Encadré

Stéphane Baumont et l’avenir du département

Notre politologue, l’universitaire Stéphane Baumont, décrypte les premiers pas de Georges Méric : « Il y a chez lui sans doute une volonté bien cachée de rendre hommage à son père avec cette élection à la présidence du département. Ce qui est détonnant avec son arrivée, c’est que ce soit un opposant interne à Pierre Izard qui ait été élu … Ses premières sorties médiatiques ont été pertinentes, en visant le Capitole et en attaquant sur les Transports. Il a ainsi démontré rapidement sa volonté que le département existe dans le débat public, et que l’institution a toujours un homme fort à sa tête. Le pari est à mon sens réussi. Jean-Luc Moudenc sait désormais qu’il devra négocier sur un certain nombre de dossiers ; qu’il ne pourra pas passer en force. En revanche Georges Méric va vivre un début de mandat étrange, ne sachant pas vraiment quel sera l’avenir du département. Il faudra attendre pour cela l’après-régionales … »

 

Travail : Comment mettre le sexisme au placard ?

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