[Dossier] Comment Toulouse prépare « la Primaire des Français » ?

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Ras-le-bol. Avec la primaire de la droite et celle de la gauche (encore éventuelle), les présidentielles sont dans tous les esprits. Entre ces deux voies et celles de Front national, plusieurs mouvements se sont associés à Paris pour lancer une ‘‘primaire des Français’’. À Toulouse, les relais locaux de cette initiative sont déjà sur le pont.

 

Le 11 avril dernier, six mouvements dits ‘‘citoyens’’ annoncent leur union pour trouver un candidat aux prochaines élections présidentielles, qui soit issu de la société civile. Objectif, bousculer le casting qui se devine pour 2017 : Hollande, Le Pen, Sarkozy ou Juppé. Cap 21-LRC, Nous citoyens, Génération Citoyens, Bleu-Blanc-Zèbre, La Transition, et Pacte civique ont donc lancé un appel à signer la pétition pour ‘‘Une primaire des Français’’ et espèrent recueillir 500 000 signatures pour véritablement proposer une alternative. Une mobilisation qui nécessite une campagne sur tout le territoire. Quelques jours après cette annonce, la première réunion en province s’est tenue à Toulouse sous l’égide de La Transition. Le cofondateur du mouvement François Momboisse est venu rencontrer la presse locale, les responsables locaux des divers mouvements impliqués, et autres curieux venus se renseigner. « Nous partageons avec les 5 autres mouvements le sentiment que les solutions viennent des gens, nous voulons donc faire émerger un candidat non professionnel de la politique, qui ne sort pas de l’ENA, mais qui possède une réelle expérience professionnelle », explique François Momboisse, qui précise que ce ne sera pas l’un des responsables nationaux des mouvements en question. La pétition pour une ‘‘Primaire des Français’’ se veut un électrochoc pour créer une nouvelle dynamique, « un brassage de citoyens », duquel émergera « un homme ou une femme », mais aussi des propositions. Ce sera une deuxième étape. L’heure est d’abord à la chasse aux signatures.

« Une cellule de communication commune est en train de se mettre en place »

Localement, les forces commencent à s’organiser. « Une cellule de communication commune est en train de se mettre en place, avec des représentants de tous les mouvements », indique Pierre Cabaré, responsable de Cap 21-LRC à Toulouse. Le blog ‘‘La Primaire des Français à Toulouse et sa région’’ est en ligne et compte Twitter activé. Des opérations de tractage vont commencer dans les marchés, mais également du collage d’autocollants sur les vitrines des commerçants, ainsi que l’organisation de prochaines réunions publiques. Dans un premier temps, ce sont des documents publiés par La Transition qui seront distribués. Le message « ça suffit ! » inscrit en gros caractère « résume bien la pensée commune », selon Jean-François Bataille, membre de La Transition à Toulouse. « Mais prochainement, des supports de communication communs seront édités », annonce-t-il. « Nous allons également mettre en place une campagne d’envois de textos à tous nos réseaux », précise Pierre Cabaré. Un autre axe de cette mobilisation sera « d’aller chercher les maires des petites communes qui ne sont pas politisés », poursuit-il. Un petit de groupe se met donc au travail, mais le manque de militants de ces micromouvements risque d’être un handicap. « Nous ne cherchons pas des petites mains qui viendront seulement tracter puis qui n’auront aucune responsabilité », remarque François Momboisse, qui veut marquer une différence avec les partis traditionnels, « nous cherchons des gens qui veulent apporter des idées ». Au niveau national, 45 000 signatures ont été recueillies en une semaine. « On est remontés à bloc pour faire signer cette pétition ! » lance Valérie Piganiol, responsable de Nous citoyens dans le Tarn, particulièrement indignée contre la dernière réforme de l’élection présidentielle qui a été, selon « un déclencheur de cette initiative » (cette réforme modifie notamment les règles concernant les temps de parole des petits partis lors de la campagne, NDLR).

« Contrairement au mouvement de Macron, nous voulons être et de droite et de gauche »

Sur le fond, les contours politiques de cette démarche sont encore flous. « Contrairement au mouvement de Macron, qui se veut ni de droite, ni de gauche, nous voulons être et de droite et de gauche », soulève Valérie Piganiol. Chaque composante a déjà mené son propre travail de réflexion sur les grands sujets de société, comme l’emploi, l’énergie, ou encore la répartition des richesses…   « On commence un travail de synthèse, mais il est encore tôt pour parler de programme », remarque la militante de Nous citoyens. Est-ce que ce programme dépassera la synthèse de ces mouvements ?  « Les idées viendront des gens, l’objectif est de faire remonter les demandes des citoyens et de les transformer en politique », affirme François Momboisse.

La première réunion toulousaine a attiré des personnalités locales du monde de l’entreprise, qui ne sont pour l’instant membre d’aucun mouvement, comme Éric Charpentier, PDG fondateur de Payname ou encore Sophie Iborra, dirigeante d’une agence de communication et fondatrice du club d’entreprises Ex aequo. Cette dernière a connu un premier engagement politique sur la liste de Citoyens du Midi de Philippe Saurel, lors des élections régionales de décembre 2015 : « Cette initiative de Primaire des Français s’inscrit dans la même logique, elle part du même constat de lassitude générale des gens envers la politique et les partis », remarque-t-elle. Mais pour le moment, Sophie Iborra ne s’engage pas dans ce processus : « ça m’intéresse, mais je vais attendre de voir comment ça se passe ; peut-être qu’ils sont sincères et qu’il n’y a pas d’ambitions politiques derrières, mais je me méfie ». Les dernières régionales ont vu l’émergence de nombreuses listes ‘‘citoyennes’’ en LRMP, est-ce que cela pourrait être un terreau pour cette primaire ?  « Si c’était encore un peu tôt pour la liste Citoyens du midi, l’exemple de Montpellier qui est une ville gérée par des citoyens non-encartés reste révélateur », selon Sophie Iborra. Gérard Onesta, tête de liste d’Alternative citoyenne (union du Front de gauche et EELV entre autres composantes de gauche) aujourd’hui élu conseiller régional, reste sceptique sur ce mouvement : « Je n’ai signé aucun des appels, mais je suis très observateur de ce qui se passe ; les primaires sont toujours un moyen d’accéder à un ministère… Il faut remettre en cause le mécanisme même de la présidentielle qui rend fou le monde politique et créer une république nouvelle, plus parlementaire, plus citoyenne, sans tomber dans les travers de la IVe République », estime-t-il. L’ADN politique d’Alternative citoyenne, comme des autres listes citoyennes de notre région, est ancré à gauche. La Primaire des Français, aura des difficultés à convaincre ce public-là, très politisé. Il faudra chercher les signatures ailleurs. Si l’objectif des 500 000 n’est pas atteint, la primaire restera peut-être au stade de l’utopie. Mais comme l’a déclaré le Zèbre, Alexandre Jardin, « 500 000, c’est le minimum, car on se casse le cul ! »

 

Qui sont ces mouvements citoyens ?

 

Cap 21-LRC : Corinne Le Page (ex Modem) a créé en 1996 Cap 21, qui a fusionné en 2014 avec Le rassemblement citoyen. Il prône une transition énergétique liée à une transition économique et sociale.

Bleu Blanc Zèbre : L’écrivain Alexandre Jardin a lancé BBZ en 2015. Il se définit comme un ‘‘Do tank’’, soit un club de ‘‘faizeux’’ qui réfléchit à des solutions concrètes à un problème donné.

La Transition : Crée en 2015 par Claude Posternak (ex PS), La Transition veut représenter les français qui n’ont plus confiance aux partis et souhaite un « président de transition » afin de relancer le pays.

Nous citoyens : Fondé par l’homme d’affaires Denis Payre en 2013, Nous citoyens propose un « projet citoyen », basé sur une révision du droit du travail et le renouvellement de la vie politique.

Génération citoyens : En 2015, l’eurodéputé Jean-Marie Cavada lance ce mouvement avec des frondeurs de Nous citoyens et se positionne sur une ligne de libéralisme économique et sociale.

Pacte civique : Cecollectif d’associations, crée en 2011, a lancé une plateforme collaborative pour appeler la société civile à « penser et à agir ensemble » face à la crise économique et politique.

 

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