[Dossier] Comment communiquent nos élus

dossier communicant elus

Décryptage. Nous avons décidé de disséquer et d’analyser la communication verbale et comportementale de nos principaux élus. Narcisse Carles, spécialiste de la communication – coach de politiques, et René Girma, le Monsieur économie de Sud Radio, se sont prêtés au jeu. Narcisse Carles est d’ailleurs très critique sur la manière dont les élus toulousains communiquent : « La communication politique est de toute façon très triste en Province. A Paris, 90 % des politiques pratiquent le média training. A Toulouse, les élus ont l’impression de tout savoir … Mais ce qu’ils nous montrent est bien triste. »

 

Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées

Nous sommes en 2010, en pleine campagne régionale, et le président Malvy est invité sur le plateau de nos confrères de Toulouse Infos. Narcisse Carles visionne ce moment avec nous grâce à You Tube : « Il s’adresse à son interlocuteur, il le regarde, voire le fixe. Cette attitude durant les interviews est loin d’être la même pour tous les politiques … Il a une gestuelle permanente, toujours adaptée à son discours, conforme au message qu’il veut diffuser. Il est naturellement un bon communicant mais je pense qu’il a tout de même beaucoup travaillé dessus. C’est sans doute pour cela que Malvy est toujours sorti du lot. » Nous regardons maintenant une interview accordée à TLT en mai dernier sur la réforme territoriale : « Il reste le meilleur communicant sur nos terres, et de loin ! Il a une voix qui porte, posée, avec un débit ni trop lent, ni trop rapide. En matière de communication, il y a trois critères pour rendre crédible un message : Les gestes et l’intonation pour 95%, le reste pour les mots. Il a les trois. » Même son de cloche chez René Girma, « c’est un bon client pour nous. Toujours à l’aise et sur tous les sujets. Il a un vrai charisme naturel, en impose.» Mais le journaliste émet tout de même un bémol : « Il connaît parfaitement les dossiers, parfois même peut-être trop. Il a du mal à faire court et à synthétiser son message … Or, l’art de la synthèse, c’est la pratique médiatique d’aujourd’hui. » Pour Narcisse Carles, la bonne communication de Martin Malvy explique sa longévité : « Il l’a clairement travaillée, mais a également une vraie qualité d’écoute. C’est ainsi qu’il est apprécié à gauche comme à droite. »

 

« Malvy est naturellement un bon communicant »

 

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, Président de la métropole

Retour à la campagne municipale et au dernier meeting de campagne de Jean-Luc Moudenc, disponible sur Dailymotion. Narcisse Carles décortique : « C’est clair, voici quelqu’un qui a beaucoup travaillé depuis ses débuts. Sa voix porte davantage et les gestes appuient le message. Il a d’ailleurs toujours eu une gestuelle assez présente. » Pourtant certains défauts semblent encore apparents chez le maire de Toulouse : « Il est en permanence en train de regarder ses notes. Il ne les lit pas mais il a besoin d’un secours … Il manque encore un peu de confiance en matière de communication, sinon il n’aurait pas besoin de support ou de recours. Une nécessité de sécurisation est un obstacle à une bonne et efficace communication, car quand il baisse les yeux sur son papier il ne fixe plus son auditoire. » Ce spécialiste de la communication comportementale analyse également les progrès de Jean-Luc Moudenc : « Tout a progressé chez lui … La voix, l’intonation, la posture. Il est désormais un orateur qu’on écoute, il sait désormais soutenir l’attention du public. » Nous regardons maintenant son dernier débat télévisé avec Pierre Cohen sur France 3 lors de la campagne municipale : « Y’a pas photo ! Moudenc était au-dessus avec un discours calme et posé, jamais agressif dans l’expression. On sent que l’exercice est maitrisé. Il est plus détendu que son adversaire, la preuve il utilise toujours les deux bras dans sa gestuelle. Quand il s’exprime il écarte les mains, c’est un signe d’ouverture. » Un avis partagé avec René Girma, « Il est devenu très à l’aise dans les médias. Il est un peu moins techno qu’auparavant, plus pratique », qui nuance tout de même : « Son seul problème et il le sait, c’est qu’il manque de charisme. Il est obligé de le travailler. » Mais pour le journaliste toulousain, Jean-Luc Moudenc possède une vraie force : « Il maitrise ses dossiers sur le bout des doigts, alors qu’avec d’autres élus qui savent bien communiquer dès qu’on gratte un peu c’est le désert … »

 

« Moudenc : Tout a progressé chez lui »

 

Pierre Cohen, ancien maire de Toulouse, conseiller municipal d’opposition

A l’instar de Jean-Luc Moudenc nous analysons avec Narcisse Carles le dernier débat de la campagne municipale : « Regardez son visage, il est fermé et tendu. Il n’utilise qu’une main pour soutenir son discours, l’autre tient la table. Il contrôle ainsi du stress, de la tension voire de l’agressivité. Il a également beaucoup de mal à soutenir le regard de son adversaire … Dès qu’il commence à parler il est de suite dans l’agression, avec un discours beaucoup saccadé et rapide. Il donne le sentiment perpétuel d’être sur la défensive » L’impression est confirmée par René Girma : « Tout le monde sait qu’il a horreur de la communication. Je ne sais pas s’il a beaucoup travaillé l’exercice durant sa mandature mais il n’a pas du tout progressé. Ce dernier débat l’a forcément desservi. »

Pierre Izard, président du Conseil général de Haute-Garonne

Nous sommes en train de regarder le discours de Pierre Izard lors du dernier congrès du PS (2012) qui avait eu lieu à Toulouse. Narcisse Carles est très attentif, le président du Conseil général est à la tribune : « Il n’y a aucune gestuelle, les mains sont bloquées et il ne lève quasiment jamais les yeux. Il lit son discours comme s’il ne s’intéressait pas à l’auditoire qui lui fait face … Il ne donne pas le sentiment d’un élu qui cherche à convaincre.» Pourtant, selon ce spécialiste de la communication Pierre Izard sait compenser ces défauts observés : « Le charisme est là, la voix porte et il articule particulièrement bien. Il sait user de sa posture imposante. » Le journaliste René Girma apparaît lui-aussi assez critique sur le président du Conseil général : « Il fait de la communication des années 70 ; il n’a pas du tout la fibre. Mais s’il est là depuis tant d’années, c’est qu’il sait tout de même faire. » La recette de Pierre Izard est donc peut-être ailleurs : « Malgré son âge, il conserve un certain punch qui cache une vraie autorité », précise Narcisse Carles.

Jean-Michel Lattes, premier adjoint au maire de Toulouse, vice-président de la métropole, président de Tisséo

Il y a quelques semaines le premier adjoint de Jean-Luc Moudenc était l’invité de notre web tv. Narcisse Carles regarde ce moment avec attention : « Il sourit très souvent durant l’interview. C’est une vraie qualité car il détend et rend ainsi accessible un propos parfois complexe à vulgariser. Il est clair, calme, posé et articule bien.» En revanche les défauts à corriger pointent rapidement : « Il croise de suite les mains, et s’empêche ainsi toute gestuelle pour la suite de l’entretien. C’est comme s’il avait mis un cadenas. Il faut qu’il veille à sa posture qui pourrait en faire plus un technicien qu’un bon communicant. » René Girma est moins critique et juge Jean-Michel Lattes comme un véritable atout pour Jean-Luc Moudenc : « Il donne l’image d’une personnalité plus société civile que politique. Il n’a pas beaucoup à se forcer pour être un bon communicant, c’est naturel chez lui. Le béret, le chant, la tauromachie … Autant d’éléments qui construisent un personnage accessible et qui ne triche pas. Lattes c’est Tintin au pays de la gestion ! » Narcisse Carles conclut de manière positive : « S’il corrige sa gestuelle, il pourrait être au-dessus du lot. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.