vendredi 27 novembre 2020
Politique Conseil général : coulisses d’une pré-campagne

Conseil général : coulisses d’une pré-campagne

 

Préparatifs. En mars prochain les élections départementales promettent d’être explosives. En effet, ce qui paraissait improbable il y a encore quelques mois est aujourd’hui une hypothèse crédible… La droite est en capacité à ravir la citadelle socialiste, aujourd’hui présidée par Pierre Izard.

Regardons dans le rétroviseur. Avant les dernières élections municipales, personne n’osait imaginer un PS en difficulté au Conseil général… Au pire, c’était la suppression de l’institution via la réforme territoriale qui était imaginée, et d’ailleurs contestée par les barons locaux. Mais aujourd’hui, le scénario a évolué en cours de route ; Jean-Luc Moudenc est revenu dans son bureau du Capitole perdu en 2008. Une nouvelle secousse, conséquence d’ailleurs directe de la première, vient d’avoir lieu avec les élections sénatoriales. Le résultat a été historique (du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale) et la droite a ainsi obtenu trois sénateurs. Un présage pour la future bataille départementale ?

 

Comment la gauche se prépare

 

Sébastien Vincini, fraîchement élu à la tête du PS 31, ne s’affole pas dans un tel contexte mais tient un discours empreint de pragmatisme : « Le danger est là ! Ces élections sont donc un enjeu majeur pour le PS et la gauche dans son ensemble en Haute-Garonne. » Le patron des socialistes cible son propos : « L’enjeu posé est simple : nous devons maintenir un niveau de solidarité très important, et dans ce cadre-là, le rôle du département est essentiel. Il est clair qu’avec la droite aux commandes la solidarité ne sera plus une priorité. Nos candidats devront l’expliquer partout ! » Pour Sandrine Floureusses, actuelle vice-présidente du Conseil général et dont il se murmure qu’elle serait placée pour la succession de Pierre Izard, l’inquiétude n’est pas forcément encore de mise : « Je ne peux pas croire que nous puissions perdre la majorité dans le département. Il y aura certes une déperdition due à l’influence de Jean-Luc Moudenc sur Toulouse, et liée également au contexte national, mais de là à… » Pour faire barrage à cette droite qui bombe le torse, le message socialiste est clair : « Nous devons travailler à l’union », avance Sébastien Vincini. Comme si des enseignements avaient été retenus suite aux défaites municipales et sénatoriales où la désunion à gauche a été manifeste. « Notre porte n’est fermée à aucun de nos partenaires historiques. Qu’ils soient écologistes, occitans, radicaux ou communistes, tous sont les bienvenus autour de la table. » Pourtant les choses paraissent bien compromises pour des raisons et nationales, et locales. Comment en effet convaincre des écologistes, occitans et membres du Front de Gauche de s’allier au niveau du département alors que toutes ces entités contestent la politique gouvernementale ? Le pari s’annonce difficile voire impossible. D’autant que des enjeux locaux viennent de compromettre tout rêve d’union. Il y a avant tout le désaccord persistant entre les communistes et le Parti de Gauche (voir notre article page 8), mais aussi le positionnement très libre d’EELV (Europe Écologie Les Verts). Car en Haute-Garonne, les écologistes semblent plutôt séduits par le modèle grenoblois (ou le nouveau maire, Éric Piolle, a réussi à fédérer une grande partie de la gauche anti-austérité), et ne s’interdisent absolument pas une possibilité d’accord avec le Parti de Gauche et d’autres composantes. Par ailleurs, le cas de Colomiers pourrait également rendre impossible toute velléité d’entente avec les socialistes. C’est en effet sur ce canton (désormais le 21) que se trouve le seul élu écologiste du département, le trublion Patrick Jimena. Un ovni dans le paysage politique local, une figure pour EELV qui ne compte pas baisser pavillon… Or, Arnaud Simion, premier adjoint de Colomiers, compte bien se présenter avec l’étiquette PS sur ce même canton. Mais avant de parler des noms et de la composition des binômes (car maintenant chaque canton élira un couple de candidats homme/femme) qui mèneront la campagne avec l’investiture PS, Sébastien Vincini veut procéder par étapes : « Je souhaite avant tout mettre la barre haute en matière de projet. Cela doit être la priorité. Pour le reste, nous travaillons actuellement sur le calendrier des investitures, en misant sur le renouvellement. Je m’implique fortement dans le processus et je vais rythmer les choses », promet Sébastien Vincini. Bien consciente de la contestation envers l’exécutif, Sandrine Floureusses mise avant tout sur l’implication des élus et leur bilan : « Pour beaucoup d’entre nous, nous sommes reconnus sur nos territoires, et bien au-delà de notre étiquette politique. Nous n’avons pas à rougir de notre action, et le retour que j’ai sur le terrain me rend optimiste. » Parmi les rumeurs importantes à gauche, notons que l’ancienne adjointe de Pierre Cohen, Isabelle Hardy, serait prête à partir sur le canton 18 (Toulouse centre, Alsace-Lorraine) en tandem avec Serge Soula. Alain Refalo, d’EELV, envisagerait de semer le trouble sur le canton de Tournefeuille. Quant au patron du PS 31, Sébastien Vincini, s’il « ne veut pas brûler les étapes », on le voit mal ne pas partir au combat sur le canton dAuterive : « C’est prématuré de l’annoncer, mais je fais partie d’une génération qui est amenée à prendre ses responsabilités. » En cas de victoire, Georges Méric et Sandrine Floureusses semblent déjà prêts pour prendre la place de Pierre Izard. Le Toulousain Jean-Michel Fabre y réfléchit… Mais Pierre Izard veut-il vraiment partir ? Pas sûr.

Une droite « drivée » par Moudenc et Chatillon

Le décor est planté, et à l’instar de Dominique Baudis en son temps, Jean-Luc Moudenc a clairement pour objectif de mettre en place un système autour du Capitole : « Toutes les décisions passent par Jean-Luc. C’est notre leader, et c’est lui le moteur de la reconquête », nous confirme le secrétaire départemental adjoint de l’UMP, Xavier Spanghero. La recette toulousaine du succès ayant été  l’union de toutes les composantes de la droite et du centre, le Capitole met de nouveau tout en œuvre pour une récidive, cette fois-ci départementale. Ainsi, Jean-Luc Moudenc s’active avec ses amis historiques, Jean-Michel Lattes et Jean-Jacques Bolzan à l’UDI, et Jean-Luc Lagleize au MoDem pour fédérer son monde. La stratégie est déjà payante, et la semaine dernière tous les responsables de partis se sont déjà rencontrés : « La logique d’union est en marche, et nous la souhaitons sur les 27 cantons », résume J.L Lagleize, président du MoDem 31. Mais ce dernier reste tout de même exigeant vis-à-vis de l’UMP : « Nous revendiquons le respect de l’identité de chaque partenaire, et invitons tout le monde à réfléchir sur la vision que nous souhaitons donner collectivement du département. Notre projet devra être cohérent et défendu par tous ! » Pour les amis de François Bayrou, il s’agira également d’imposer des « incontournables » de la maison orange. On pense ici à Arnaud Lafon, le maire de Castanet-Tolosan, ou à Marthe Marti, adjointe de Jean-Luc Moudenc, qui devrait partir en tandem avec l’espoir UMP Christophe Alvès sur le canton 15. Du côté de l’UDI, on semble vouloir imposer l’avocat Éric Mouton (proche de Christine de Veyrac) sur un canton toulousain ou bien encore le jeune Grigori Michel sur le canton 10 : « Ma motivation est d’imposer une nouvelle génération, et d’être plus proche des réalités du terrain », argumente ce dernier qui est en concurrence pour l’investiture avec un UMP. Pour le canton 21 (Colomiers) le nom de Laurent Laurier (UDI) semble faire l’unanimité. Pour Toulouse intra-muros, la stratégie est claire, le Capitole va miser sur ses maires de quartiers. Ainsi donc Olivier Arsac (Debout la France), Maxime Boyer, Christophe Alvès, Laurent Lesgourgues ou bien encore Jean-Baptiste de Scoraille devraient partir au combat sous la bannière Moudenc. S’il advenait que la droite conquiert le Conseil général, qui deviendrait alors le leader ? Des hypothèses circulent sous le manteau. Celle qui amène à Jennifer Courtois-Périssé, proche du sénateur Alain Chatillon, l’autre faiseur de rois en Haute-Garonne, mais l’opposante n°1 à Pierre Izard depuis 2010, n’a pas pris de décision quant à sa candidature… Michel Aujoulat, premier vice-président de Toulouse Métropole, se tâte pour partir sur le canton de Tournefeuille, et pourrait être également un profil idéal. Tout comme le maire de Castanet-Tolosan, Arnaud Lafon.

Mais alerte au PS et à l’UMP… Le FN veille au grain et sera présent sur tous les cantons.

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