Brigitte Micouleau : « La gauche voulait créer des apatrides, on marche sur la tête ! »

XXL Brigitte Micouleau ©Sénat

 

Déterminée. La sénatrice Républicaine de Haute-Garonne, Brigitte Micouleau, revient sur l’actualité chargée du palais du Luxembourg. Après la réforme constitutionnelle, finalement abandonnée, le Sénat va bientôt se pencher sur le projet non moins décrié de la loi Travail…

 

François Hollande a abandonné le projet de la réforme constitutionnelle, après la réécriture du Sénat de l’article sur la déchéance de nationalité. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il faut replacer les choses dans leur histoire. Le 16 novembre dernier à Versailles, tous les sénateurs ont applaudi le discours du président de la République. C’était un moment fort d’unité nationale. Il a proposé un ‘‘pacte de sécurité’’, qui était une annonce symbolique forte. Trois jours après les attentats, les symboles ont un sens. Le texte voté par le Sénat le 22 mars dernier est exactement le texte proposé en décembre. Le Sénat est resté constant. Nous aurions pu voter le projet de François Hollande.

 

La majorité gouvernementale pointe du doigt la responsabilité de la droite sénatoriale, qui aurait bloqué le texte pour des raisons politiciennes…

Le président a été dans l’incapacité de rassembler sa famille politique. Son problème est qu’il n’a pas pris la peine de s’assurer une majorité sur ses propositions. Le texte a été ‘‘tripatouillé’’ à l’Assemblée nationale pour en arriver à la déchéance de nationalité pour tous (binationaux ou non, NDLR). La gauche voulait créer des apatrides, on marche sur la tête ! Nous avons seulement voulu revenir sur ce point. Mais au final, l’abandon de ce projet n’a pas de conséquences majeures. Avec la loi contre le crime organisé et le terrorisme, nous avons renforcé notre arsenal juridique, grâce notamment à la création d’un nouveau délit qui punit de 5 ans d’emprisonnement un séjour intentionnel sur un théâtre étranger d’opérations terroristes, l’incompressibilité des peines pour les actes terroristes, la perpétuité réelle… Avec ce texte, on peut faire avancer les choses. Qui peut croire que l’on peut lutter contre le terrorisme avec une réforme constitutionnelle ? Ce projet n’a pas abouti, c’est un échec politique. Et je pense qu’il pourrait en être de même avec la loi Travail.

 

Justement, sur ce projet de loi El Khomri, quelle est votre position à ce stade du débat ?

L’avant-projet a été vidé aux 3 quarts de son sens. Une nouvelle fois, l’Assemblée nationale va largement modifier le texte. Manuel Valls a déjà évoqué la possibilité d’utiliser le 49-3… Nous ne savons pas comment ce projet va arriver au sénat. À ce jour, nous ne connaissons pas ce texte. Mais j’aurais pu voter pour sa version initiale, qui allait dans la bonne direction. Le plafonnement des indemnités prud’homales a déjà été supprimé par les députés socialistes, alors que cela représente un frein à l’embauche pour les PME. La définition précise du licenciement économique est également en train d’être revue, alors que cela permettrait de réduire l’insécurité juridique pour les entreprises et pour les salariés. La question de l’emploi est primordiale. On entend souvent qu’on a tout essayé pour réduire le chômage. On a tout essayé, sauf ce qui marche. Les pays scandinaves, l’Allemagne ou le Royaume-Uni ont renoué avec un fort taux d’emploi. Il faut refonder notre système de formation professionnelle et relancer l’apprentissage. Le coût du travail pour les emplois les moins qualifiés est trop important, je pense qu’il faut une suppression totale des charges sur le SMIC et un allègement complémentaire sur le SMIC et demi.

 

 « J’aurais pu voter pour la version initiale de la loi Travail »

 

Faut-il s’attendre à une réécriture du Sénat ?

Nous allons vers une réécriture, comme l’a annoncé le président du Sénat, Gérard Larcher (LR). Nous allons reprendre notamment des mesures de la loi Macron. Mais attendons de voir ce qui va se passer, car ce projet pourrait être lui aussi abandonné. Le mouvement ‘‘Nuit debout’’ est un signe fort qui prouve qu’il n’y a pas eu de concertation au préalable. Il aurait fallu, auparavant, discuter avec les syndicats. Ce texte a été imposé et les gens n’aiment pas qu’on leur impose des choses. Il y a eu une erreur de communication de la part du gouvernement. Et la menace du 49-3 est la cerise sur le gâteau !

 

A un an des présidentielles, est-ce que cela enterre définitivement toute chance de réélection pour Hollande ?

François Hollande est certes en mauvaise posture. Mais un an, c’est long. Tout est possible. On a connu des présidents en haut de l’affiche, un an avant les présidentielles, s’effondrer. Il faut rester humble. Je ne ferai pas de prospectives. On ne sait pas encore quel sera le candidat de la droite en face. La primaire ne va pas être simple. Il y a pléthore de candidats, et la liste n’est pas encore finie. Hollande lui-même sera-t-il candidat ? Il attendra certainement le dernier moment pour l’annoncer.

Dans le cadre des primaires à droite, avez-vous pris position pour un candidat ?

La campagne débute, pour l’instant on est dedans sans y être. Personnellement, je suis une juppéiste dans l’âme, même si je n’ai pas encore affiché de soutien officiel.

 

 

CV express

Née le 10 septembre 1951

À Mazamet

Profession : Assistante de direction

Militante LR depuis l’âge de ses 18 ans (ex-UDF, puis UMP)

Fonctions politiques : Sénatrice de Haute-Garonne, adjointe au maire de Toulouse en charge de la politique des séniors

 

 

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