Une histoire qui ne manque pas « d’selle »

Chers amis, Installez-vous confortablement; je vous emmène au spectacle.

Je suis à Lyon pour voir mon père, quand un vieil ami me téléphone, « Comment vas-tu mon p’tit gars, c’est  Pierre ! » Agréablement surpris, je m’arrête de marcher. « Oh mon Pierrot, ça me fait plaisir, figures-toi que je viens de te voir à l’affiche du théâtre de la ville, quelle coïncidence » … « Justement mon p’tit Alex, j’ai eu ton papa au téléphone qui m’a dit que tu étais là, donc je t’appelle pour vous inviter ».  « Mais avec grand plaisir, merci à ce soir ! ». Onze coups retentissent, puis trois ; la lumière s’estompe doucement et le rideau se lève au-dessus de nos yeux d’enfants. Pierre vient d’entrer en scène ; il virevolte, débite, apostrophe ses partenaires avec aisance, c’est un grand comédien. Les quiproquos qui s’enchainent et l’énergie de Pierre nous font passer un très bon moment. C’est au champagne que l’on finit cette excellente soirée, en nous promettant de nous revoir.

Le lendemain une visite ministérielle nous bloque dans les rues de Lyon, j’ai peur de rater mon train pour Toulouse. Mon téléphone sonne ! « Allo c’est Pierre, tu vas bien mon p’tit gars ? Bon écoute ; mon ami le ministre vient me voir jouer ce soir et j’ai besoin de toi à mes côtés, Ok ?Bon faut que je te laisse, à ce soir !». « Mais non je… Allo ? Allo ? Pierre ? Allo ! Il a raccroché! » Mon père dit en rigolant, « de toute façon, tu as raté ton train !». Nous revoilà au premier rang du théâtre, mais cette fois, de chaque côté d’un ministre pas très causant. Cela fait vingt minutes que la pièce a débuté et Pierre est déchainé. Il s’adresse à son majordome, un vieux comédien de 86ans, en se confiant à lui. « Rendez-vous compte mon ami, je suis abasourdi ! » Il lève les bras, l’air accablé, et s’apprête à se laisser tomber dans le fauteuil, comme il l’avait fait la veille. Seulement à notre grande surprise, c’est le majordome qui le prend de vitesse et s’assoit à sa place…Pierre est coupé dans son élan, il fige sa dernière expression, se retourne vers lui, et dit en chuchotant, « Qu’est-ce qui te prends? » le grand père tétanisé répond, « jmchchcmu », Pierre repose la question « Qu’est-ce qui se passe ? » le vieux comédien, « jmchchcmuU ! ». Pierre ne comprend rien, « quoi ?», le papy redresse la tête agacé et dit très fort, « Je me suis chié dessus »… Pierre ouvre grand la bouche, et explose littéralement jusqu’à se rouler par terre.

Le public se tord hilare, tandis que le rideau se ferme sur la scène inachevée. Le ministre en larmes me demande ! « Ce n’était pas prévu çà ?». Au bout de dix minutes la comédie redémarre. Le grand père reprend son rôle comme si de rien n’était mais Pierre n’arrive pas à parler. Tout le monde sait qu’il va exploser, ce qui ne tarde pas à arriver. Le rideau tombe à nouveau et le public est plié en deux …Les comédiens tentent de reprendre la scène à trois reprises sans y parvenir.  Les gens n’en peuvent plus ; quand le directeur apparait sur scène. « Je suis désolé ; je vais vous raconter la fin de la scène, puis nous reprendrons à l’acte suivant, merci de votre compréhension

La salle s’est apaisée, la pièce peut continuer : Pierre est en tenue d’équitation, il rentre énergiquement et demande, « Où est ma selle ? Elle était là ! Je dois monter à cheval, où est ma selle ? » Le regard coupable et le silence un peu trop long du vieil homme, rend l’instant insurmontable. Pierre explose de plus belle, entrainant avec lui le public et la fermeture du rideau.

Le directeur réapparait, « il est impossible de continuer, donc je vous invite tous à la représentation de demain après-midi, qui devrait se dérouler normalement, enfin je l’espère ». Pour ma part, je n’ai pas pu y assister, j’étais en selle pour Toulouse, dans l’arrière train…

 

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