Philippe Goirand
Philippe
Goirand
Militant de Nouvelle Donne

Transports : urgent d’attendre ou d’agir ?

 

J’ai suivi ce 12 novembre le débat sur les transports organisé par  Le journal Toulousain. Première surprise : Sacha Briand, représentant la nouvelle municipalité de droite, n’a pas, dans sa présentation des enjeux de la mobilité à Toulouse, fait le lien avec le réchauffement climatique ni avec la pollution urbaine touchant la santé de milliers de toulousains. La nouvelle équipe municipale reprendrait-elle à son compte la phrase de Sarkozy (« L’environnement, ça commence à bien faire ») ? L’expression phare de la soirée a été « pas de dogmatisme ». Mais comment ne pas l’être en proposant une 3e ligne de métro mobilisant l’essentiel des investissements en transport des 10 prochaines années. Mr Briand nous dit qu’en fonctionnement, le métro est plus rentable. Tient-il compte des coûts faramineux d’entretien (renouvellement du matériel roulant, escalators, système de surveillance…) ? La rentabilité est-elle toujours au rendez-vous en ajoutant le coût d’investissement (entre 60 et 80 M€ par km de métro) ? Jean-Luc Moudenc a fait un coup politique gagnant en polarisant la dernière campagne électorale sur la 3e ligne de métro. Aujourd’hui, il lui reste à étudier sa faisabilité financière, technique, son impact pour la mobilité dans notre agglomération. Remarquons aussi que JLM a « vendu » aux toulousains un projet qui, pour être financé, doit convaincre les représentants de plus de 100 communes composant l’Autorité Organisatrice de Transports Tisséo. Dure loi de la politique où l’on peut se faire élire sur des promesses qu’on étudiera ensuite…

 

La question du tram est intéressante. La première ligne de tram a été initiée par Jean-Luc Moudenc dans son premier mandat et inaugurée par Pierre Cohen. Il est étonnant qu’un tel projet se soit arrêté aux Arènes sans atteindre le centre-ville et participe de ce fait à saturer la ligne A du métro… La fréquentation de 20 000 passagers par jour (au lieu des 30 000 escomptés) ne justifiait pas un tram. Un bus Linéo aurait suffi. Le projet de l’équipe Cohen a donné plus de sens à ce choix. La prolongation de la ligne jusqu’au Palais de Justice a permis de dépasser 30 000 voyageurs par jour. Atteindre la gare Matabiau et réaliser un tram circulaire autour de la ville aurait permis d’atteindre une fréquentation en rapport avec le coût d’investissement (25 M€ par km), réalisable dans les prochaines années, accompagné d’un travail sur l’espace public (en particulier le bord du Canal) donnant plus d’espace aux piétons et cyclistes. Mais le tram a un gros défaut : il prend de l’espace à la voiture, contrairement au métro. Et ça, la nouvelle mairie ne veut pas le faire. Elle ne veut pas contraindre les nombreux automobilistes qui le pourraient déjà à changer leurs habitudes, quitte à les noyer encore plus dans les bouchons. Comme si Toulouse était sur une autre planète, où n’existe pas le réchauffement climatique, où les décideurs et les citoyens n’ont pas de responsabilité en la matière. D’où l’ « oubli » de la question écologique dans la présentation de Sacha Briand sur l’enjeu des transports. La nouvelle mairie a été élue en flattant les individualismes et reste dans sa logique. Nous disions donc : « pas de dogmatisme »…

 

« Cette encombrante 3ème ligne de métro »

 

Or, la voiture, c’est 60% des déplacements dans l’agglomération (77% sans tenir compte des déplacements à pied) pour une distance moyenne de 7 km. Autant dire que de nombreux trajets effectués en voiture pourraient l’être par un autre moyen, pour peu qu’il soit accessible ou simplement valorisé. Avec les transports collectifs, le vélo est une alternative à de nombreux déplacements automobiles, si les aménagements, les services et la pédagogie suivent. Mais la seule mesure à retenir aujourd’hui de la nouvelle équipe est l’abandon de l’aide à l’achat de Vélos à Assistance Électrique… (Pourtant un excellent moyen de faire de longues distances à vélo en faisant fi des côtes ou de la transpiration). Et chacun peut constater le relâchement des autorités en matière de stationnement sauvage sur les trottoirs et les voies cyclables. Jean-Luc Moudenc semble aujourd’hui piégé par le coup de com de sa campagne électorale avec cette encombrante 3e ligne de métro, dont le financement met à mal tous les autres projets de mobilité (et même le prolongement de la ligne B vers Labège). Le résultat risque d’être une énorme perte de temps pour le développement des mobilités alternatives à la voiture dans notre agglomération, avec son lot d’encombrements, pollutions et émissions de gaz à effet de serre.

 

+ 2° ou + 4° de réchauffement climatique global dans le siècle ? C’est à nous de décider si nous voulons garder notre planète vivable ou pas. Cette décision passe par nos comportements individuels quotidiens et donc par notre manière de nous déplacer. Elle passe aussi par le courage de nos personnels politiques, nationaux et locaux.

 

 


4 COMMENTAIRES SUR Transports : urgent d’attendre ou d’agir ?

  1. Patrick AUBIN dit :

    Je suis toujours mort de rire lorsque je vois écrit : “+ 2° ou + 4° de réchauffement climatique global dans le siècle ?”

    Tout d’abord, une telle phrase relève toujours du scientisme, et le développement qui est fait ici nous le prouve. Il avait le point Godwin, il y a dorénavant le point “écoïsme” : une fois que le réchauffement climatique est cité, ça doit clore toute discussion !

    Or tous les modèles de prévisions en matière de climat sont faux : la planète est toujours vivante et n’a absolument pas besoin de l’homme pour modifier son climat ou être sauver de quoi que ce soit. Aujourd’hui, même les experts du GIEC, si sur d’eux il y a quelques années en arrière, ont révisé leur discours. Ils ne parlent même plus de réchauffement climatique mais de “changement climatique”, puisque malgré tout le CO2 envoyé dans l’atmosphère ces 15 dernières années, il s’avère que les températures n’ont pas évolué dans le sens prévu. Dur, dur lorsque des croyances finissent par perdre leurs substances.

    Marrant de voir un militant de gauche aussi parler d’économie dans le sens de la rentabilité. Gauche, droite, de toute façon même combat : quelques individus pensent avoir les solutions aux problèmes qu’ils causent. Mais vous remarquerez que c’est toujours avec l’argent des autres que leurs projets se réalisent : aucun de ceux-là n’investira son argent dans ces fabuleux projets qu’ils appellent “structurants”.

    Et là encore en matière de prévisions, tous les modèles économiques se plantent (alors en plus quand il leur est ajouté une couche de réchauffement là dessus, je ne vous parle de la tête des modèles !) : et pourtant, cela devrait être plus facile, non ? L’économie est bien une invention purement humaine non ? Mais boum badaboum, comme beaucoup l’ignore, l’économie est soumise aux lois naturelles. Et comme, il est plus simpliste de faire du constructivisme que de comprendre ce que devrait être la vraie économie, on continue d’avoir des dirigeants politiques qui pensent résoudre tous les problèmes de la civilisation en spoliant les citoyens rendus esclaves ou addicts à l’état. Cela marchera tant qu’une majorité n’aura pas compris l’objet des manipulations politiques dont ils font l’objet. et heureusement, cela marche de moins en moins !

    • Bosvieux dit :

      Un mot bravo !! Vous arrivez à faire dire que les scientifiques du GIEC ne sont pas sur d’eux voire se trompent, drôle d’interprétation du 1er volume que je vous invite à relire sans à priori climato-sceptique http://www.developpement-durable.gouv.fr/Volume-1-changements-climatiques.html
      . Ca doit être difficile pour vous de penser avoir raison contre l’immense majorité des scientifiquement, donc face à un complot planétaire dont le but est peut être la fin de l’Humanité !

      Juste pour préciser : le climat change mais fait un peu plus que se réchauffer : épisodes extrêmes, augmentation du niveau de la mer, modification des précipitations… Et même il peut y avoir refroidissement par endroit… Voilà pourquoi on dit changement et non plus réchauffement. La sémantique c’est important !

  2. Philippe Goirand dit :

    Cher “contrepoint libéral”, je qualifie pour ma part de scientistes ceux qui pensent que l’homme s’en sortira toujours par la science. L’homme moderne a 100 000 an. Rien du tout comparé à d’autres espèces. L’homme ne survivra à mon avis que s’il sait associer progrès scientifique et sagesse, que s’il a la modestie d’accepter qu’il a besoin d’une nature préservée pour survivre.

    Vous êtes assurément un grand scientifique pour affirmer que tous les modèles de prévisions en matière de climat sont faux. Pour ma part, j’en suis réduit à me fier aux rapports du GIEC, groupe d’experts reconnu par la quasi totalité des pays. Ses rapports étant soumis à l’approbation de l’ensemble des états, la critique que je lis le plus souvent est qu’ils sont moins alarmistes qu’ils ne devraient. Le fait qu’il y ait des marges importantes d’erreur est une évidence pour tout le monde. Simplement parce que nous pouvons encore espérer des effets de régulation de la température ou craindre au contraire des effets d’accélération (par exemple le méthane que pourraient libérer les terres gelées). Le fait que le terme “changement climatique” soit employé indique que le réchauffement ne sera pas perçu partout avec la même ampleur, mais que c’est bien un réchauffement global qui est déjà constaté. Le 3è rapport du GIEC indique par exemple que les années 1990 ont été la décennie la plus chaude sur la période 1860-2000.

    Vous êtes surpris qu’un militant de gauche parle de rentabilité. Heureux de vous surprendre… Je pourrais aussi parler d’efficacité, en particulier énergétique… Je combats le libéralisme et la manière dont la mafia financière mondiale a pris le pouvoir, entre autre parce ce qu’il n’y a pas plus inefficace en termes de développement humain.
    Et vraiment désolé, mais mes moyens ne me permettent pas de financer personnellement une infrastructure de transports. Mais je ne doute pas que vous trouviez dans vos relations des gens qui le peuvent.

    Je vois aussi qu’en plus d’être un grand scientifique, vous êtes un grand économiste puisque vous affirmez que “tous les modèles économiques se plantent”. Je vous rejoindrai sur votre affirmation que “l’économie est soumise aux lois naturelles” (très flatté du coup d’être d’accord avec vous). Mais je crains que nous ne donnions pas le même sens au mot “naturel”. Alors effectivement, des sociétés, des espèces animales fonctionnent en suivant “la loi du plus fort”. J’ai la faiblesse de penser que ce n’est pas le seul modèle viable et que d’autres, qui cherchent un équilibre et une régulation entre une diversité de pouvoirs et d’intérêts, sont plus souhaitables. Et pour reparler de “lois naturelles”, je trouve plus pertinents les quelques économistes qui cherchent à mesurer le coût économique de nos dégâts environnementaux, ou qui pensent que la croissance ne peut pas durer dans un monde aux ressources finies, que ceux, libéraux ou keynésiens, qui continuent à ne jurer que par l’augmentation de notre PIB jusqu’à l’indigestion finale.

  3. Theron dit :

    Un journal qui se veut libre et indépendant ne devrait pas censurer.
    Philippe Goirand n’a jamais fait la moindre concertation avec les associations au sujet des aménagements cyclables.
    Le vélo électrique, dont il est un promoteur assidu, est une hérésie écologique (cf le rapport de l’ADEME).
    Ce petit pourfendeur prétendument “écologiste” a aussi renouveler le contrat de l’escroc publicitaire JC Decaux.
    Bref, Goirand est un opportuniste politique comme il en existe tant.

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