Le retour de Fabius

Il est des moments dans l’actualité qui sont surtout faits de retournements, de contre-pieds, d’inattendus. Moments qui deviennent événements au point de nous donner la belle illusion de sortir de la banalité quotidienne : il y a d’abord la révélation de Dominique Bertinotti, ministre déléguée chargée de la famille qui a rendu rendant public son cancer en ajoutant de l’émotion et de la compassion publiques : « je voulais bien être un ministre malade pas une malade ministre. » Voilà une fois de plus posée la question de la révélation médiatique du patient-ministre, voilà une fois de plus soulignée la question du « choix du silence qui est de l’ordre de l’intime » et de l’attitude du Politique face à la maladie et à la mort.

Retournement aussi grâce à l’équipe de France de football avec la qualification inespérée pour le Mondial 2014 qui a brusquement réconcilié la France avec son équipe de foot. Un état de grâce qui illustre la relation schizophrène des Bleus avec leur public. Voilà une parenthèse enchantée comparable à celle de1998, une occasion de se ressouder d’autant plus remarquée « qu’en temps de crise on se raccroche aux symboles… Les Français se sont davantage célébrés eux-mêmes qu’ils n’ont célébré leur équipe » (selon le sociologue A. Sonnta). Côté politique, le climat a été à la réjouissance sur l’air de l’union nationale de F. Hollande à J-F Copé estimant « qu’ils ont fait honneur à nos couleurs. » Victoire providentielle au pays de l’homme providentiel, et le Président Hollande avait fait le déplacement.

Retournement au sommet de l’exécutif avec l’offensive politique du « collaborateur » du Président J-M Ayrault qui annonce – en ayant, paraît-il, à peine prévenu le Chef de l’État – une « remise à plat globale de notre système fiscal » et en affirmant qu’il reprenait en main le ministère des Finances – sans s’en ouvrir à Moscovici. Jean-Marc Ayrault serait-il en train de devenir le « Pompidou », le « Chirac » ou le « Rocard » du Président Hollande en donnant le sentiment qu’il institue là une nouvelle cohabitation ? Ou mène-t-il plutôt une contre-offensive face à un Président qui aurait proposé Matignon à Fabius ; lequel l’aurait refusé préférant s’installer à Bercy. L’interview du Ministre des Affaires étrangères au « Nouvel Obs » est un véritable missile anti-Ayrault (dont les jours seraient comptés) avec les propos suivants tels qu’interprétés : « On m’a proposé Matignon, j’ai dit non, mais ce n’est pas pour donner à Jean-Marc Ayrault tous les pouvoirs ! Mr Le Président de l’autorité. » Alors, attendons un peu pour avoir confirmation que l’opération « Après-Ayrault » est bel est bien « dans les tuyaux. » Laurent Fabius à Matignon c’est régler la question de Martine Aubry ou de Manuel Vals, c’est installer à Matignon (et à Bercy en même temps, comme Raymond Barre le fut dans ce cumul de situations de crise) un homme qui connaît la fonction puisqu’il l’a exercée de 1984 à 1986 et qu’il ne sera pas le rival de F. Hollande en 2017. Ainsi Fabius, grand critique du candidat Hollande en serait, peut-être plus vite qu’on ne le pense, son Premier ministre. Tout cela dans une France ainsi définie par Vincent Tiberj dans « Des votes et des voix. De Mitterrand à Hollande » (éd. Champ social) qui vient de paraître après le dépouillement de trente ans d’enquête d’opinion : « La France est plus tolérante aujourd’hui qu’hier et plus que jamais sensible à la parole politique. » Cette étude tend à démontrer « l’importance primordiale du constat idéologique. Or, il y a aujourd’hui à gauche un gros déficit de prises de positions et de débat… S’il y a droitisation, c’est d’abord du débat politique. » Le temps est décidément aux stimulantes lectures et à… l’action !

 

Stéphane Baumont

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.