Explosions célestes

Il y a quelques années avec mon ami Gérard, j’ai écrit ma première pièce de théâtre. Pour ce faire nous avons pris d’assaut les châteaux Cathares, établi notre quartier général dans l’un d’eux, et opté pour une stratégie guerrière, car le temps était compté. Vin rouge, cigares, petits plats ; tout était réuni pour une préparation intensive. C’est à Carcassonne que les répétitions ont eu raison des dizaines de pages de mots. Mots qui s’empilaient les uns sur les autres à force d’être cités, formant un mur de phrases sur les remparts de la cité ; où l’on peut encore y entendre notre histoire raisonner ! Puis la pièce fit ses premiers pas sur scène, ou devrais-je dire, son faux pas de bonne foi. Dans le théâtre d’un faubourg toulousain, je vécu le trou de mémoire et la critique fatale des journalistes. Après quelques représentations et malgré tous nos efforts, la comédie a cessé d’exister sous un des trois ponts du théâtre de Castelnaudary. De l’Aude à l’au-delà, la pièce fit un court chemin, nous laissant désespérés. Des années ont passé pour que la déception s’apaise, mais un jour GG me dit, « pourquoi ne pas réécrire cette pièce ; après tout ce travail, c’est ridicule de rester sur une défaite ». Il ralluma la flamme ; quelques jours plus tard je dégotais un contrat pour jouer notre nouvelle adaptation, et cela, avant même d’avoir écrit. L’histoire redevenait possible. Poussés par la foi, nous avons travaillé avec méthode, pesant chaque phrase, chaque intention, négociant chaque virgule. Pour écrire ce nouvel opus, nous avons sillonné les routes de France, à la recherche cette fois d’inspiration divine.

« Sens-tu l’air du sanctuaire ? »

Pour donner à notre quête une valeur spirituelle, nous faisions étape dans les cathédrales et autres basiliques. Un matin de bonne heure, où nous assistions à la messe, nous avons eu beaucoup de mal à décrypter le saint message. Côte à côte, la tête basse et les mains jointes, nous cherchions la ferveur ; quand retentirent de petites explosions. J’ai relevé le visage pour comprendre, rien ! Personne ne semblait avoir entendu. Ma tête à nouveau rangée avec les autres, mais cette fois à l’affut ; le phénomène s’est reproduit plus longuement. Cela venait de la vieille dame devant moi ! Je n’arrivais pas à y croire, elle pétait en toute impunité ! Notre foi a était mise à rude épreuve, quand la cadence de ses pets s’est accélérée, au moment même, où nous nous sommes serrés les mains pour nous dire, « la paix du seigneur ». Je ne pouvais plus respirer, alors que GG dansait des épaules sur le rythme imposé par la carmélite caramélisée. Tandis que ses prouts grondaient sous la sainte voute, je chuchotais à mon complice, « Sens-tu l’air du sanctuaire ? »; tout en lui montrant des yeux cette pauvre femme, qui sans nul doute était gênée. Oui, gênée par sa perruque en peau de chat crevé et son jupon gonflé comme une voile par ses vents fulminants. Dans mon esprit une seule question se posait : duquel des deux l’odeur venait, de son chat pelé mortifié, ou de son chapelet de pets ? Dieu seul le sait ! Toujours est-il quelques jours plus tard, sous le regard bienveillant du dieu du vin Bacchus, dans un café-théâtre rennais du même nom ; la pièce remporta un franc succès. Grâce à la bénédiction du seigneur, sans doute !

 

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