Ce jeudi 10 mars, les élus de Toulouse métropole sont appelés à voter une délibération qui prévoit la vente du terrain et de la Halle occupés par Mix’Art Myrys à la mairie de Toulouse, qui souhaite édifier un groupe scolaire. Une décision qui pourrait être prise sans débats au sein du conseil métropolitain et malgré un recours juridique en cours.

À Toulouse, les locaux du collectif d'artistes Mix'Art Myrys font l'objet d'un arrêté de fermeture administrative ©PS
La mairie veut construire une école sur le terrain occupé par Mix’Art Myrys © PS / Le Journal Toulousain (Archives)

« Personne ne peut être contre le fait de bâtir une école », soupire Herveline Guervilly, chargée des projets au sein du collectif artistique Mix’Art Myrys, qui regrette que Toulouse métropole invoque l’intérêt général pour tenter de porter un coup de grâce au collectif. En effet, la majorité de Toulouse métropole souhaite faire voter, ce jeudi 10 mars, une délibération qui prévoit de vendre à la mairie de Toulouse les locaux occupés par Mix’Art Myrys pour y construire un groupe scolaire. Une décision qui doit être votée en bureau, sans faire l’objet d’un débat lors d’un conseil métropolitain, et alors qu’un recours juridique pourrait remettre en question le projet municipal.

L’argument de l’intérêt général

« Jean-Luc Moudenc et sa majorité mettent en concurrence deux projets d’intérêts public et général pour justifier leur politique à l’encontre de Mix’Art Myrys », déplore Joël Lécussan, le coordinateur du collectif qui dénonce « une instrumentalisation des compétences régaliennes de la ville ». La création d’une école étant un argument difficilement contestable qui permettrait, selon le lui, de se débarrasser sans remous du collectif.

Soupçonnant également que la construction du groupe scolaire serve de prétexte à précipiter l’expulsion de Mix’Art Myrys, les groupes d’opposition Métropole écologiste solidaire et citoyenne (MESC) et Alternative pour une métropole citoyenne (AMC) ont adressé une lettre ouverte à Jean-Luc Moudenc, le président de  Toulouse Métropole pour lui demander d’envisager des solutions alternatives. « Si l’implantation d’un groupe scolaire dans ce secteur est certes d’intérêt public, nous exhortons la Mairie de Toulouse à étudier la possibilité d’investir d’autres lieux plus adaptés ».

Des pistes que la mairie de Toulouse assure avoir étudiées et écartées. « Il y a un besoin urgent et essentiel de construire une école dans ce quartier. Nous avons étudié toutes les solutions possibles et nous n’avons pas de plan B. Dans la situation actuelle, ce terrain est indispensable », rétorque Marion Lalane de Laubadère, adjointe au maire de Toulouse en charge des affaires scolaires, qui rappelle que la construction d’un groupe scolaire (maternelle et primaire) nécessite au moins 6 000 mètres carrés de terrain.

Du public lors d’un événement culturel dans la grande halle de Mix’Art Myrys © Collectif Mix’Art Myrys

Le sort de Mix’Art Myrys, un « détail technique » ?

« Comme lors de la suppression de nos subventions, fin 2020, Jean-Luc Moudenc essaie de faire passer ses décisions discrètement et sans informer les élus de l’ensemble de la situation », ajoute Joël Lecussan qui regrette des « pratiques manoeuvrières » de la part de la majorité métropolitaine. En effet, la délibération concernant la vente de ces biens à la ville de Toulouse par la métropole doit être votée ce jeudi 10 mars en bureau, sans débat public.

« Cette délibération est présentée comme ‘’technique’’. Or nous ne parlons pas d’un petit truc anodin, mais de l’une des trois seules structures labellisées Nouveaux territoires de l’art (nTA) de la métropole. C’est un sujet d’intérêt qui fait partie des grandes orientations culturelles. Cela mériterait d’être débattu au sein du conseil », s’étonne Antoine Maurice, conseiller métropolitain et municipal d’opposition. Ce choix de procédure apparaît donc, aux yeux de l’opposition, comme une stratégie visant à minimiser le dossier et à éviter la médiatisation du cas Mix’Art Myrys. « L’intitulé de la délibération ne précise même pas qu’il s’agit des locaux occupés par Mix’Art Myrys. On aurait voulu faire passer ça discrètement on ne s’y serait pas pris autrement », souligne Caroline Honvault, du groupe AMC.

« Le principe du vote en bureau n’est pas une décision politique, mais le fonctionnement normal. Toutes les délibérations liées à la cession de terrains font partie des compétences du bureau. On ne peut évidemment pas changer de fonctionnement au cas par cas », conteste Marion Lalane de Laubadère, adjointe au maire de Toulouse en charge des affaires scolaires.

Une vente malgré une procédure juridique en cours

Enfin, le collectif Mix’Art Myrys, sous le coup d’une fermeture administrative depuis 2021, a lancé un recours en justice visant à imposer à Toulouse métropole de réaliser les travaux de mise en sécurité des bâtiments. « C’était un engagement de la métropole au moment du rachat des locaux », rappelle Herveline Guervilly qui estime que cette procédure pourrait durer près de deux ans. Et, en cas de victoire du collectif, l’avance prise par la collectivité sur le projet d’école sur ce terrain se transformerait en retard et temps perdu sur l’étude de solutions alternatives.

Une incertitude juridique qui pousse les groupes d’opposition AMC et MESC à demander à la métropole de suspendre la cession des locaux le temps de l’instruction du dossier et à s’engager à trouver une solution pérenne pour assurer le maintien de Mix’Art Myrys. « Cette structure est toujours considérée comme d’intérêt métropolitain. Son statut n’a pas été remis en cause », insiste Antoine Maurice.

Une injonction à la prudence balayée par Marion Lalane de Laubadère. « Nous avons des élèves qui sont là et qui attendent une école. Or, il faut quatre ans pour construire une école. Si nous voulons être prêts pour une échéance en 2026, nous ne pouvons pas trainer plus longtemps et nous devons lancer les études le plus vite possible. » D’autant que, selon la mairie de Toulouse, plusieurs propositions ont été faites au collectif. De réaménagement de lieux dans un premier temps, puis de relogement au cas par cas des articles. « Ces projets, pour lesquels nous avions débloqué une enveloppe de 5 millions d’euros, n’ont jamais été acceptés par Mix’Art Myrys et nous n’avons pas pu les mener à bien. On ne peut pas faire le bonheur des gens malgré eux », insiste Francis Grass, adjoint au maire de Toulouse chargé des politiques culturelles.

Vers un déménagement de Mix’Art Myrys à Rammonville ?

Toujours dans l’impossibilité d’acceuillir des ateliers d’aritste ou du public dans sa halle principale, le collectif Mix’Art Myrys est actuellement en négociation avec la mairie de Ramonville pour s’installer, au moins provisoirement sur son territoire. « Nous étudions la possibilité d’un déplacement provisoire. Le lieu qui nous est proposé est un peu plus petit, mais c’est un beau bâtiment, très intéressant et bien situé. Il y a de quoi monter un beau projet. Cette situation est surtout dommage pour Toulouse. La manière dont les associations sont chassées comme des mal-propores par la présidence de Toulouse métropole est innacceptable et nous ne pouvons pas le laisser passer », s’indigne Herveline Guervilly.