jeudi 3 décembre 2020
Dossier Une expo de rouilles et de papier, signée Philippe Motta

Une expo de rouilles et de papier, signée Philippe Motta

Crédit : Sandrine Arribeux

L’écriture est-elle en passe de devenir un vestige du passé ? Avec les progrès technologiques, la nouvelle virtualité des mots interroge l’écrivain et ancien journaliste Philippe Motta. Du 2 au 24 septembre, l’exposition « Archéologie du virtuel » dévoile les sculptures torturées de l’artiste.

 

« Ce qui compte, c’est le brouillon, les débris. » Des débris, il y en a beaucoup dans la réalisation des sculptures de Philippe Motta. Sa matière première, des machines à écrire. Ces objets qui sommeillent -pour ne pas qui meurent- dans les greniers de nos grands-parents. Et si elles n’ont pas résisté à l’invention de l’ordinateur, elles résistent plutôt bien à la pelle mécanique ou au rouleau compresseur. Philippe Motta torture les machines pour les façonner en œuvres d’art, à la manière de sculptures de l’antiquité grecque. Pliées en quatre, tordues, éclatées, ressoudées, les machines à écrire deviennent des découvertes archéologiques. « Je traduis un sentiment de perte, il y a une certaine nostalgie dans ces œuvres mais surtout une interrogation sur ce qu’on gagne et ce qu’on perd en allant vers le pixel. »

Quelques jours avant l’exposition, Philippe Motta, est encore tout occupé à créer de nouvelles œuvres. Chez lui, des livres partout, dont l’un porte le titre « L’histoire de la machine à écrire ». Certaines de ses machines trônent sur les meubles du salon. Des tableaux représentant des mots décousus sont posés dans un coin. Son travail n’est jamais fini. Déjà  exposé en Ariège en avril, l’exposition s’enrichit de nouvelles œuvres au fil des mois. « Je n’ai pas encore dit tout ce que j’avais à dire alors je continue ». Sa réflexion a commencé avec le vote d’une loi aux Etats-Unis qui rend l’apprentissage de l’écriture cursive facultative. « Ebouriffant ! », s’exclame l’artiste.  Il s’intéresse alors à des études prouvant que « les enfants qui apprennent à écrire à la main développent davantage leur mémoire et leur intelligence à la lecture ».

« Le pixel tue l’affection »

Une autre information finit d’ulcérer Philippe Motta : « Tous les pontes de la Silicon Valley inscrivent leurs enfants à des écoles déconnectées, des établissements spéciaux où il est interdit d’utiliser un ordinateur. C’est du cynisme total ! Ils vivent d’un système dont ils connaissent les dangers et dont ils tiennent leurs propres enfants éloignés. Il y a de quoi se poser des questions ».

Pour cet homme de lettre, le constat est clair. « Le pixel tue l’affection ». De la même manière, il s’inquiète de la disparition de livre, voué également à devenir un objet de l’antiquité. Il commence donc à devenir matière à sculpture pour l’artiste. Aragon, Dumas… pas nécessairement des auteurs qu’il affectionne, « mais autour desquels on peut discuter ». Une expo de rouilles et de papier, qui plonge dans le passé pour interroger l’avenir. Coup de gueule ou prise de conscience ? Le débat est lancé.

 

Le + pratique : “Archéologie du virtuel” est exposée à la médiathèque José Cabanis (1 allée Jacques Chaban-Delmas), du 2 au 24 septembre. Entrée gratuite.

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