vendredi 4 décembre 2020
Dossier Quand les candidats aux municipales prennent d’assaut les marchés

Quand les candidats aux municipales prennent d’assaut les marchés

Les marchés sont un passage obligé pour tous les candidats. C’est le moyen pour eux d’entrer en contact direct avec les électeurs, de les informer, de les sonder… Et, plus rarement, de les convaincre.

Reportage distribution de tracts marche

C’est un beau dimanche de décembre pour faire le marché. Celui de Saint-Aubin, autour de la place du même nom, bruisse de ses maraîchers bio, sent bon le poulet rôti et grouille de monde. « Noël n’est pas loin, les vacances arrivent, on sent que les gens relâchent la pression. Ils sont tout disposés à nous écouter », se réjouit Nathalie Mader, conseillère régionale PS, inscrite sur la liste de Nadia Pellefigue pour les élections de 2020. Comme de nombreux militants de tous bords, elle est venue « à la rencontre des Toulousains ». « Je préfère ce terme à celui de tractage, qui a un côté old school et fait penser à une méthode industrielle, impersonnelle. »

« Avec certains, vous comprenez tout de suite que cela ne passera pas »

Elle se trouve à l’un des angles du boulevard Michelet et de la rue Riquet, juste à l’entrée Nord-Ouest du marché, car un arrêté municipal lui interdit toute distribution militante à l’intérieur. « Lors de ma première campagne électorale, en 2014, je m’en faisais tout un monde, mais c’est vite devenu un plaisir. Même si, avec certains, vous comprenez tout de suite que cela ne passera pas. Et que, bien sûr, vous vous faites très souvent ramasser. »

Comme avec Huguette, 89 ans, qui se contente de glisser les tracts dans son panier de course — aux côtés d’un beau potiron — sans même un regard à ceux qui les lui tendent : « Je n’apprécie guère les colporteurs. Alors je prends ce qu’on me donne, je rapporte tout chez moi… Et je lis au calme », dit-elle en suivant son chemin.

Il y a des cas plus bien compliqués. Contre les blagues sexistes, les insultes et les mauvais gestes, la réaction se doit d’être des plus sereines : « C’est la première règle : ne pas monter la voix ni faire d’esclandre sur la voie publique. Sinon, vous pouvez être sûr que la scène sera filmée et diffusée sur les réseaux sociaux dans le quart d’heure », prévient Yohan Langot, qui coordonne les actions des 200 militants engagés de la liste Une. « Pour les former, nous organisons des ateliers, avec des jeux de rôle. Nous leur donnons les bons éléments de réponses et les faits précis qui peuvent convaincre. Nous leur apprenons à gérer le stress et les situations délicates. Puis, ils partent en binôme in situ, accompagnés par d’autres, plus aguerris. »

« Cela fait plaisir d’avoir un autre message que celui des médias »

L’adjoint métropolitain Djillali Lahiani fait partie de ces figures politiques pour lesquelles l’exercice des marchés du dimanche n’a plus aucun secret. « Depuis 1985, je suis de toutes les campagnes de Jean-Luc Moudenc », confirme celui qui est une nouvelle fois son colistier. « Ce qui importe, c’est le sourire et la bonne humeur. Et si nous n’arrivons pas à les convaincre, au moins nous incitons les Toulousains à aller voter. » L’homme a un avantage sur ses concurrents : il soutient la candidature du maire actuel, dont il peut faire valoir le bilan — une pratique courante, mais réprouvée par le code général des collectivités territoriales en période électorale.

Prospectus en main, il discute avec un quinquagénaire désabusé, qui lui dit : « J’habite les Argoulets et c’est beaucoup trop bruyant. Quand est-ce qu’on va couvrir le périphérique ? » C’est le revers de la médaille pour les sortants : sur les marchés, ils doivent recueillir les doléances des administrés. « Cela nous permet de faire remonter les messages du terrain. Et quand il y a une demande précise, nous y répondons dans la semaine », glisse Djillali Lahiani.

Figurant elle aussi sur la liste Aimer Toulouse, Souhayla Marty souligne l’importance du choix du lieu de tractage. « L’intérêt de ces opérations ciblées, quartier par quartier, c’est de retirer le filtre des catégories socioprofessionnelles et d’entrer en contact direct avec les habitants, sans masque. Mais, il ne faut pas se le cacher, il y a des endroits où nous sommes mieux reçus que d’autres. » La population du secteur où elle se situe n’étant pas la plus ouverte à son discours. « Est-ce que c’est pour Archipel ? Sinon, je m’en fiche », lui lance un homme vêtu d’un manteau en daim, une empanada chaude en main. C’est à une autre entrée du marché qu’il aurait pu trouver son bonheur.

« Cela fait plaisir d’avoir un autre message que celui des médias »

Candidat sur la liste citoyenne, Nicolas Escalé en vante les mérites à un couple très attentif : « Cela fait plaisir d’avoir un message différent de celui des médias », juge la femme. « J’ai envie d’aller voir plus loin », ajoute son mari. Tous deux sont acquis aux idées du démarcheur, « comme 90 % des gens qui fréquentent Saint-Aubin », admet ce dernier. « Il est quasiment impossible de changer les opinions, comme ça, en quelques minutes, sur un marché. Quand cela arrive, on s’en souvient. »

« Si nous n’arrivons pas à les convaincre, au moins nous incitons les Toulousains à aller voter »

Philippe Salvador
Philippe Salvador a été reporter radio pendant quinze ans, à Toulouse et à Paris, pour Sud Radio, Radio France, RTL, RMC et BFM Business. Après avoir été correspondant de BFMTV à Marseille, il est revenu à Toulouse pour cofonder le magazine Boudu.

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