mardi 1 décembre 2020
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Yves Jarland : « Le microcrédit est un outil de retour à l’emploi »

Financement. À l’heure où il est de plus en plus difficile de créer une entreprise, et surtout de la pérenniser, l’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique) promeut le microcrédit, jugé par le Bureau international du travail, comme une source d’employabilité. Explications d’Yves Jarland, directeur régional de l’ADIE.

 

Yves Jarland, qu’est-ce qu’un microcrédit ?

En Europe, le microcrédit est un financement réalisé à titre onéreux (avec intérêts), à court terme, d’un montant inférieur à 25 000€. À l’ADIE, il s’agit d’un financement inférieur ou égal à 10 000€, prêté à 6.48%, sur une durée de moins de 5 ans. Ce dispositif n’est ouvert qu’aux personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire classique. Souvent, un prêt d’honneur (à 0% en ce qui concerne l’ADIE) est également concédé, ainsi que des dispositifs de primes.

 

À qui s’adressent ces microcrédits ?

Essentiellement aux demandeurs d’emploi, aux bénéficiaires d’un minimum social et bien souvent à des gens qui ont eu des ennuis avec les banques, qui sont fichés. La  plupart du temps, ils sont contractés pour créer ou développer une société et peuvent intervenir jusqu’à 5 ans après le début de l’activité. L’enjeu de l’ADIE est d’accompagner les entrepreneurs dans leur croissance.

 

Certains secteurs d’activité sont-ils plus demandeurs que d’autres ?

Nous travaillons beaucoup – 30% de notre activité – avec les entreprises de services à la personne ou aux entreprises car elles n’ont besoin que de peu de moyens pour démarrer, elles n’utilisent pas d’outils de production. Ainsi, beaucoup de microcrédits sont contractés pour des sociétés du domaine de la santé, de l’esthétique, du secrétariat, du conseil… Quant à l’artisanat, essentiellement le bâtiment (surtout du second œuvre), il constitue 20% de notre activité.

 

En ce qui concerne l’ADIE, quel est le bilan 2014 de votre activité sur le microcrédit ?

En Midi-Pyrénées, nous avons financé 902 personnes pour un montant total de 2 millions d’euros (microcrédits professionnels), sans compter 25 000€ de microcrédits assurances, 400 000€ de microcrédits personnels, 300 000€ de prêts d’honneur et environ 200 000€ de primes. Ainsi l’engagement moyen par personne est de 3 325€.

 

« Le déficit de l’ADIE est dû au désengagement des collectivités locales »

 

Le microcrédit professionnel est-il un levier de retour à l’emploi ?

Absolument puisque 84% des créateurs d’entreprises en ayant bénéficié sont affairés au bout de 3 années d’activité. Sur cette période, 63% sont toujours en activité et 21% ont retrouvé un emploi salarié (personnes ayant liquidé leur entreprise et repris un poste salarié par la suite). Considérant que nous sommes sur un public en difficulté, le ratio est plutôt intéressant. Le microcrédit est donc un outil de retour à l’emploi avéré. De plus, chaque entreprise crée 1.25 emplois, celui du chef d’entreprise et celui d’un employé.

 

Le microcrédit permet donc la création d’entreprises, mais souvent les porteurs de projet regrettent de ne pouvoir s’assurer un revenu suffisant…

C’est effectivement le défaut du dispositif car les gens travaillent beaucoup mais n’ont pas suffisamment de financements pour dégager un salaire intéressant. Alors, souvent un emploi salarié au SMIC redevient une option. Dans tous les cas, le retour à l’emploi est effectif et c’est bien cela l’important. À ce titre, nous avons développé le microcrédit pour l’emploi salarié pour financer, non pas des entreprises, mais des salariés qui rencontrent des problématiques de mobilité géographique et professionnelle. Nous pensons également augmenter le seuil maximum à 12 000€ pour le microcrédit professionnel et à 5 000€ pour l’emploi salarié.

 

Comment l’ADIE se finance-t-elle ?

Elle fait le tour des banques mutualistes et, selon les estimations prévisionnelles, négocie des enveloppes qu’elle revendra ensuite sous forme de prêts. En Midi-Pyrénées, l’ADIE est en déficit de 200 000€, pourtant notre taux de remboursement est de 96%. Ceci est dû au désengagement des collectivités locales qui soutiennent notre budget de fonctionnement, soit 1.5 millions d’euros (rémunération des salariés de l’ADIE, entretien du matériel…), notamment le Conseil général de Haute-Garonne qui s’est retiré totalement cette année. Cependant cette insertion par l’économie permet de soustraire les citoyens au RSA, qui reste, je le rappelle, une compétence du « CG ». C’est pour moi une erreur stratégique et historique !

 

 

 

 

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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