mardi 1 décembre 2020
Economie Airbus : les commandes décollent, pas l’emploi

[Métropole] Airbus : les commandes décollent, pas l’emploi

Paradoxe. Jeudi dernier, le dernier né d’Airbus, l’A320 néo faisait son premier vol depuis Toulouse. Un avion nouvelle génération qui augure de l’avenir quant au carnet de commande de l’avionneur. Côté embauche pourtant rien de très prometteur.

Il n’avait pas encore décollé que Airbus groupe en avait déjà vendu 2357. Un chiffre sans précédent, et à vrai dire un succès jamais vu avant un premier vol. Au-delà de ça, l’A320neo est un véritable coup commercial qui place Airbus en tête avec 60% des parts de marché, laissant Boeing avec les 40 restants… « Nous avons plus de 60 compagnies clientes sur ce modèle », indique Jacques Rocca, porte-parole de l’avionneur. Aujourd’hui, l’heure est à l’augmentation des cadences de production : « Fin 2015, nous devons livrer les premiers appareils à Qatar Airways, puis les cadences vont augmenter progressivement et cela va s’étaler pendant toute la prochaine décennie ». Une organisation bien huilée puisque le carnet de commande Airbus -avec 6000 appareils en attente- est plein pour 8 années de travail. « Airbus embauche régulièrement et on peut penser qu’une partie de ces recrutements profitera à Toulouse », annonce Jacques Rocca modérant rapidement ses propos, « mais on utilise beaucoup la mobilité interne au sein du groupe et ce sont surtout les départs à la retraite qui sont remplacés ». Concrètement ce sont surtout sur les chaines de production qu’il va falloir de la main d’œuvre, mais à l’inverse côté bureaux d’étude la cadence ralentit.

« Je n’ai jamais connu de cadence de travail si intensive »

A la CGT Airbus, on se questionne : « Pas sûr qu’il y aura un impact à Toulouse, pourtant, on prévoit une augmentation des cadences de production jusqu’à 50 avions par mois ! », précise Xavier Petrachi délégué syndical central CGT Airbus. Embauché dans les années 80, cet habitué du système Airbus ne plaisante qu’à moitié avec les chiffres : «  A l’époque, on produisait 44 avions par an, maintenant 50 A320 par mois : je n’ai jamais connu de cadence aussi intensive en charge de travail ». Bien conscient que ces chiffres révélateurs du succès de l’entreprise cachent en réalité une augmentation de la charge de travail à Toulouse comme à Nantes, Saint Nazaire ou à l’étranger, les syndicats restent vigilants. « A première vue, ce sont de bonnes nouvelles pour l’emploi mais est-ce vraiment le cas ? Difficile à dire, car Airbus fait de plus en plus appel à la flexibilité via la sous-traitance et l’interim ». On comptait d’ailleurs 1750 intérimaires au 31 décembre 2013 sur les trois sites français, et plus de 30% in situ pour la sous-traitance. « Les carnets de commandes sont pleins pour près de dix ans, c’est énorme, mais l’embauche n‘est pas aussi marquée que ces dernières années. » Thierry Baril, DRH d’Airbus et d’Airbus groupe annonçait par ailleurs en début d’année que 2014 marquerait une « pause » dans le recrutement… « Les plans d’embauches ne sont même pas respectés, ajoute Xavier Petrachi, 60 % du plan de recrutement fixé en 2014 a été respecté et les intérimaires comme les apprentis ne sont pas embauchés. C’est un problème. » Un paradoxe pour cet ancien du milieu Airbus qui note carrément des baisses d’effectifs dans l’ingénierie. « Si la conjoncture est actuellement favorable, un retour de bâton -comme l’effet 11 septembre par exemple- effraie et provoque une gestion préventive de l’entreprise ». Un système prudent voire défensif loin de faire baisser les coûts, qui « a un impact sur les délais et la qualité mais a le mérite de rassurer ceux qui pilotent », analyse Xavier Petrachi.

Le +: L’A320neo accueille 180 passagers et prévoit jusqu’à 15% d’économie de carburant

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