jeudi 3 décembre 2020
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L’industrie prévoit 10 à 15 % de perte d’emplois d’ici 18 mois en Occitanie

Les entreprises de l’industrie ont entamé leur relance en Occitanie, mais toutes n’impriment pas le même rythme et ne sont pas confrontées aux mêmes difficultés. Bruno Bergoend, président régional de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), détaille la situation économique de la filière. Il avance également des pistes pour aider les entreprises à passer cette période incertaine et préserver les emplois.

industrie occitanie

En pleine crise sanitaire, sociale et économique, l’heure est aux premiers bilans. C’est le cas pour la filière industrielle d’Occitanie. Composée de dix branches distinctes, elle affiche une activité très hétérogène et une situation économique disparate selon les différentes sous-catégories. En effet, cinq mois après le déconfinement, les secteurs du bois, de la chimie, des médicaments, ceux de la métallurgie, de l’énergie gazière, de la plasturgie, ou encore du textile, de l’agroalimentaire, de l’industrie nautique ou des matériaux, n’affichent pas les mêmes statistiques ni les mêmes perspectives.
France Industrie Occitanie, qui regroupe dix fédérations professionnelles de l’industrie en région, fait le point. « Les filières de la chimie, des médicaments et de l’agroalimentaire ont retrouvé 90 % de leur activité. Quant à l’industrie du bois et de la plasturgie, elles sont encore dans le ventre mou. Mais les plus à la peine restent les secteurs de la métallurgie et du textile, qui réalisent une bonne partie de leur chiffre d’affaires sur les salons internationaux, annulés les uns après les autres. Ils parviennent ainsi tout juste à atteindre 70 % de leur production habituelle », estime Bruno Bergoend, président régional de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) au sein de France Industrie Occitanie, faisant état de ses statistiques au 31 août 2020.

L’aéronautique tire l’industrie vers le bas

Les plus impactés par la crise économique étant les branches tributaires des grands équipementiers du transport, essentiellement ceux de l’aéronautique, qui ont, eux, perdu jusqu’à 30 % de leur chiffre d’affaires en moyenne. Une situation d’autant plus difficile qu’en Occitanie, le dynamisme économique est étroitement lié à celui du domaine aérien.
Ainsi, la filière métallurgie accuse le coup : « Tant que l’automobile et l’aéronautique ne reprendront pas une activité ‘’normale’’, la situation ne s’améliorera pas », explique Bruno Bergoend. D’autant que ces deux secteurs sont aussi en pleine transformation. « Leur transition énergétique, notamment, entraîne une certaine frilosité des investisseurs, ce qui plonge toutes les industries connexes dans l’attentisme », poursuit-il.
Et le schéma semble être le même pour les activités dépendantes de la construction et du BTP, comme l’industrie du bois. « Entre le Covid-19 et les élections municipales, la délivrance des permis de construire et les décisions d’urbanisme ont été mises en sommeil, ce qui a considérablement ralenti l’activité de tout le secteur et des sous-traitants », observe le représentant de France Industrie Occitanie. « Sans oublier le comportement de plus en plus économe des clients… » renchérit-il.

De nombreux emplois menacés dans les 18 prochains mois

Une situation économique fragile donc pour la filière industrielle, mais qui reste maîtrisée pour l’instant : « En Occitanie, nous n’avons pas enregistré d’augmentation de faillites d’entreprises car le gouvernement a réagi rapidement en mettant en place les dispositifs de chômage partiel et les Prêts garanti par l’État (PGE). Cela a permis aux professionnels de tenir le coup », témoigne Bruno Bergoend.
En revanche, il prévoit la multiplication des plans sociaux dans les 18 prochains mois : « La branche va perdre 10 à 15 % de ses emplois directs sur un total de 200 000 salariés travaillant dans l’industrie en Occitanie, essentiellement dans la métallurgie et le transport. » Il faut également s’attendre à un ralentissement logique des embauches, qui ne représenteront, dans un premier temps, que des remplacements de départs volontaires. Et ce pendant au moins deux ans.
En attendant, il reste primordial pour la filière industrielle de garder ses savoir-faire. Ainsi, le dispositif de chômage partiel longue durée jouera un rôle important, selon les professionnels, qui travaillent parallèlement sur des programmes de transfert de compétences. « Il s’agit, par exemple, de permettre à un ingénieur ou un technicien salarié de l’aéronautique de pouvoir intégrer une entreprise de l’agroalimentaire », précise Bruno Bergoend.

Faciliter les transferts de compétences dans l’industrie en Occitanie

De même, les secteurs industriels qui ont traditionnellement des difficultés à recruter par manque d’attractivité pour leur activité, pourront trouver de la main d’œuvre qualifiée plus rapidement. Un dispositif formalisé par France Industrie Occitanie et baptisé “Passerelles industries”. Celui-ci s’adresse à toutes les entreprises industrielles en manque de visibilité. L’organisme rendra opérationnel d’ici la fin de l’année, un accompagnement au prêt de main d’œuvre permettant aux sociétés se trouvant en sous activité, et donc en sureffectif, de faire intégrer temporairement ses salariés dans d’autres structures. A l’inverse, ce plan offre l’opportunité aux entreprises faisant face à un accroissement provisoire d’activité, d’avoir recours à un emprunt de main d’œuvre. Quant à celles dont les employés ne pourront être conservés, France Industrie Occitanie s’engage à fluidifier leur reclassement en sollicitant toutes les branches en région.
« Cela devrait permettre une diversification nécessaire, notamment dans l’aéronautique, dont la reprise de l’activité n’est pas envisagée avent trois ou quatre ans. Pour les autres secteurs de l’industrie, nous espérons une augmentation des chiffres d’affaires et un regain des recrutements dans 18 mois », avance Bruno Bergoend. Des prévisions basées sur une résorption de la crise sanitaire à la mi-2021…

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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