mardi 1 décembre 2020
Economie « Il faut libérer l’entreprise ! »

[Eco] « Il faut libérer l’entreprise ! »

Grogne. Près de 2 000 patrons de PME, TPE, d’artisans et même des salariés se sont donné rendez-vous dans les rues toulousaines, lundi dernier, pour dénoncer la pression fiscale pesant sur les entreprises. Désolidarisé des manifestations mais tout aussi mécontent, le Medef31, par son président Pierre-Marie Hanquiez, interpelle les décideurs.

 

Pierre-Marie Hanquiez, le Medef31 clame son insatisfaction face aux pressions fiscales des entreprises, pourtant vous n’étiez pas dans la rue, aux côtés de la CGPME et de l’UPA ?

Le Medef ne s’est pas associé aux manifestations mais nous sommes parties prenantes de la semaine de mobilisation qui a lieu du 1er au 5 décembre. L’ensemble des organisations patronales souhaite y défendre l’emploi et la croissance et sensibiliser à l’urgence de la situation. La CGPME a décidé nationalement de descendre dans la rue mais nous considérons que les manifestations ne sont pas le meilleur moyen de faire entendre la voix des chefs d’entreprises. De même, nous craignons que les messages soient diffus et que le principal qui est celui d’un discours pour l’entreprise, ne soit pas entendu. Pour finir, au niveau national, le Medef n’a pas souhaité s’associer à cette initiative, même si nous rejoignons totalement les manifestants du jour sur le fond.

 

Concernant le fond alors, quelles sont vos revendications, que demandez-vous au gouvernement ?

Aujourd’hui, beaucoup de chefs d’entreprises (PME-TPE) sont à bout car ils subissent la crise de plein fouet et leurs sociétés se retrouvent dans une situation dramatique. La plupart sont exaspérés parce que, voilà 30 ans que nous allons de taxes en surtaxes, de règlementations en sur-règlementations. Les entreprises peuvent demain créer de l’emploi et permettre de retrouver de la croissance, mais pour cela, il faut libérer l’entreprise et ne pas simplement affirmer qu’on l’aime ! Nous demandons au gouvernement de mener une politique où l’entreprise serait au cœur, c’est-à-dire simplifier les choses, arrêter les histoires sur la pénibilité, les articles 19 et 20 de la loi Hamon qui demandent aux entreprises (jusqu’à 50 salariés) d’informer l’ensemble du personnel lorsqu’un processus de vente est enclenché. Il faut encore accélérer la baisse des charges et cesser de nous parler de «cadeaux faits aux entreprises».

 

Vous adressez-vous également aux élus locaux ?

Nous sommes conscients que leurs coupes budgétaires sont importantes mais ils devraient privilégier les coupes dans les dépenses de fonctionnement plutôt que dans l’investissement car on se prive sinon de projets et de toute une économie à moyen terme. Cela demande des arbitrages courageux.

 

Pourquoi les entreprises disent-elles être plus en difficulté qu’il y a quelques années. Qu’est-ce qui a changé ?

C’est en réalité le principe de la goutte d’eau… on accumule les règlementations, les complexités, de nouvelles charges, dans un contexte qui se mondialise de plus en plus. Lorsque les entreprises évoluaient encore dans un environnement franco-français, elles pouvaient se plaindre mais étaient toutes logées à la même enseigne. Aujourd’hui, il s’agit de pénalisation face aux sociétés étrangères concurrentes qui ont des contraintes moins lourdes. De même, nous sommes dans un pays qui n’a pas mené les réformes structurelles de fond qu’il aurait dû faire, telle celle de la dépense publique.

 

Aujourd’hui, quels sont les freins au développement des entreprises ?

Il convient de vaincre certains dogmatismes : si les 35 heures avaient été la panacée, cela se saurait ! Beaucoup seraient heureux de pouvoir travailler plus, pour gagner plus… Notre pays s’en sortira à partir du moment où l’on acceptera de poser les vrais problèmes sur la table. Il faut revenir au bon sens et sortir de cette logique qui veut que quand quelque chose est vraie, cela doit l’être pour tout et tout le monde, mais les situations des entreprises peuvent être très différentes d’un secteur à l’autre ou d’une région à l’autre.

 

Et les freins à l’emploi ?

Essentiellement, le manque de confiance et de visibilité. Pour qu’un chef d’entreprise embauche, il doit avoir des projets, des investissements et doit conquérir de nouveaux marchés, il doit alors se projeter dans l’avenir. Pour cela, il lui faut un environnement règlementaire et fiscal stable. Bien entendu, les charges et le coût du travail sont également un frein à l’emploi. C’est donc à la fois simple et très compliqué ! Il s’agit d’une succession de non décisions  depuis 30 ans ! Pourtant nous avons eu récemment des signaux positifs, avec notamment l’arrivée d’Emmanuel Macron (ministre de l’Economie, ndlr)… mais non suivis de faits !

 

 

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