[Enquête] Tourisme : la guerre est-elle déclarée ?

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Routard. Solution anti-crise tant économique qu’humaine, la consommation collaborative s’est définitivement installée. Favorisée par internet elle réjouit autant les voyageurs qu’elle irrite l’industrie du tourisme qui la perçoit comme de la concurrence déloyale. Ce petit frère du tourisme est-il ami ou ennemi ?

Les plaintes pleuvent, à l’image du conflit Taxi VS uber, car l’industrie touristique se sent otage d’un wagon tracté par la locomotive internet : AirBnB, trocmaison.com, blablacar et leurs analogues apparaissent pour le moment comme un véritable fléau remettant en cause leur gagne-pain et avec lui des pans entier du tourisme local. Du point de vue du vacancier, c’est l’eldorado. Le covoiturage offre un maillage du territoire bien plus efficace que vols aériens, chemins de fer et compagnies de bus ajoutés. Sans parler du tarif plus que concurrentiel et du rapport humain qui se substitue au compostage du billet par une borne froide et muette. A titre d’exemple un trajet Toulouse Barcelone ou Marseille coute en moyenne une vingtaine d’euros.  Le business automobile entre particuliers est suivi de près par celui de l’hébergement. Qui aujourd’hui ne connait par le géant AirBnB ? Cet utilisateur de AirBnB loue sa maison quartier Bonnefoy et confie : « on aime accueillir des touristes chez nous et il y a un côté protection de la maison qui n’est pas vide et en proie aux cambriolages pendant nos vacances … On demande quelques coups de pouce à nos locataires comme d’arroser les plantes et de nourrir le chat. En échange on laisse toujours un petit cadeau d’accueil et plein d’astuces pour leur séjour dans la ville rose. » Quel hôtelier peut se targuer de s’aligner sur ces méthodes ?

On remet l’individu au centre du business, on réintroduit la confiance en l’autre et la notion de partage. Cette remise en cause du tourisme, est-elle une opportunité ou un cataclysme ? « C’est du paracommercialisme, de la concurrence déloyale ! » fustige Frédéric Michel, président de la branche hôtellerie de l’UMIH 31 (Union des métiers et des industries hôtelières). Il tient l’Hôtel Héliot à Toulouse et regrette certaines facilités pour ceux qui s’improvisent hôtes : « personne ne leur demande de respecter les normes de sécurité, sans parler de la TVA et des taxes de séjours qui passent à la trappe! Par ailleurs il n’y a aucune garantie pour le client, alors que notre système d’étoiles et de clefs pour classer les hôtels a fait ses preuves.»

 « C’est du paracommercialisme, de la concurrence déloyale ! »

Pourtant AirBnB met les bouchées doubles pour se protéger contre toute revendication : ceux qui louent leur maison doivent signaler la présence d’extincteur, de détecteur de fumée et autre kit de secours, qui sont autant de points positifs pour l’annonce. En outre, un système de notation permet de se classer voir de devenir un « superhost » le sésame 4 étoiles en quelque sorte. Bien d’autres alternatives existent avec le gamping (camping chez l’habitant) ou encore le coachsurfing (squattage de canapé), mais l’échange de maison reste encore leader. Une adepte hollandaise de echangedemaison.com venue passer l’été à Toulouse nous rapporte vouloir « vivre comme les toulousains, habiter dans un quartier peu touristique, rencontrer les voisins, profiter des bonnes adresses laissées sur le coin du bar par l’hôte. » A noter que dormir chez l’habitant se décline en manger chez l’habitant depuis peu, avec cookening.com, entre autres, qui propose d’ouvrir sa table aux voyageurs contre petite contribution. Economique et surtout moins désincarné que le traditionnel tourisme de masse, le tourisme collaboratif semble avoir de beaux jours devant lui.

Frédéric Michel aussi affolé qu’il soit de voir le taux d’occupation de la ville de Toulouse chuter et la part AirBnB augmenter (10% du nombre total de clefs) doit bien l’admettre : « tout cela nous pousse à nous surpasser et pour preuve le nombre d’hôteliers qui ont investi dans la rénovation de leur hôtel… C’est un mal pour un bien ! » Toulouse commence en effet à comprendre qu’elle doit s’adapter pour sortir son épingle du jeu. A l’image de Guide like you, une plateforme toulousaine de tourisme collaboratif qui propose depuis 2014 de mettre en relation voyageurs et guides locaux pour une visite de la ville moins conventionnelle contre une douzaine d’euros l’heure. La start-up est déjà active à Toulouse, Paris, Londres, Berlin et Bruxelles. –– de ne pas faire le rapprochement avec les « greeters », ces guides locaux rattachés à l’office de tourisme qui font visiter leur ville gracieusement… Dire que les cartes postales, déjà vieillottes ont été totalement substituées par l’envoi de selfie par sms, Instagram ou Facebook, le tourisme pourrait bien en effet subir une mutation plus rapide qu’un clic.

 

 

3 questions à Sarah Roy, en charge de la communication d’Airbnb France

 

Quelques mots sur le développement de AirBnB en région toulousaine?

Les premières annonces remontent à 2010-2011 mais on remarque une croissance principalement depuis 2012. 2 250 logements sont disponibles sur AirBnB à Toulouse et ses alentours, soit 2 fois plus que l’année précédente.

Cela concurrence-t-il le tourisme traditionnel ?

On ne prend pas une « part du gâteau », les deux modèles sont complémentaires, au final on fait « grossir le gâteau ». Le dynamisme du tourisme international est soutenu, en augmentation de 5% d’après l’Organisation mondiale du tourisme. Le succès d’AirBnB montre l’envie des voyageurs d’avoir une approche plus locale, dans des villes ou quartiers moins « touristiques ».

Le tourisme peut-il s’adapter?

La nouveauté c’est que les français deviennent acteurs du tourisme et participent à l’objectif du gouvernement d’agrandir la capacité d’accueil pour atteindre 100 millions de voyageurs à horizon 2020. Le tout en arrondissant leurs fins de mois… Il est donc possible de faire évoluer le tourisme, et que ce soit un modèle gagnant pour tout le monde.

 

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