lundi 25 janvier 2021
Culture Toulouse à l’Unesco : rêve ou réalité ?

[Dossier] Toulouse à l’Unesco : rêve ou réalité ?

Grade. C’était un peu la surprise du retour au capitole de Jean-Luc Moudenc. En septembre 2014, il affichait son ambition de porter la candidature de Toulouse au patrimoine mondial de l’Unesco. La ville rose a-t-elle les épaules assez solides pour suivre les traces d’Albi et de Bordeaux ?

 

« Dès le lendemain du 31 juillet 2010 on a fait l’objet d’un coup de projecteur médiatique et d’une augmentation très significative des visiteurs ! », relate Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi. L’édile assure que 5 ans après, la démarche est « toujours très positive pour Albi et au-delà pour tout le territoire albigeois : c’est un formidable accélérateur pour le territoire. L’Unesco ne donne pas d’argent mais les retombées indirectes sont considérables : il permet notamment d’avoir des financements : l’Etat regarde notre cathédrale de manière favorable et finance une belle partie des chantiers, sans parler du mécénat à hauteur d’un million d’euro…» Un classement prestigieux, que l’on ne remet pas en question et qui fait l’unanimité. A tel point que chaque année le nombre de dossiers augmente. En France ce sont déjà 41 sites qui sont classés. Albi a passé une dizaine d’années à courir après son titre et ce sont aujourd’hui 14 hectares qui rentrent dans le cercle très fermé du classement Unesco. A Toulouse, les démarches s’organisent peu à peu. En mai 2015 la ville a mis en place des instances de réflexion afin d’accompagner le projet, notamment un comité d’orientation présidé par Christine Albanel, ancienne ministre de la Culture de la Communication. Dans les pas d’Albi (2010) et de Bordeaux qui a vu son port de la Lune classé en 2007, la ville rose trouvera-t-elle la spécificité qui la rend « unique, à valeur universelle et qu’elle incarne pour le reste de l’humanité » ?

« Toulouse a beaucoup de chose mais rien de particulier. »

Car la difficulté est bien là : « Toulouse est une ville qui a une histoire et un patrimoine riche car elle n’a jamais été détruite », s’enthousiasme Annette Laigneau, adjointe en charge des politiques d’urbanisme et d’aménagement, citant à la volée « le pastel, l’aéropostale, les capitouls et les plus de 180 édifices classés dans l’hyper-centre ». Elle concède cependant : « On a beaucoup de choses mais rien de particulier. Bordeaux avait son port, c’était plus simple » Et Albi sa cité épiscopale. Depuis le mois de mai, des scientifiques planchent sur le sujet afin de dégager un fil rouge qui pourrait représenter Toulouse : « Pour le moment je n’ai absolument aucune idée de ce qui est en train de se faire, on saura début novembre. C’est toute une histoire qu’on doit raconter avec ces éléments patrimoniaux. Sans se mettre en concurrence avec d’autres villes. » Une véritable stratégie pour élaborer ce qui se rapproche d’une « plaidoirie d’avocat » explique Marie-Eve Cortes, responsable de la mission Unesco, service du patrimoine et relations internationales à la mairie d’Albi. Engagée pour mener à bien ce projet dans la Tarn, elle connait le sujet sur le bout des doigts : « C’est un état d’esprit très particulier, il faut monter un dossier qui se base sur un argumentaire scientifique. C’est fondamental d’avoir des bâtiments inscrits. A Albi le périmètre inscrit est situé au cœur d’un secteur sauvegardé, au sein d’un dispositif qui existait déjà. Pour Toulouse tout dépend de ce qui est proposé pour son inscription : quel périmètre et à quel titre ? »

« Je n’ai aucune certitude face à ce dossier »

Et si chez sa voisine tarnaise la démarche n’a généré ni frais ni contraintes, les choses risquent d’être un peu différentes à Toulouse. « Nous avions déjà un plan de gestion bien précis à respecter pour la protection de la zone sauvegardée, le classement n’a rien changé en terme de contrainte» ajoute Stéphanie Guiraud-Chaumeil. C’est là que le bât blesse. A Toulouse aucune trace de PSMV (Plan de sauvegarde et de mise en valeur), dont sont dotées la plupart des villes. « Des démarches ont été entamées dans les années 70 mais rien n’a abouti », explique Jacques Frexinos, président de l’association des toulousains de Toulouse, également membre du comité d’Orientation sur le dossier Unesco. Il se dit d’ailleurs hésitant : «La partie ne sera pas facile et le chemin très long. Je suis dans une grande réflexion, je n’ai actuellement aucune certitude quant à ce dossier. Pour moi on n’a pas joué les bonnes cartes avant ». Une manière diplomate d’annoncer que la ville a raté le coche. « Comment individualiser quelque chose d’original par rapport aux autres ? Jouer la carte de la vieille ville revient à tomber dans des thèmes repris par des villes italiennes qui sont à ce niveau-là meilleurs que nous… Quant à l’aéronautique, il reste peu de preuves tangibles du passé… On a plusieurs richesses, parfois banales. Quant au pastel, pas sûr que ce soit porteur économiquement. » Et si l’on entend chez ceux qui ont été sacrés que la distinction n’est pas un aboutissement mais bien un point de départ, Toulouse se lance pourtant dans de grands projets de réaménagement. Ira-t-elle assez vite pour concrétiser ce doux rêve ? Grand Parc Garonne, rénovation de Saint Sernin, aménagement du centre-ville… Quant au PSMV, une étude préalable à hauteur de 50 000€ vient d’être lancée. Chimère ou véritable dessein, l’ambition a au moins le mérite de donner des ailes.

 

 

Toulouse patrimoine d’avenir

Pour impliquer les toulousains dans la défense de leur ville pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, la ville organise un forum le 8 octobre. L’occasion de convier professionnels, associations et particuliers à découvrir leur ville d’au nouvel œil. Autour du thème « Placer notre patrimoine historique au cœur des enjeux d’une ville du 21ème siècle », tables rondes, conférences ou ateliers permettront à chacun d’échanger, de s’exprimer et de fédérer sur ce projet commun. http://www.toulouse.fr/

 

Info+ : A Toulouse sont d’ores et déjà classés au patrimoine mondial de l’Unesco le Canal du Midi et au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, l’Hôtel Dieu Saint Jacques et la basilique Saint Sernin.

 

 

 

 

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