[Dossier] Emploi : quelle alternative au service public ?

pole emploi okAprès une éclaircie en début d’année, les derniers chiffres du chômage sonnent le glas de tout espoir, si bref soit-il. La recherche d’un emploi s’apparente aujourd’hui à une véritable quête du graal, littéralement semée d’embûches. Face à l’impuissance du géant Pôle emploi, de nouveaux acteurs déboulent sur le marché : Qui sont ces ersatz du Pôle emploi ? Sont-ils efficaces ?

 

« Tous nos conseillers sont occupés pour le moment. Veuillez renouveler votre appel. » Voilà en substance ce que retiennent bon nombre de demandeurs d’emploi de la part du service public dédié. Une mauvaise image qui n’est plus à analyser, les files d’attentes désespérées aux agences se passant de tout commentaire. Un système évalué comme « défaillant » par la plupart des personnes qui s’y sont frottées. En tête des diatribes : des propositions d’emploi inadaptées au profil, des entretiens minutés, inutiles, voire anxiogènes.  En somme, une pile de contraintes administratives pour un retour à l’emploi peu concluant, face à un service impuissant qui amène de plus en plus de chômeurs à bouder Pôle emploi… « Nous recevons au quotidien des personnes qui se sont cassé les dents à Pôle emploi et qui décident de changer de stratégie », explique Vanessa Soulé de l’entreprise Trade-solution.

Cette agence d’emploi locale (trois agences en région toulousaine) propose des prestations en intérim et en CDD et CDI dans tous les secteurs d’activité. Les agences d’emploi nationales comme Adecco, Manpower et autres, souvent spécialisées dans l’intérim, sont rattrapées ces dernières années par des agences locales de ce type : « nous avons de gros avantages par rapport à Pôle emploi qui croule sous le volume de dossiers à traiter… Nous sommes sur le terrain, nous avons une meilleure connaissance du marché, car nous avons le temps de nous déplacer et de prendre connaissance des besoins des entreprises ». Elle assure qu’être une agence locale est une force « car on connaît nos intérimaires, on écoute nos candidats, les personnes reçues ne sont pas des numéros ! » Une alternative à ne pas prendre à la légère qui peut mener, avant le retour à l’emploi, à un bilan de compétences voire à une formation : « une réponse plus adaptée et souvent plus rapide ». Les associations sont un autre aspect méconnu de la recherche d’emploi. À l’image de Solidarité Nouvelle face au chômage (SNC) qui propose depuis 30 ans l’accompagnement gratuit par des bénévoles et sans limite de durée dans tout l’hexagone. À Toulouse ce sont 18 personnes qui accompagnent en binôme les demandeurs d’emploi dans leur traversée du désert : « nos inscrits se sont généralement rendu compte que Pôle emploi n’avait pas la capacité de les accompagner, au bout de trois mois à un an ils se tournent vers d’autres structures comme la nôtre. On a le luxe de prendre le temps, ce que n’a pas Pôle emploi », explique Muriel Brunet responsable du groupe SNC Toulouse. 60% des personne suivies sortent avec un emploi à la clef : « on aide les gens à y voir plus clair, on ne cherche pas à leur place mais on utilise notre réseau associatif local pour échanger les offres d’emploi ». SNC a d’autres cordes à son arc pour ses protégés et finance notamment chaque année une centaine d’emplois solidarité : « au-delà du contrat pour ceux qui en bénéficient, c’est avant tout un espoir pour les personnes que nous suivons car les demandeurs d’emploi sont généralement désespérés… »

90% de placement par le coaching emploi

L’association réfute être en concurrence avec le Service Public : « Pôle emploi organise régulièrement un comité de liaison qui réunit les associations qui œuvrent dans ce domaine et des chercheurs d’emploi pour réfléchir sur le système et l’améliorer, c’est une démarche positive… » Christine Olympio s’est retrouvée au chômage à 56 ans, « le mauvais âge pour perdre son emploi », explique-t-elle ajoutant que « Pôle emploi a dû pour cette raison me mettre en bas de la pile de dossiers et ne recevant pas de convocation j’ai dû accélérer le processus et réclamer une formation… » À ce moment comme ses analogues elle déplore « des agents qui sont plus occupés à cocher des cases qu’à t’aider, d’ailleurs on m’a envoyée vers une seule offre d’emploi mais à ce moment là j’avais déjà retrouvé du travail ». C’est à la SNC qu’elle est allée frapper pour cet accompagnement qui lui fait décrocher un job au bout de deux mois. Aujourd’hui salariée de l’association La passerelle, à Colomiers, elle est encore reconnaissante  envers ce suivi « personnalisé qui m’a poussée dans mes retranchements. J’ai pu pointer mes failles, ce que je devais améliorer pour réussir à décrocher un emploi ». C’est aussi la mission de Bérangère Touchemann, coach emploi à Toulouse : « j’utilise la technique du Personal Branding, un concept appliqué à l’entreprise que je transpose à la personne ». Un travail approfondi du CV, de la lettre de motivation, de la présence et de l’utilisation des réseaux sociaux mais aussi de « l’identité de marque que chacun doit se fabriquer via sa carte de visite, son répondeur, sa signature mail, etc. » Elle précise que «le coaching se développe dans ce domaine car il y a un  réel besoin avec de plus en plus de demandeurs d’emploi et des institutions qui n’ont pas assez de moyens. Le coaching emploi apporte une modernisation des méthodes classiques de recherche avec notamment l’exploration des offres d’emploi du marché caché*».  Un accompagnement sur 4 à 6 mois, à raison de 90€ de l’heure. En deux ans, une cinquantaine de personnes ont été suivies par Bérangère Touchemann pour un taux de placement au terme de l’accompagnement à 90%… Il faut parfois y mettre le prix.

*poste pour lequel il n’existe aucune annonce

 

 

3 questions à Serge Lemaître, directeur régional de Pôle Emploi

Pourquoi certaines entreprises ne recrutent pas par Pôle Emploi ?

Les entreprises de la région nous confient en moyenne 130 000 offres par an, ce qui représente 34% des offres de CDD et CDI de plus d’un mois. Ce sont plutôt les moyennes et grosses entreprises, les petites ne le font pas, souvent par méconnaissance. Il faut dire qu’il faut réussir à nous joindre. En France près des 2/3 des entreprises recrutent sans que l’offre ne sorte.

Etes-vous conscient de la mauvaise image de Pôle Emploi ?

On souffre d’une mauvaise image liée à la situation de l’emploi, ça nous tire vers le bas. On pointe les dysfonctionnements – et il y en a – mais quand on reçoit des milliers d’appels et qu’on traite des milliers de dossiers, c’est normal de devoir améliorer ses services. Des études comparatives avec les OPP (Opérateur privé de placement ndlr), montrent d’ailleurs que Pôle Emploi est plus efficace.

Quelles améliorations à venir ?

Jusqu’à aujourd’hui les conseillers s’occupaient des demandeurs et des entreprises, aujourd’hui 190 conseillers en Midi-Pyrénées sont exclusivement dédiés aux entreprises et font de la prospection ciblée. On travaille aussi en complémentarité avec les entreprises privées. Par ailleurs, la moitié de nos offres viennent des job boards (web-site d’emplois ndlr), qui relaieront à partir de mai les offres sur lesquelles nous rencontrons des difficultés.

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.