[Actu] Sous le Nobel, l’excellence toulousaine ?

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Ricochet. Un Nobel d’économie ça a de quoi déconcerter dans un pays en crise, mais à Toulouse on n’a que faire de ce paradoxe : aujourd’hui, c’est jour d’allégresse. En coulisses, on prépare déjà les retombées sur l’enseignement toulousain.

Depuis lundi, l’École d’économie de Toulouse (TSE) abrite un Nobel d’économie. Et l’ambiance s’en ressent. L’établissement habituellement des plus discrets, fourmille d’excitation. Il est 14h, les étudiants se rendent dans l’amphi où enseigne Jean Tirole (également président de TSE, ndlr), qui a tenu à maintenir son cours. « C’est la petite anecdote, rapporte Joël Etchavarria, directeur délégué en charge du développement, des opérations et des RH, personne ne pensait qu’il allait assurer son cours, l’amphi était bourré à craquer, car tous les élèves voulaient le voir et lui a fini par s’excuser, car il n’était pas très concentré, il a dit que c’était le pire cours de sa vie !» Distrait il pouvait bien l’être un peu, car si la rumeur courrait depuis 4 ou 5 ans qu’il était shortlisté pour le Nobel, « cette année ça a été une vraie surprise, poursuit Joël Etchevarria qui était dans son bureau au moment de l’appel, « il est tombé des nues il y a eu un moment de blanc, il n’était pas bien du tout. » Une analyse que corrobore Christian Gollier, directeur de TSE : « Même si Jean était sur les petits papiers du comité Nobel depuis un certain temps, c’est quand même une surprise de taille pour lui et pour notre communauté et je peux vous dire que nos étudiants sont chauffés à blanc par la nouvelle, ses prochains cours vont faire salle comble! » Après les larmes d’émotions est survenue la pointe d’inquiétude comme l’explique le directeur délégué : « Nous sommes conscients que cela risque de changer beaucoup de choses pour nous ! » À court terme, un agenda surbooké pour le président de TSE, mais d’une façon plus générale « à partir du moment où TSE est présidée par un prix Nobel, on va être encore plus observé et attendu, on a une responsabilité différente ! » Le couperet est tombé et la pression monte fatalement d’un cran. Les retombées devraient pourtant être positives. À TSE, on se prépare à des avancées sur plusieurs points : « On espère une attractivité renforcée du côté des chercheurs, mais aussi du côté des étudiants : en tant qu’université publique, nous n’avons pas de logique à augmenter le nombre de nos étudiants, mais cela va favoriser l’arrivée de bons dossiers ; enfin, on espère que cette renommée consolidée permettra à des entreprises de s’intéresser davantage à nous via l’embauche, le stage ou les partenariats de recherche. »

« Ce Nobel va nous aider à attirer les meilleurs ! »

JEAN TIROLE
© CNRS Photothèque C. Lebedinsky

À ce sujet, Christian Gollier est largement optimiste : « Notre école bénéficie d’une très forte réputation hors de France et 50% de nos étudiants sont étrangers, mais en France, l’université subit une concurrence très déloyale des classes préparatoires et des grandes écoles, beaucoup mieux financées que nous, et qui peuvent sélectionner leurs étudiants. Ce prix Nobel va nous y aider à attirer les meilleurs ! » En tout cas, les partenaires actuels de l’école tant publics (CNRS et INRA) que privés (EDF, Orange, BNP, Microsoft) devraient également par ricochet jouir de ce Nobel tout comme l’UT1-Capitole, « qui fut notre incubateur et aujourd’hui notre navire amiral », lance Christian Gollier. Il y a fort à parier que cette dernière grimpe en flèche dans les classements d’universités. Actuellement 76ème du « Shangai ranking », qui base son classement sur plusieurs critères – dont le nombre de Nobels – « On peut attendre que l’université toulousaine soit bien mieux classée rapidement », complète Maxime Boyer adjoint à la vie étudiante. Il évoque le classement REPEC qui place déjà TSE à la 11ème place mondiale des départements d’économie. Nul doute qu’elle atteigne rapidement le podium. Ce qui est sûr c’est que cette réussite ne va pas se limiter aux murs de la manufacture des tabacs, car « quand on parle de Jean Tirole, on parle de TSE et quand on parle de TSE, on parle de Toulouse, plaisante Joël Etchevarria, un Nobel ça donne une idée de l’environnement scientifique et cela peut peser dans la balance quand on choisit une ville pour son enseignement supérieur ». Il n’y a qu’à voir la profusion de commentaires côté Paul Sabatier, comme au Mirail, ou encore à école de commerce, l’ensemble de la communauté scientifique a rapidement saisi l’occasion – au-delà de la personnalité de Jean Tirole- de tirer son épingle du jeu. « Un prix Nobel d’économie ne nait pas sur un terrain vierge ! » À ce sujet le directeur de TSE fait un appel : « Le paysage académique toulousain reste très fragmenté, très divisé, et peu ouvert à l’excellence scientifique, un mot tabou lors de la construction finale de l’IDEX. Si TSE peut aider à débloquer cette situation, nous sommes ouverts à la discussion comme nous avons montré que nous l’étions dans le passé. »

 

 

Info plus : Toulouse School of Economics a été fondée par Jean Tirole en 2007. Aujourd’hui, l’établissement réunit 150 chercheurs et près de 2000 étudiants dont 700 étrangers. On compte 80 nationalités différentes et 1500 diplômés à ce jour.

 

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