lundi 30 novembre 2020
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Premier roman de la toulousaine Maylis Adhémar : une chronique fascinante de la bourgeoisie ultra catholique

Dans son premier roman, ‘’Bénie soit Sixtine’’, qui sortira le 20 août aux éditions Julliard, l’auteure toulousaine Maylis Adhémar imagine l’émancipation d’une jeune femme pieuse et soumise à une tradition familiale ultra catholique. Une chronique hallucinante qui met scène l’aventure initiatique de la maternité au sein d’une France bourgeoise, réactionnaire et fanatique.

L’auteure toulousaine Maylis Adhémar fait la chronique de la bourgeoisie ultra catholique dans son premier roman ”Bénie soit Sixtine” © Rémi Gabalda

Sixtine a grandi au milieu des chapelets, des rosaires, des mystères glorieux et des cliquètements d’une horloge comtoise qui marque inexorablement l’heure de la prière du soir. Sixième enfant, comme son nom l’indique, d’une famille catholique ‘’tradi’’, la vie de Sixtine semble tracée avec la même rigueur qu’un déroulé de messe tridentine. Se marier, être une bonne épouse et donner de nombreux héritiers à sa belle-famille. De « nouveaux petits croisés » qu’elle devra élever dans une France frappée par la « décadence et l’apostasie ». Un destin qui s’accomplit sans accroc jusqu’à ce qu’un drame la pousse à tout remettre en question et à fuir le joug de « l’adjudant de cavalerie », sa belle-mère, pour remonter le fil de ses origines.

Une France bourgeoise, ultra catholique et réactionnaire

Dès les premières pages de ‘’Bénie soit Sixtine’’, le premier roman de la jeune auteure toulousaine Maylis Adhémar, le lecteur est invité dans une France bourgeoise, ultra catholique et réactionnaire que l’on croyait révolue. On y est royaliste, on y chante ‘’Maréchal nous voilà’’ et la longueur des jupes des filles y est savamment mesurée, à chaque âge de la vie. « C’est un milieu que je connais bien, car j’ai grandi dans une famille très pratiquante appartenant à cette mouvance que l’on appelle les tradis. Même si elle n’était pas aussi snob que celle décrite dans mon livre », explique l’auteure qui confie avoir pris ces distances très tôt avec cet environnement. Beaucoup plus tôt que son personnage.

Un premier roman inspiré de son histoire personnelle

C’est à l’adolescence que Maylis Adhémar, journaliste indépendante à Toulouse, rompt avec la pratique de la religion. Passionnée par l’Histoire et la littérature, elle écrit depuis son plus jeune âge. Des nouvelles, des ébauches de romans et des pièces de théâtre qu’elle met en scène en famille. Et c’est en 2018, après avoir soumis un premier texte à diverses maisons d’édition, que surgit l’idée de s’appuyer sur son vécu. Comme une révélation.

« J’ai eu un flash en voiture. Toute la trame m’est apparue d’un coup. Quelques jours plus tôt, une amie d’enfance que j’avais connue dans des camps catholiques très tradis m’a recontacté pour prendre de mes nouvelles. Comme toutes nos camarades de l’époque, elle avait suivi le schéma imposé. Mariée jeune, elle n’avait jamais travaillé et avait six enfants. Dans sa voix, j’ai senti qu’elle n’était peut-être pas complètement épanouie. Ça m’a paru fou et je me suis demandée ce qui se serait passé si j’avais également pris cette voie », raconte l’auteure. Elle décide alors de se retirer à l’abbaye bénédictine Sainte Scholastique de Dourgne, dans le Tarn, pour se lancer dans l’écriture de ‘’Bénie soit Sixtine’’, qui sortira le 20 août aux éditions Julliard. Une manière de se reconnecter avec sa jeunesse.

Une chronique réaliste et sans concession

Sans être antireligieux, ce récit livre donc une chronique réaliste et sans concession d’une bourgeoisie fanatique et fortement liée à l’extrême droite. « On peut croire que c’est une caricature parce que les gens connaissent mal ce milieu », avertit-elle. Dans un style maîtrisé et plaisant, Maylis Adhémar raconte la progressive libération d’une jeune maman pieuse et soumise. Grâce à un voyage à l’étranger, celle-ci va découvrir les origines de sa propre mère, mais également ouvrir les yeux sur un monde ou l’amour, l’amitié et les plaisirs ne sont pas nécessairement l’œuvre du diable. « La maternité est fondamentale dans ce processus. Il m’a semblé que les deux facteurs indispensables pour qu’une fille mariée et engagée dans ce milieu puisse s’échapper étaient que son époux disparaisse et qu’elle doive sauver son enfant », justifie l’auteure.

Aux côtés de marginaux, de circassiens ou d’un prêtre-ouvrier, la foi de la jeune femme va se transformer et s’apaiser. « C’est un roman que je n’aurai pas pu écrire plus tôt. La distance m’a permis d’avoir un regard critique, sans tomber dans le ressentiment. Je souhaitais surtout montrer que l’émancipation est possible sans tout envoyer balader », explique Maylis Adhémar. Un livre drôle et saisissant, parsemé de scènes parfois douloureuses, mais dont les 300 pages se dévorent en moins de temps qu’il en faut pour dire une messe.

4 Commentaires

  1. J’ai lu ce livre avec d’autant plus d’intérêt que j’appartiens à ce fameux milieu “catholique intégriste”, source de tant de fantasmes et de clichés. Le roman de Maylis Adhémar les alimente allègrement, et ne correspond pas à la diversité de cette mouvance qui forme avant tout une communauté humaine, avec ses qualités et ses défauts.
    Cette malheureuse jeune femme a sans doute joué de malchance pour cumuler à ce point tous les poncifs. L’évolution du récit fait sourire tant le contraste est appuyé entre les abominables tradis, dont pas un ne peut racheter l’autre, et les gentils “non-tradis” parés de toutes les qualités. Sans doute faut-il chercher la clé du succès de ce livre dans cette offrande aux bouffeurs de tradis, trop heureux de pouvoir s’appuyer sur un récit largement autobiographique pour se conforter dans leurs partis-pris.
    Bien sûr, il est tout à fait possible que l’auteure ait souffert dans son enfance. Mais on ne guérit pas de ses blessures, me semble-t-il, par la caricature. En allant jusqu’à présenter ce milieu comme un nid de militants violents, qui n’hésitent pas à verser le sang délibérément.
    “Réaliste” cette chronique, dites-vous, Monsieur ? Et comment le savez-vous ? L’avez-vous personnellement fréquenté ? Ou bien le livre vous dit-il simplement ce que vous avez envie d’entendre ? Le milieu “intégriste” présente un visage social très varié où se côtoient artisans, paysans, employés, cadres, militaires et civils, fonctionnaires, entrepreneurs, infirmières, médecins, jeunes et retraités, bref des gens ordinaires pour la plupart. Et qui ne se reconnaîtraient pas dans les élucubrations de Madame Adhémar. Il ne comprend pas que des saints-cyriens et des bourgeois coincés. Et ne compte aucune milice de nervis qui assassinent de sang froid. Il présente son lot de prétentieux, d’imbéciles, d’esprits étroits, de vieilles bigotes insupportables, d’esprits aigris et excessifs. Mais vous en croisez probablement à votre insu bien souvent, sans imaginer un seul instant que cet individu normal et sympathique puisse être un abominable intégriste ! Je vous assure que ce milieu abrite de nombreuses personnes aimables, cultivées, ouvertes d’esprit, bienveillantes, appréciées de leur entourage social et professionnel.
    Grand lecteur, je ne vois pas ce qui, dans ce roman, peut soulever l’enthousiasme. La trame manichéenne, l’absence de nuances dans la présentation des caractères, et la simplification outrancière des portraits plaident essentiellement pour l’expression d’un règlement de comptes familial, exposé sur la place publique.
    Les personnages ridicules, mis en scène par Maylis Adhémar, existent à l’unité, ici ou là, ni plus, ni moins que dans d’autres milieux. Ils ne représentent pas la généralité de l’espèce. Vous, journalistes, détestez les amalgames, les généralisations, insistez souvent pour qu’on n’assimile pas des extrémistes à l’ensemble d’un groupe humain ou religieux. Mais lorsqu’il s’agit des intégristes catholiques, la règle n’a plus cours ! On peut taper gaiement, et d’autant plus sereinement qu’on ne risque rien ! L’auteure exploite un filon porteur, tout en exerçant sa vengeance sur un milieu qu’elle exècre. Facile et pitoyable.
    Rejeter un milieu, pourquoi pas. Le salir délibérément et sciemment, voilà qui ne grandit pas cette pauvre Maylis que je plains de tout mon cœur. Je lui souhaite de trouver dans le magnifique univers “non-tradi” le bonheur et l’épanouissement que rencontre Sixtine dans son livre.
    Ce qui est finalement le plus lamentable dans ce roman, c’est qu’une grande maison d’édition offre sa vitrine à une auteur qui connaît si mal la nature humaine, et ne parvient même pas à la mettre en scène de manière crédible. Il n’était même pas nécessaire de préciser qu’il s’agissait d’un premier roman. Pour un coup d’essai, on ne peut toujours réaliser un coup de maître. Même en hurlant avec les loups.

  2. Je voudrais simplement rappeler à Emmanuel Courtial que Maylis a écrit un ROMAN et qu’un roman n’est pas un documentaire. C’est sans doute la douleur que vous avez ressentie, parce qu’elle appuie là où ça fait mal, qui vous l’a fait oublier…
    Quant à votre mépris affiché, vous dites:” cette pauvre Maylis que je plains de tout mon coeur”, vous utilisez les adjectifs “facile et pitoyable”, cela montre bien que vous n’avez aucune ouverture d’esprit et que vous vous permettez de la mal juger, sans doute parce que vous vous estimez tellement supérieur. Sans même vous en rendre compte, vous offrez l’exact reflet des personnages du roman, ceux qui voulaient tout décider à la place de Sixtine, endoctrinés par leur fanatisme, ces personnages que l’on pouvait voir comme étant très caricaturés et bien, grâce à vous, on voit que le trait n’a pas été exagéré.
    Pour finir je vous rappellerai l’adage: la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe…

  3. je trouve ce roman très bien écrit et qui rappelle qu’il n’ya a pas que dans la religion d’Allah qu’il y a des “tradis” purs et durs qui interprêtent , à leur guise , les textes sacrés et ne font aucune compromission

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