Premier roman de la toulousaine Maylis Adhémar : une chronique fascinante de la bourgeoisie ultra catholique

Dans son premier roman, ‘’Bénie soit Sixtine’’, qui sortira le 20 août aux éditions Julliard, l’auteure toulousaine Maylis Adhémar imagine l’émancipation d’une jeune femme pieuse et soumise à une tradition familiale ultra catholique. Une chronique hallucinante qui met scène l’aventure initiatique de la maternité au sein d’une France bourgeoise, réactionnaire et fanatique.

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L’auteure toulousaine Maylis Adhémar fait la chronique de la bourgeoisie ultra catholique dans son premier roman ”Bénie soit Sixtine” © Rémi Gabalda

Sixtine a grandi au milieu des chapelets, des rosaires, des mystères glorieux et des cliquètements d’une horloge comtoise qui marque inexorablement l’heure de la prière du soir. Sixième enfant, comme son nom l’indique, d’une famille catholique ‘’tradi’’, la vie de Sixtine semble tracée avec la même rigueur qu’un déroulé de messe tridentine. Se marier, être une bonne épouse et donner de nombreux héritiers à sa belle-famille. De « nouveaux petits croisés » qu’elle devra élever dans une France frappée par la « décadence et l’apostasie ». Un destin qui s’accomplit sans accroc jusqu’à ce qu’un drame la pousse à tout remettre en question et à fuir le joug de « l’adjudant de cavalerie », sa belle-mère, pour remonter le fil de ses origines.

Une France bourgeoise, ultra catholique et réactionnaire

Dès les premières pages de ‘’Bénie soit Sixtine’’, le premier roman de la jeune auteure toulousaine Maylis Adhémar, le lecteur est invité dans une France bourgeoise, ultra catholique et réactionnaire que l’on croyait révolue. On y est royaliste, on y chante ‘’Maréchal nous voilà’’ et la longueur des jupes des filles y est savamment mesurée, à chaque âge de la vie. « C’est un milieu que je connais bien, car j’ai grandi dans une famille très pratiquante appartenant à cette mouvance que l’on appelle les tradis. Même si elle n’était pas aussi snob que celle décrite dans mon livre », explique l’auteure qui confie avoir pris ces distances très tôt avec cet environnement. Beaucoup plus tôt que son personnage.

Un premier roman inspiré de son histoire personnelle

C’est à l’adolescence que Maylis Adhémar, journaliste indépendante à Toulouse, rompt avec la pratique de la religion. Passionnée par l’Histoire et la littérature, elle écrit depuis son plus jeune âge. Des nouvelles, des ébauches de romans et des pièces de théâtre qu’elle met en scène en famille. Et c’est en 2018, après avoir soumis un premier texte à diverses maisons d’édition, que surgit l’idée de s’appuyer sur son vécu. Comme une révélation.

« J’ai eu un flash en voiture. Toute la trame m’est apparue d’un coup. Quelques jours plus tôt, une amie d’enfance que j’avais connue dans des camps catholiques très tradis m’a recontacté pour prendre de mes nouvelles. Comme toutes nos camarades de l’époque, elle avait suivi le schéma imposé. Mariée jeune, elle n’avait jamais travaillé et avait six enfants. Dans sa voix, j’ai senti qu’elle n’était peut-être pas complètement épanouie. Ça m’a paru fou et je me suis demandée ce qui se serait passé si j’avais également pris cette voie », raconte l’auteure. Elle décide alors de se retirer à l’abbaye bénédictine Sainte Scholastique de Dourgne, dans le Tarn, pour se lancer dans l’écriture de ‘’Bénie soit Sixtine’’, qui sortira le 20 août aux éditions Julliard. Une manière de se reconnecter avec sa jeunesse.

Une chronique réaliste et sans concession

Sans être antireligieux, ce récit livre donc une chronique réaliste et sans concession d’une bourgeoisie fanatique et fortement liée à l’extrême droite. « On peut croire que c’est une caricature parce que les gens connaissent mal ce milieu », avertit-elle. Dans un style maîtrisé et plaisant, Maylis Adhémar raconte la progressive libération d’une jeune maman pieuse et soumise. Grâce à un voyage à l’étranger, celle-ci va découvrir les origines de sa propre mère, mais également ouvrir les yeux sur un monde ou l’amour, l’amitié et les plaisirs ne sont pas nécessairement l’œuvre du diable. « La maternité est fondamentale dans ce processus. Il m’a semblé que les deux facteurs indispensables pour qu’une fille mariée et engagée dans ce milieu puisse s’échapper étaient que son époux disparaisse et qu’elle doive sauver son enfant », justifie l’auteure.

Aux côtés de marginaux, de circassiens ou d’un prêtre-ouvrier, la foi de la jeune femme va se transformer et s’apaiser. « C’est un roman que je n’aurai pas pu écrire plus tôt. La distance m’a permis d’avoir un regard critique, sans tomber dans le ressentiment. Je souhaitais surtout montrer que l’émancipation est possible sans tout envoyer balader », explique Maylis Adhémar. Un livre drôle et saisissant, parsemé de scènes parfois douloureuses, mais dont les 300 pages se dévorent en moins de temps qu’il en faut pour dire une messe.

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