jeudi 9 décembre 2021

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CultureImer : Street artiste, vandale et homme de lettres

Imer : Street artiste, vandale et homme de lettres

Installé à Toulouse depuis 5 ans, le graffeur Imer participe à l’exposition Bayard Street, du samedi 16 octobre au mardi 30 novembre, rue Bayard. L’occasion de découvrir un homme de lettres issu de la scène vandale.

Imer graffiti
L’artiste Imer en train de réaliser un graffiti © Audrey BA

Beatmaker et graffeur, Imer est un artiste hip-hop à l’ancienne. Issu de la scène vandale, le graffiti sauvage, et bercé par le Wild Style Newyorkais, des entrelacements complexes de lettrages, ce graffeur originaire de Marseille a posé ses bombes à Toulouse il y a cinq ans.

« C’est mon grand frère qui m’a fait découvrir le graffiti quand j’avais 12 ans », se rappelle Imer, aujourd’hui âgé de 29 ans. « J’ai de suite commencé à explorer les bords de voies ferrées, des friches et tout type de lieux abandonnés. Car, à l’époque, le graff n’avait pas pignon sur rue et c’était là qu’on pouvait voir de belles fresques », ajoute-t-il. Sur papier, cet « ’homme de lettres »’ s’exerce inlassablement aux calligraphies complexes et se crée son propre style. Nerveux et coloré à ses débuts.

L’éveil du vandale

Après s’être choisi un blaze, une signature que l’artiste reproduit systématiquement, Imer achète ses premières bombes. « J’étais un pur graffeur. J’aimais sortir la nuit et poser des graffs partout, surtout sur les bords d’autoroute. À cette époque j’étais dans une pratique vandale, assez éloignée de la démarche et du milieu artistique », confesse-t-il. Une approche aussi excitante qu’illégale.

Néanmoins, le jeune homme essaie de concilier son goût pour le dessin avec ses études et s’inscrit dans une option d’art appliqué au lycée. « J’ai fait six mois puis j’ai abandonné pour partir faire un stage chez Christie’s à Londres. Je voulais devenir artiste et pas architecte ou designer », explique Imer.

Les vandales sont aussi des gens de lettres

À seulement 16 ans, le jeune négocie donc un stage rémunéré avec la plus prestigieuse maison de ventes aux enchères du monde et loue un petit appartement dans la capitale anglaise. Une première étape avant de multiplier des voyages autour du globe : l’Amérique latine, les États-Unis ou le vieux continent. « Tous ces voyages ont influencé mon style. L’Amérique latine m’a sensibilisé à la présence de personnages très colorés et de la nature. Je me suis mis à peindre moins systématiquement de lettrages. Ainsi qu’à utiliser des couleurs rehaussées et des typographies plus simples », observe Imer.

Également producteur de son et beatmaker (celui qui compose les rythmes dans le hip-hop, NDLR), cet artiste aux deux casquettes explore aussi le graff-motion. Une forme de court métrage d’animation, réalisé en image par image, où le peintre interagit avec une fresque qui semble prendre vie sur le mur.

Toulouse, une ville top pour le graffiti

Et c’est en 2016, après un voyage au Brésil que le jeune homme tombe sous le charme de la Ville rose. « Toulouse est une ville top pour le graffiti. La scène du graff y est juste énorme. Il doit y avoir au moins 200 graffeurs vraiment excellents et j’en découvre encore tous les jours. Des jeunes comme des anciens. Même si au niveau vandale c’est assez pauvre, car les graffs sont effacés très vite », s’enthousiasme le Toulousain d’adoption.

Qu’importe, celui s’éloigne peu à peu de la pratique de ses débuts pour professionnaliser sa démarche. « Je suis moins attiré par le côté ego trip où l’on marque son nom partout. Aujourd’hui, je suis artiste peintre. Je réalise des fresques, j’anime des ateliers d’initiation et je vends des tableaux. Pour moi les ateliers, que ce soit avec les jeunes ou des personnes âgées, sont fondamentaux. Je mets un point d’honneur à conserver cet engagement », précise Imer qui a réalisé des œuvres pour la mairie de Toulouse.

De l’art de rue à l’art dans la rue

Aujourd’hui, Imer fait parti du collectif Sous les pavés la plante, qu’il a créé avec Lowick et deux amies photographes. « Nous cherchons à donner plus de place à la nature dans nos œuvres », précise-t-il. Une démarche engagée qu’il retrouve dans l’événement Bayard Street.

« Exposer des tableaux dans les vitrines des boutiques est une super initiative. Cela permet d’aller à la rencontre des habitants et de faire descendre l’art dans la rue. C’est important dans un quartier populaire avec une grande mixité sociale où les kebabs côtoient les grands hôtels. La rue Bayard est aussi une rue un peu ghetto, qui a une place particulière dans la riche histoire du hip-hop toulousain. Je suis très content d’avoir été invité pour cet événement », se félicite Imer.

Nicolas Belaubre
Nicolas Belaubre a fait ses premiers pas de journaliste comme critique de spectacle vivant avant d’écrire, pendant huit ans, dans la rubrique culture du magazine institutionnel ‘’à Toulouse’’. En 2016, il fait le choix de quitter la communication pour se tourner vers la presse. Après avoir été pigiste pour divers titres, il intègre l’équipe du Journal Toulousain, alors hebdomadaire de solution.
 

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