[Culture] Ses cicatrices, il en fait des livres

jean baptiste dethieux

Personnalité. Jean-Baptiste Dethieux est avant tout connu pour être un psychanalyste de renom spécialisé dans les troubles de l’enfance. Il est aussi un auteur qui ne cesse de bouleverser.  Il y a quelques années son « Voyage de Jeanne » marquait les débuts d’une plume alliant le réel à la fiction. Il persévère avec « Renaissance » (ed.Taurnada).

 

Sérieux, posé, réfléchi, poli et intérieur … Jean-Baptiste Dethieux est un peu tout ça à la fois quand on le croise pour la première fois. Il s’assoit en face de vous et vous dévisage avec rapidité derrière ses petites lunettes. Normal, l’homme est psychiatre et psychanalyste en terres toulousaines. Déformation professionnelle alors ? Pas seulement, car Jean-Baptiste aime profondément l’autre, et le prouve à travers ses écrits. Il a même toujours voulu se diriger vers la psychanalyse : « Dès l’adolescence, j’ai eu un intérêt pour tout ce qui touchait à l’implicite, à l’inconscient, le masque et le caché… » Il y a également dans cette orientation professionnelle l’empreinte mystérieuse d’un grand-père qu’il n’a jamais connu, « c’est d’ailleurs pour cela qu’il a tant compté. » Une « figure fantomatique » au parcours riche (« il a connu les derniers temps de l’Indochine »), dont le statut de médecin a su se transmettre … Pourtant, Jean-Baptiste était plutôt prédestiné au droit, et ainsi partir sur les traces d’un paternel notaire : « Mes parents n’ont pu que s’incliner devant mon choix (rires), et il n’y a eu pas eu de tensions entre nous sur ce sujet. Ni de tractations. Ils ont toujours eu le respect de ce que je suis.» Vous pourriez vous sentir alors mal à l’aise face à cet enquêteur de l’âme. Mais non, car le sourire est souvent en coin … S’il est Toulousain de naissance, Jean-Baptiste part très vite sur Bergerac avec ses parents (il reviendra dans la capitale haut-garonnaise à l’âge de 12 ans). Si ce moment de vie sera bref, il en ressort pourtant de vraies émotions. Autour de la maison familiale, le grand parc est un lieu de mémoire qui a marqué l’auteur. Les formes, les bruits, rien n’est oublié … Des flashs que l’on retrouve dans « Renaissance », son dernier ouvrage. Les mots, la force de l’écrit, des éléments apparus finalement assez tôt dans la vie de ce passionné du principe spirituel : « Très vite, j’ai écrit des poèmes d’inspiration baudelairienne, avec une envie d’exprimer une révolte. Puis à vingt ans, j’étais déjà dans des ébauches, des essais, des romans. »

En 2009, il publie un « impératif d’écriture », « Le voyage de Jeanne » (ed. Anne Carrière) : « Il y avait alors pour moi un véritable enjeu. Utiliser le pouvoir des mots pour faire partager une expérience de vie douloureuse. » Car Jean-Baptiste a ainsi voulu extérioriser une cicatrice, « être papa d’une petite fille  qui s’est avéré en difficulté de croissance moteur et psychologique. » Une épreuve pour ce père de famille (quatre enfants) au double regard, car pour lui impossible d’oublier le psychiatre spécialisé pour les enfants qu’il est. Ce qu’il y a de finalement troublant quand on s’entretient avec Jean-Baptiste Dethieux, c’est qu’aucun sujet abordé, même les plus graves, ne font vaciller son timbre de voix. S’agit-il pour lui d’une vraie lutte interne ou d’un vrai tempérament ? A aucun moment, il ne brise vraiment la glace … Comme s’il ne voulait pas que les questions posées n’aient de prise sur ses propres tourments : « La douleur, c’est du brut, on peut difficilement en parler », nous confie-t-il tout de même. Ou comme le début d’une réponse. Aujourd’hui, il livre son dernier roman « Renaissance », qu’il présente tel un défi : « J’ai testé le genre du thriller. Un vrai challenge pour moi, car il fallait respecter des codes. Mais l’écriture est ainsi, c’est du troc. On échange du réel et du vécu avec ce qui peut aller à la rencontre du lecteur … » Car Jean-Baptiste est ainsi. Il se place autant à la place des siens que du lecteur. Derrière le masque de la pudeur se cache l’amoureux des autres. Derrière le praticien se cache l’apprivoiseur.

 Bien plus qu’un thriller

Jean Malenc est perdu. Sa femme et sa fille ont disparu, la police patine. Il décide de prendre en main l’investigation, mais sa mémoire lui fait défaut … Un récit haletant qui dépasse la simple enquête. Une nouvelle fois Jean-Baptiste Dethieux scrute les relations familiales (c’était déjà le cas dans son précédent ouvrage, « Le voyage de Jeanne ») et livre des souvenirs : « Je revoyais mon père et cette forêt sans fin, ces promenades avec cette famille. » Il n’est pas ici que question de trouver la vérité, mais bien de découvrir la face cachée de l’âme humaine. Une réussite !

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